Grand Prix du Canada

Frustrant !

À la traîne lors des deux séances d’essais libres, l’écurie Williams a encore mal paru hier. La journée a été enrageante pour tout le monde chez Williams, et Lance Stroll l’a résumée en quelques mots : « Comme d’habitude, on n’est pas assez rapides. »

Essais libres

« Comme d’habitude, on n’est pas assez rapides »

Williams se bat en ce moment sur deux fronts. En piste, bien sûr, où Lance Stroll et Sergey Sirotkin luttent à armes inégales. En coulisses aussi, où Claire Williams et les autres écuries de milieu de peloton rêvent d’une plus grande parité.

Hier, l’écurie a encore mal paru lors des deux premières séances d’essais libres. Première séance : Stroll 18e (sur 20), Sirotkin 17e. Deuxième séance : Stroll 19e, Sirotkin 20e. C’est le plus récent chapitre d’une saison où les deux pilotes, ensemble, ont inscrit quatre points en six courses. Un désastre pour une écurie si riche en histoire.

Claire Williams prône la patience, elle parle en conférence de presse de son plan de relance. Elle est la première à défendre ses jeunes pilotes, désormais largués non seulement par les Ferrari, Mercedes et Red Bull, mais également par le reste du plateau.

« Ils n’ont pas le meilleur équipement pour démontrer leur potentiel, et du potentiel, ils en ont beaucoup. C’est notre responsabilité de leur offrir une voiture dans laquelle ils pourront le démontrer. »

— Claire Williams, patrone de l’équipe Williams

« Ils ont beaucoup de poids sur les épaules. Ce n’est pas facile d’être un jeune pilote de F1 qui doit conduire une voiture comme la leur. De faire les qualifs, la course, en sachant qu’ils seront en fond de peloton, ce n’est pas facile mentalement. »

Évidemment, après les essais, Stroll était d’humeur massacrante. Au menu, des réponses de quelques secondes, des clichés. La journée a été frustrante pour tout le monde chez Williams, et elle se résume par ces quelques mots du Montréalais : « Comme d’habitude, on n’est pas assez rapides. »

Puis, les mêmes analyses que d’habitude.

« On va essayer de comprendre ce qu’on peut faire de mieux. »

« On a du travail à faire, on est les deux derniers, ce n’est pas idéal. »

« On fait ce qu’on peut chaque fin de semaine, chaque jour, chez Williams, pour améliorer la voiture. »

Pour la voiture en piste à Montréal, Lance Stroll dresse sa liste de souhaits : stabilité, meilleure gestion des vibreurs, bon freinage, meilleure traction. Sent-il qu’il a une telle voiture sous la main ?

« Si on avait la voiture parfaite, on serait premiers. »

— Lance Stroll

Hier, Stroll a touché deux fois le mur des champions. Dans la première séance, son pneu arrière droit a explosé. Dans la deuxième, le contact a été sans conséquence. Nécessairement, on pourrait penser que ce besoin de rouler à la limite est lié au fait que la voiture ne le comble pas.

« Ça ne marche pas comme ça, tu donnes tout le temps le maximum. »

La lutte de Claire Williams

Pendant ce temps, Claire Williams et les autres écuries du peloton proposent leur vision pour l’avenir de la F1. Les dirigeants de la F1 ont présenté en avril leur plan pour 2021, et les petites écuries veulent être entendues. L’objectif est de créer une certaine parité entre les équipes, quelle que soit leur importance, pour améliorer le spectacle et la compétitivité.

« Ce n’est pas tant ce que l’on peut faire pour s’améliorer comme équipe que ce que la F1 peut faire pour nous, a expliqué Robert Fernley, l’un des dirigeants de Force India. On ne peut pas passer de 100 millions de budget à 300 millions. Ils doivent tourner leur attention vers le peloton pour assurer plus de compétitivité. »

Plusieurs points sont sur la table, notamment un plafond budgétaire et une simplification des moteurs pour réduire les coûts de développement. Une première rencontre a eu lieu à Bahreïn, puis une autre à Monaco. L’optimisme s’est un peu effrité depuis.

« Je ne bois plus de champagne, je bois de l’eau. […] Nous devons travailler tous ensemble pour que tout le monde sorte gagnant des propositions pour 2021. Ce n’est pas simple. »

— Claire Williams

« On n’a pas exactement ce que l’on veut en ce moment, mais on s’en approche probablement. J’ai entendu parler d’un plafond à 150 millions, mais ça pourrait même être un peu plus haut. Nous devons tous faire des compromis. »

Le changement serait radical, puisque les écuries de pointe comme Mercedes et Ferrari ont des budgets d’exploitation presque quatre fois plus élevés. Les plus riches exigent que les salaires des pilotes et les coûts de marketing, notamment, ne soient pas comptabilisés. Au moins, tout le monde s’entend : la solution passe par le consensus.

Ce sera la seule manière de réduire les secondes d’écart entre les premiers et les derniers, une éternité en F1.

Grand Prix du Canada

Une première depuis 1981

Sans trop faire de bruit, le Grand Prix du Canada a été hier le théâtre d’un événement inédit depuis 37 ans. Pour la première fois depuis l’époque de Gilles et Jacques Villeneuve, deux Canadiens ont roulé en même temps lors d’une épreuve officielle de F1.

En 1981, les frères Villeneuve avaient couru à Montréal et à Las Vegas, qui accueillait une épreuve en fin de calendrier à l’époque. Dans les deux cas, Jacques avait été incapable de qualifier sa minable Arrows pour la véritable course.

Montréalais de naissance, Torontois d’adoption, Nicholas Latifi a participé hier à la première séance d’essais libres, à bord d’une Force India. Il rejoignait en piste, bien sûr, Lance Stroll dans sa Williams.

L’exploit mérite que l’on s’y attarde, même si les deux pilotes, eux, ne se connaissent à peu près pas.

« Nous ne sommes pas proches, nous ne vivons pas au même endroit [Latifi à Toronto et Stroll à Londres], a expliqué Latifi. Nous n’avons disputé que deux ou trois courses dans la même catégorie, en karting. Il y a une différence d’âge en plus. »

« Nous ne nous sommes jamais côtoyés, nous n’avons donc pas une relation proche. Nous sommes des connaissances, sans plus. »

— Nicholas Latifi à propos de sa relation avec son compatriote Lance Stroll

C’était la première fois de sa vie que Latifi roulait lors d’un week-end de compétition en F1. Il avait déjà piloté la Force India, en tests après le Grand Prix de Barcelone, mais l’objectif de l’écurie a toujours été de lui offrir des tours officiels en piste. Le faire à Montréal, devant sa famille et ses amis, tombait sous le sens.

« C’était le plan de me faire participer à des essais libres du vendredi pour bâtir mon expérience lors d’un Grand Prix officiel. C’était logique de le faire à Montréal. Je vis à Toronto, mais toute ma famille, à part ma famille immédiate, vit à Montréal. Il y a un bon groupe qui est ici pour me voir, des amis aussi. J’ai senti leur appui. »

Rêve de F1, mais…

Le pilote de 22 ans rêve bien sûr à la F1, « plus tôt que tard », mais sa candidature ne s’impose pas nécessairement d’elle-même. Il tente en ce moment de faire sa place en Formule 2, où son palmarès manque de raffinement. Il est 10e cette saison, et il ne compte qu’une victoire et 11 podiums en 50 courses.

Concrètement, il ne peut même pas participer à un Grand Prix de F1, car il lui manque toujours sa « super-licence ». Il pourrait l’obtenir en terminant dans le top 5 en F2, mais c’est loin d’être fait.

Latifi a inscrit le pire temps de la séance du matin, mais obtenir un bon résultat n’était pas l’objectif. Et cela n’allait pas lui faire perdre le sourire. Il devait accumuler des données pour son écurie… et éviter les murets. C’est ce qu’il a fait. En ce sens, mission accomplie. Le pilotage a été propre, si ce n’est une faute qui l’a forcé à court-circuiter les virages 8 et 9, une erreur fréquente.

« La F1 est très différente de la F2. Tu arrives beaucoup plus vite, le point de freinage arrive beaucoup plus tard. La vitesse dans les virages est folle. C’est un plaisir de passer de la F2 à ça. N’importe qui peut aller vite en ligne droite. Comme pilote, j’aime attaquer les virages avec vitesse. Tu peux le faire avec ces voitures. »

Forcément, Latifi a aussi été questionné au sujet de son père, riche homme d’affaires propriétaire du géant Aliments Sofina. Michael Latifi a investi plus de 350 millions de dollars canadiens dans le Groupe McLaren, par passion pour la course automobile et par amour des Flèches d’argent. Le fils tient à se distancier de cette décision d’affaires.

« L’investissement de mon père n’a rien à voir avec ma carrière. Il aurait fait cet investissement avec McLaren même si je n’avais pas couru. Il est un passionné de F1. Je veux accéder à la F1 grâce à mes performances. Le plus tôt sera le mieux. »

Grand Prix du Canada

L’horaire du week-end

AUJOURD’HUI

7 h 30 : Ouverture du site au public

De 9 h à 9 h 30 : Formula Tour 1600 – séance de qualifications

De 11 h à 12 h : Formule 1 – 3e séance d’essais libres

De 12 h 20 à 12 h 55 : Challenge Ferrari – séance de qualifications

De 14 h à 15 h : Formule 1 – séance de qualifications (20 en Q1, 15 en Q2, 10 en Q3)

De 15 h 35 à 16 h : Challenge Ferrari – 1re course incluant tour de formation

De 16 h 35 à 17 h 05 : Challenge Coupe Porsche GT3 – 1re course incluant tour de formation

De 17 h 40 à 18 h 05 : Formula Tour 1600 – 1re course incluant tour de formation

DEMAIN

7 h 30 : Ouverture du site au public

De 9 h 05 à 9 h 30 : Formula Tour 1600 – 2e course incluant tour de formation

De 10 h 05 à 10 h 35 : Challenge Coupe Porsche GT3 – 2e course incluant tour de formation

De 11 h 05 à 11 h 30 : Challenge Ferrari – 2e course incluant tour de formation

12 h 30 : Formule 1 – Défilé des pilotes

14 h 10 : Formule 1 – Grand Prix du Canada 2018 | 70 tours

Grand Prix du Canada

Toto Wolff et l’évolution de la F1

Le directeur général de l’équipe Mercedes est l’un des personnages les plus influents en F1. Bâtie sur une série de succès, en sport automobile et en affaires, sa réputation lui permet d’être toujours écouté avec attention. Hier matin, nous avons pu partager le petit-déjeuner avec lui. Entre quelques gorgées de thé et quelques cuillerées de gruau aux bleuets, il s’est exprimé sur une foule de sujets touchant l’évolution de la F1.

Rendre les Grands Prix plus intéressants

« Il y a deux ans, nous avons décidé d’ajuster les règles pour avoir les voitures de course les plus rapides au monde. Nous avons peut-être trop bien réussi ! Les voitures actuelles percent un gros trou dans l’air et c’est impossible pour un concurrent de rouler assez près derrière pour tenter un dépassement. C’est pourquoi les règles ont été adaptées pour la saison prochaine avec un nouveau concept : au lieu de pousser l’air loin de la voiture, on va maintenant la ramener à l’arrière. Est-ce que cela va faciliter les dépassements ? On verra bien. Nos premiers tests ont indiqué que les voitures seraient plus lentes [de trois ou quatre secondes au tour], ce qui ne devrait pas changer grand-chose pour les spectateurs, car une telle différence de vitesse est imperceptible en piste. »

Les nouvelles règles pour 2021

« Nous devons trouver le bon compromis pour assurer l’avenir de la F1 et toutes les équipes sont d’accord pour que les Grands Prix soient intéressants. Toutes les équipes sont aussi prêtes à composer avec des règles précises à long terme, parce que nous sommes capables de nous adapter. Jusqu’ici, les dirigeants de FOG [l’entité qui gère la F1] ont procédé de façon exemplaire pour définir ces nouvelles règles. Ils nous ont rencontrés régulièrement, ont tenu compte de nos commentaires et je dois avouer que j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler à eux à trouver des solutions. Les règles techniques sont pratiquement définies et nous avançons bien sur le reste. »

L’augmentation du nombre de Grands Prix

« Augmenter les revenus de la F1 est dans l’intérêt des équipes, mais il faut aussi préserver l’exclusivité d’un Grand Prix. Avoir 25 tournois de Wimbledon chaque année enlèverait beaucoup de prestige à l’évènement. Il y a une limite à ne pas dépasser. Sur le plan logistique, il y a aussi une limite à ce qu’on peut demander à notre personnel. Cette année, nous allons avoir trois Grands Prix en trois semaines, un rythme que nous n’avons jamais tenu et qui va nous pousser à l’extrême limite de ce qu’on peut exiger de nos employés. Nous sommes déjà obligés, avec 21 courses, de faire appel à du personnel auxiliaire pour certains déplacements et c’est évident qu’il faudra travailler avec deux équipes si on monte à 24 ou 25 épreuves, avec des conséquences sur les budgets d’exploitation des équipes.

Les déboires de l’équipe Williams

« Je compatis avec eux, parce que je suis proche de cette équipe [il en a été le copropriétaire et directeur général] et que c’est difficile de les voir dans une telle situation. Ce n’est malheureusement pas un seul problème, mais bien plusieurs problèmes qu’ils doivent identifier et régler. Les pilotes ne sont pas en cause. Ce sont deux jeunes talentueux, qui ont montré qu’ils étaient rapides. Ce qui leur manque, c’est l’expérience. Peut-être la combinaison d’un pilote expérimenté et d’un jeune pilote aiderait les choses pour les réglages en course, mais ce n’est pas ça le problème fondamental de Williams en ce moment. C’est évidemment difficile pour Lance [Stroll] et pour Sergey [Sirotkin], qui sont encore nouveaux en F1 et doivent composer avec une voiture difficile. »

Mercedes en Formule E

« Nous avons décidé de concentrer nos programmes sportifs sur la F1 et la Formule E [à compter de la saison 2019-2020], abandonnant les voitures de tourisme. C’est curieux, parce que je ne croyais pas à la Formule E et que j’avais dit à ses créateurs que leur série ne marcherait pas. J’avais tort et je crois que la Formule E pourrait être vraiment différente d’ici trois ans, avec des moteurs plus puissants qui permettront aux voitures d’avoir des performances près de celles des F1. À terme, je crois que la F1 va toujours être basée sur une recherche de la performance optimale avec des technologies de pointe et des moteurs hybrides sur des circuits variés, alors que la Formule E va proposer ses courses spectacles dans les villes. C’est aussi intéressant de voir qu’aux États-Unis, la série IndyCar utilise une technologie très simple, avec des gros moteurs très puissants qui permettent d’atteindre des vitesses très élevées. Je suis curieux de voir ce que les amateurs vont préférer. »

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