POLITIQUE

Catherine Fournier a claqué hier la porte du Parti québécois, provoquant une onde de choc dans les cercles souverainistes. La députée siégera désormais comme indépendante.

analyse

Tuer le PQ ? Les couteaux s’aiguisent

QUÉBEC — Qui veut la peau du Parti québécois ? Le titre de l’ouvrage, encore chaud, de Jean-François Lisée est d’une actualité étonnante. En coulisses, des militants de longue date du Parti québécois (PQ), proches de la défunte Option nationale, travaillent à la fin du parti de René Lévesque.

La sortie surprise de la députée péquiste Catherine Fournier, hier matin, est un signe avant-coureur de l’affrontement qui se prépare. Pour elle, le pire scénario pour les souverainistes serait l’apparition d’un parti supplémentaire pour prôner l’indépendance. En clair, elle souhaite la disparition de l’ancien parti. Et son annonce d’hier vient tirer le PQ encore davantage vers le bas.

Longtemps étoile montante au PQ, Mme Fournier deviendra-t-elle étoile filante ? Il y a quelques jours encore, la nouvelle députée indépendante participait à une réunion de stratégie pour préparer le conseil national péquiste de la fin de mars, qui proposera de fixer à juin 2020 le choix du prochain chef. Le PQ voudra consulter, miser sur ses lignes de force ; elle était aux premières loges de cette stratégie. La semaine dernière, elle enregistrait sans hésitation un message vidéo comme députée péquiste, pour souligner la Journée internationale des femmes, le 8 mars.

Le 5 décembre, à son premier discours de la nouvelle législature à l’Assemblée nationale, elle soulignait que « la politique, c’est un sport, mais c’est surtout un sport d’équipe. Seul, ça ne mène pas loin, mais, ensemble, il est possible de faire la différence ». Pour la plus jeune députée du Salon bleu, « le Parti québécois repose sur une force militante incroyable avec des dizaines de milliers de membres aux quatre coins du Québec. Cette force existe toujours, elle est puissante de conviction et elle saura se relever », disait-elle.

Les anciens collègues péquistes de Mme Fournier sont carrément furieux : personne ne comprend qu’elle propose ce débat incontournable sur l’offre souverainiste, mais à l’extérieur du PQ.

« À force de perdre, le PQ est devenu perdant », a-t-elle soutenu hier dans son point de presse, les tentatives de renouveler le PQ « se comptent par dizaines et elles ont toutes échoué ». Surtout, elle a comparé le PQ à un arbre mort dont il convient de sauver les racines. Nombreux, les militants péquistes ont envoyé à leurs députés des courriels fort critiques sur l’intervention de la jeune députée.

Du Bloc au PQ

Mme Fournier a eu un parcours sinueux ; candidate battue au Bloc québécois, présidente du BQ, elle avait laissé entendre qu’elle serait de la course à la direction du parti. Sous Pierre Karl Péladeau, elle est arrivée comme conseillère à l’Assemblée nationale, pour devenir vite candidate lors de la démission de Bernard Drainville. Comme présidente du Bloc, en 2016, on la retrouvait aux côtés de son mentor politique, Nicolas Marceau, ex-ministre des Finances. Avec une poignée de députés, elle proposait qu’un futur gouvernement péquiste organise un référendum en 2021 pour demander aux Québécois s’ils appuyaient l’indépendance de la province ou une hypothétique offre de fédéralisme renouvelé.

Et on a un avant-goût du ton des échanges à venir dans un tweet qu’elle a transmis hier. « La réaction du Parti québécois exprimée par son chef intérimaire Pascal Bérubé est à elle seule une bonne démonstration de ce qui ne fonctionne plus dans ce parti », écrit-elle. 

À l’interne, pour expliquer ce départ surprise, on chuchote qu’il n’y a pas d’amour perdu entre Mme Fournier et Véronique Hivon, probable prochaine chef du PQ.

Lors de la première réunion du caucus décimé après le scrutin – celle qui allait choisir Pascal Bérubé pour l’intérim –, Mme Fournier avait soutenu réfléchir à la possibilité de se présenter comme chef. Par conséquent, comme Mme Hivon et Sylvain Gaudreault, elle n’avait pas été considérée pour l’intérim. En revanche, elle avait plus tard signalé à Pascal Bérubé qu’elle était intéressée par le poste de leader parlementaire ; il choisira plutôt Martin Ouellet, mais confiera six dossiers importants à la députée de Marie-Victorin.

Option Québec

À la fin du mois de février dernier, un militant souverainiste, Guillaume L’heureux, a enregistré auprès du Directeur général des élections le nom d’Option Québec pour créer une éventuelle formation politique. C’est l’ancien responsable des communications lors de l’investiture d’Option nationale dans Pointe-aux-Trembles qui allait choisir Jean-Martin Aussant. L’étiquette Option Québec, récupérée du manifeste de René Lévesque en 1968, circule depuis longtemps – un des fondateurs du Bloc québécois, le regretté François Gérin, favorisait cette étiquette en 1990.

Aussant, qui est très proche de l’opération d’hier, avait lui aussi penché pour ce nom de parti. Plus que celui de Catherine Fournier encore, son parcours a été louvoyant ; d’abord député péquiste, il a tourné le dos à Pauline Marois en 2011. Il a fondé Option nationale pour les élections de 2012, mais il n’aura que 2 % des suffrages, en dépit de la sympathie de Jacques Parizeau et de Lisette Lapointe. Mais le parti servira finalement de tremplin à des vedettes passées à Québec solidaire (QS) : Catherine Dorion et Sol Zanetti.

Les résultats d’Option nationale ont été encore plus désastreux en 2014. Le chef Aussant est parti pour Londres, où l’attendait un emploi dans une institution financière. Il est revenu à Montréal, au Forum de l’économie sociale. Surtout, il a négocié avec Amir Khadir une candidature pour QS dans Mercier. Mais comme il ne voulait pas subir une investiture, les discussions ont achoppé.

En février 2018, c’était le grand retour au PQ – Jean-François Lisée avait besoin d’une bonne nouvelle. Aussant a obtenu dans un premier temps un poste de conseiller au chef à plus de 120 000 $ par année, ce qui a fait grincer des dents chez d’autres employés. Ce souverainiste inconditionnel est devenu au printemps candidat officiel du PQ dans Pointe-aux-Trembles, pour un parti qui avait pourtant remis le référendum à un second mandat.

Départ de Catherine Fournier

« À force de perdre, le PQ est devenu perdant »

La plus jeune élue de l’Assemblée nationale, Catherine Fournier, quitte le Parti québécois (PQ) et siège désormais à titre de députée indépendante.

Réélue de justesse le 1er octobre dans la circonscription de Marie-Victorin, sur la Rive-Sud de Montréal, Mme Fournier croit qu’il est trop tard pour le PQ pour réorienter son action politique. Le parti fondé par René Lévesque a connu l’automne dernier un cuisant échec électoral, n’obtenant que 10 sièges à l’Assemblée nationale.

« On a trop souvent manqué l’occasion de nous renouveler. Aujourd’hui, les Québécois ne nous écoutent juste plus », a affirmé Catherine Fournier hier.

« Il ne sert à rien de vouloir désespérément sauver le tronc ou les branches d’un arbre en train de dépérir. […] À force de perdre, le Parti québécois est devenu perdant. Du coup, il a aussi perdu beaucoup de sa pertinence », a-t-elle aussi dit.

Au cours des prochains mois, la jeune députée souhaite désormais travailler à l’émergence d’une coalition indépendantiste qui transcenderait les lignes partisanes actuelles.

Un choix qui fait mal

Catherine Fournier l’admet d’emblée. En quittant le PQ quelques mois après son élection, elle « brise un tabou ». Son départ arrive également au moment où son parti – dont elle était membre du conseil exécutif national – devait annoncer la tenue d’une course à la direction en 2020 et l’organisation d’un « congrès extraordinaire » où toutes les options, y compris une refondation du parti et le choix d’un nouveau nom, seraient sur la table.

« Aujourd’hui, Catherine Fournier s’est donné une indépendance, mais elle n’a pas fait avancer l’indépendance. »

— Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

Se disant surpris de la voir partir, ayant été tenu dans l’ignorance jusqu’au dernier moment, M. Bérubé s’interroge sur la légitimité de Catherine Fournier à rester députée, elle qui a été élue comme candidate péquiste.

« La réaction du Parti québécois exprimée par son chef intérimaire, Pascal Bérubé, est à elle seule une bonne démonstration de ce qui ne fonctionne plus dans ce parti », a plus tard écrit Mme Fournier sur Twitter hier.

Frédérique St-Jean, présidente du Comité national des jeunes du Parti québécois (CNJPQ), a affirmé pour sa part que l’heure n’est pas à « lancer la serviette ».

« On vit un moment charnière dans le débat sur la souveraineté et de plus en plus de gens croient qu’on est à l’heure des grands questionnements. Aucune question ne doit être considérée comme un tabou », a également dit hier l’ex-syndicaliste Claudette Carbonneau, aujourd’hui à la tête du groupe Organisations unies pour l’indépendance (Oui-Québec).

Une nouvelle coalition ?

En quittant le PQ, hier, Catherine Fournier a affirmé qu’elle ne croyait plus en la capacité du parti à rassembler à nouveau les Québécois.

« Des tentatives de renouvellement au Parti québécois, il y en a eu plusieurs, plusieurs, plusieurs. Elles ont toutes échoué », a-t-elle dit, ajoutant que « même si le PQ tente à nouveau quelque chose, il est trop tard ». Selon elle, ce n’est d’ailleurs ni le PQ ni Québec solidaire (QS) qui arriveront un jour à faire du Québec un pays.

« La dernière chose dont le mouvement souverainiste a besoin […], c’est d’un parti politique souverainiste qui s’ajouterait à l’offre actuelle. […] La dispersion doit cesser. Le réel rassemblement des souverainistes est essentiel à la victoire. »

— Catherine Fournier

Mais ses paroles à peine prononcées, Québec solidaire se proclamait déjà « la force indépendantiste en croissance ».

« Il apparaît de plus en plus clair que Québec solidaire est l’outil de changement nécessaire pour faire avancer l’indépendance du Québec, convaincre les indécis et rassembler les convaincus », a écrit le parti dans un communiqué.

lutte pour le statut de deuxième opposition

Dans la joute parlementaire à Québec, le départ de Catherine Fournier du Parti québécois sème déjà la bisbille. Une question sera prochainement débattue à l’Assemblée nationale : qui, du PQ ou de Québec solidaire, forme désormais le deuxième groupe d’opposition ?

Jusqu’à hier, le PQ et QS détenaient chacun 10 députés au Parlement, mais les péquistes avaient gagné le titre de deuxième groupe d’opposition en ayant obtenu lors du dernier scrutin plus de votes à l’échelle nationale que les solidaires.

Or, Catherine Fournier siégeant désormais à titre de députée indépendante, cette donnée a changé.

« Avec ce changement dans les groupes parlementaires, Québec solidaire a sollicité une rencontre avec le secrétaire général de l’Assemblée nationale pour statuer sur les modifications à apporter quant à l’utilisation des ressources parlementaires. Il faudra, notamment, assurer du temps en chambre pour cette nouvelle députée indépendante. Nous souhaitons aussi que le Parti québécois conserve son statut de groupe parlementaire reconnu, même si Québec solidaire deviendra la 2e opposition », a écrit hier Québec solidaire dans un communiqué.

Rien n’est toutefois gagné, puisque le PQ rappellera que l’entente survenue l’automne dernier entre tous les partis les reconnaissait comme deuxième groupe d’opposition « sur la base [des résultats du 1er octobre] », et ce, pour la durée de la 42e législature.

— Avec Tommy Chouinard, La Presse

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