mon clin d’œil STÉPHANE LAPORTE

Slogan du PLC : « Choisir d’avancer dans deux avions. »

Opinion

Montréal a droit à un marathon qui lui ressemble

Madame la Mairesse, permettez-moi de vous interpeller directement. Vous n’êtes pas sans savoir que le marathon de Montréal a été pas mal critiqué ces derniers temps.

Il a été mentionné comme désagrément, le retard important au départ, le parcours monotone, l’eau au goût douteux, les élites devant se frayer un passage parmi les coureurs moins rapides ou encore le prix trop élevé de l’inscription. Je ne reviendrai pas non plus sur la terrible tragédie qui s’est déroulée… Bref, la crise actuelle (démission du directeur du marathon) ne doit cependant pas faire oublier que la critique de notre marathon est en fait assez ancienne. En effet, Montréal a mal à son marathon depuis plusieurs années.

Comme l’a mentionné Yves Boisvert dans une excellente chronique, le marathon de Montréal fait partie des courses de la série Rock’n’Roll, organisme privé, qui a à cœur, disons, autant son portefeuille que le bien-être des coureurs.

Alors, madame la Mairesse, comme vous l’a fait avec courage pour la Formule E, je pense que vous devriez « casser » le contrat avec cette organisation et reprendre en main ce marathon avec des partenaires locaux. 

En effet, vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a beaucoup de personnes compétentes dans le milieu de la course à pied à Montréal capables de reprendre en main une telle compétition et de faire preuve d’innovation.

Tout d’abord, il me semble important de rappeler que l’investissement dans les infrastructures est le meilleur choix pour inciter les personnes à pratiquer une activité physique. L’organisation de compétitions internationales où les personnes lambda ne participent pas (Jeux olympiques, grandes compétitions internationales, etc.) ne « fabriquent » pas de sportifs à long terme (ou juste temporairement). Dans ce contexte, les infrastructures coûtent très cher et deviennent inutilisées au fil du temps. Notre Stade olympique en est bel exemple. Il est d’ailleurs assez drôle que les coureurs l’aient emprunté après avoir traversé un stationnement souterrain. Il faut bien l’utiliser de temps en temps, j’imagine... Ainsi, organiser un marathon par nous-mêmes pourrait permettre de créer ou d’améliorer les infrastructures pour les marcheurs et les coureurs.

De plus, à l’heure de l’urgence climatique, pourquoi ne pas en profiter pour être un marathon écoresponsable ? Je suis toujours surpris et déçu par le nombre de gobelets en carton et en plastique jetés sur le parcours.

Londres a, par exemple, fait preuve de leadership dans ce domaine puisque, lors du dernier marathon, des bulles d’eau furent distribuées pour diminuer le nombre de bouteilles en plastique. Pourrait-on emprunter la même voie et même aller plus loin ? Les collations à l’arrivée ne pourraient-elles pas être produites localement ? Nous avons à Montréal les meilleurs bagels (en tous les cas, ils ne sont pas si mal…) et nos pommes sont délicieuses. Je pense aussi que nous devrions réfléchir collectivement pour trouver une solution de rechange aux dossards et aux puces.

Il pourrait également être intéressant de changer l’heure des courses.

La très grande majorité de ces dernières (sauf le défunt 5 km de Dollard-des-Ormeaux, qui avait lieu en semaine et en soirée) ont lieu le matin. Pourquoi ne pas organiser les courses le soir ? D’autres villes en Europe et aux États-Unis le font avec beaucoup de succès.

Madame la Mairesse, vous l’aurez compris, ce ne sont que des suggestions. Néanmoins, les Montréalais méritent mieux qu’un marathon qui ne leur ressemble pas et que de nombreux coureurs locaux boycottent. Profitons de la crise actuelle pour organiser un événement à notre image. Montréal est une ville si agréable à courir.

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