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Les nouvelles du jour concernant la crise du coronavirus au Québec

résultats de tests de dépistage

Attente exaspérante à Québec

Québec — Alors que le nombre de nouveaux cas confirmés augmente de jour en jour dans la capitale, des citoyens de Québec qui ont passé un test pour la COVID-19 déplorent la « lenteur » et les « ratés » du système.

Plusieurs résidants de Québec ont raconté à La Presse comment ils ont dû s’armer de patience et attendre en isolement une semaine ou plus avant d’obtenir leur résultat.

Les délais semblent avoir grimpé dans les dernières semaines à Québec. Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale annonçait avoir réalisé un nombre record de 2730 tests dans la seule journée de mercredi dernier.

La région a par ailleurs affiché lundi 60 nouveaux cas en 24 heures sur son territoire, un record depuis le début de la pandémie. Les régions de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent ont aussi enregistré lundi des augmentations importantes.

La hausse des cas de COVID-19 pousse le gouvernement Legault à annoncer une mise à jour de son système d’alerte mardi, jour de rentrée parlementaire à Québec.

Depuis l’annonce de ce code de couleurs le 8 septembre, quatre régions – Québec, Laval, Estrie et Outaouais – sont en jaune, en état de « préalerte », alors que le reste de la province est au vert. On peut s’attendre à tout le moins à ce que de nouvelles régions, comme le Bas-Saint-Laurent et Chaudière-Appalaches, passent au jaune.

L’annonce sera faite par le premier ministre François Legault et le ministre de la Santé, Christian Dubé, en compagnie du directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, ce mardi à 13 h.

« Ça fait 13 jours qu’elle attend »

À Québec, l’augmentation des cas semble avoir des répercussions sur le temps d’attente pour les résultats aux tests de dépistage. Denis Boulanger, résidant de la capitale, a attendu sept jours avant d’avoir le sien.

L’homme avait été en contact avec sa mère à la résidence Place Alexandra. Peu après sa visite, la Santé publique a annoncé qu’une éclosion de COVID-19 avait lieu entre ces murs.

« Je suis allé voir ma mère au cinquième étage, où 60 % des résidants sont infectés », dit-il. Sa mère a d’ailleurs contracté la maladie, mais se porte bien.

Il est rapidement allé subir un test de dépistage. Il croyait que vu les circonstances, le résultat lui serait vite acheminé. Il a attendu une semaine avant de recevoir l’appel. Il était négatif.

« J’ai peur que si les gens n’ont pas leur résultat après 48 heures, ils vont se dire qu’ils sont négatifs et reprendre leurs occupations. »

— Denis Boulanger, résidant de Québec

Josée Roberge raconte quant à elle que sa fille, qui travaille dans une résidence pour personnes âgées, présentait des symptômes de rhume. Elle est allée passer un test de dépistage.

Après neuf jours d’attente, elle a finalement reçu un appel pour lui dire que son test avait été perdu. « Elle en a repassé un. Et là, ça fait quatre jours et elle n’a pas encore reçu le résultat, se désole Mme Roberge. Ça fait donc 13 jours qu’elle attend ! »

« Ma fille a perdu confiance dans le système au complet. Elle me dit : “moi, je ne passe plus de test !” »

Le fils de Claudie Méthot, qui est en quatrième année, a quant à lui manqué une semaine d’école.

Exaspérée et inquiète à l’idée qu’il manque une deuxième semaine, la mère a appelé trois fois le CIUSSS pour tenter d’obtenir le résultat. Elle l’a reçu dimanche, près d’une semaine après le test de dépistage.

« J’ai parlé à une secrétaire au bureau administratif du CIUSSS. Elle m’a dit qu’en une heure, une infirmière arrivait à appeler 40 personnes, mais que seulement 10 répondaient, explique Mme Méthot. Mais ils ne laissent pas de message. Alors ils doivent rappeler deux, trois fois. La pile, elle, ne diminue pas rapidement… Et les résultats continuent d’entrer. »

Annie Ouellet, porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale, explique que les cas positifs sont mis en priorité.

« Les résultats des personnes positives sont normalement donnés en 24 à 48 heures. Mais il y a un temps d’attente pour les personnes négatives. »

— Annie Ouellet, porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Ce temps d’attente varie en fonction de plusieurs facteurs. La hausse importante du nombre de tests dans les derniers jours a certainement joué. « On est à environ 2000 tests par jour depuis plus d’une semaine, rappelle Mme Ouellet. Ça fait pas mal de tests. En fonction de la priorisation et de l’achalandage, ça peut influencer le temps d’attente. »

Trois régions sous tension

Les cas de COVID-19 continuent de progresser rapidement à Québec et sur sa rive sud. Les 60 nouveaux cas dans la Capitale-Nationale représentent un sommet.

« La hausse des cas d’aujourd’hui est reliée à des rassemblements qui ont eu lieu lors de notre longue fin de semaine et aux regroupements d’étudiants lors de la rentrée scolaire », explique le DJacques Girard, directeur de santé publique par intérim au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Dans Chaudière-Appalaches, un « record » a aussi été battu, avec 32 nouveaux cas en 24 heures. Une éclosion dans la ressource d’hébergement Le Crystal, à Thetford Mines, a détérioré le bilan, avec 15 nouveaux cas. Au total, ce sont 33 résidants et travailleurs de l’endroit qui ont été infectés.

« Considérant les besoins élevés de dépistage », le CISSS de Chaudière-Appalaches a annoncé son intention d’ouvrir bientôt « une clinique de dépistage massif » à Lévis.

La région du Bas-Saint-Laurent est quant à elle passée de 79 à 182 cas en cinq jours, avec 23 nouveaux cas uniquement lundi. Des éclosions ont notamment eu lieu à la suite de fêtes étudiantes à La Pocatière. Le cégep du même nom a d’ailleurs suspendu ses cours en personne jusqu’au 24 septembre.

À Rimouski, des cas ont été recensés au restaurant Le Shaker, qui a fermé ses portes pour quelques jours.

Le gouvernement rapportait 276 nouveaux cas lundi pour l’ensemble du Québec. Il n’y avait aucun nouveau décès.

Rupture de services aux soins intensifs de Gatineau

« Le système est en train de craquer »

Les soins intensifs de l’hôpital de Gatineau ont été fermés pour la deuxième journée de suite lundi, faute de personnel. Un signe inquiétant qui démontre la gravité de la pénurie de main-d’œuvre, disent des intervenants du réseau de la santé, qui redoutent d’autant plus l’arrivée d’une deuxième vague de COVID-19.

« Le système est en train de craquer. […] Oui, c’est la pointe de l’iceberg », affirme la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard.

Dimanche à minuit, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais a été obligé de fermer temporairement les soins intensifs de l’hôpital de Gatineau. « Ce bris a été causé par l’absence inattendue de 2 infirmières du service, ce qui porte le nombre d’absences à 9 sur un total de 15 employés. Avec ce manque important de personnel, il était malheureusement impossible que le service soit maintenu. De plus, afin de répondre aux besoins de la population dans le cadre de la pandémie de la COVID-19, deux infirmières formées en soins intensifs par quart de travail sont assignées à l’unité désignée COVID-19. Ceci accentue nos besoins de main-d’œuvre », a déclaré lundi le CISSS dans un communiqué.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, indique qu’une cellule de crise a été mise en place pour « offrir un service de soins sécuritaires aux patients et de rediriger les soins ». Les patients ont notamment été transférés vers les hôpitaux de Maniwaki, de Buckingham et vers Montréal. « Nous sommes très conscients de la fragilité de la disponibilité de main-d’œuvre en Outaouais et nous suivons le dossier de très près », a dit M. Dubé.

Un réseau fragile

Cette rupture de services survient alors qu’on s’arrache les infirmières un peu partout dans le réseau. Plusieurs établissements de santé sont à la recherche de professionnelles pour œuvrer dans les cliniques de dépistage de COVID-19. Les besoins en CHSLD sont encore élevés. À cela s’ajoute la reprise des interventions chirurgicales, l’achalandage aux urgences qui revient et la venue de la campagne annuelle de vaccination contre la grippe.

« Avec ce qui se passe à Gatineau, on voit qu’on n’est plus en mesure de subvenir à la demande de services de base. »

— Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

Mme Bédard estime qu’on « frappe le mur actuellement ».

La semaine dernière, des infirmières de l’hôpital du Suroît, à Valleyfield, ont aussi fait un sit-in pour dénoncer les conditions de travail aux urgences. « Il y avait moins que la moitié de l’équipe pour 46 civières aux urgences… Il manquait six infirmières vendredi pour la nuit. À un moment donné, ça n’a plus de bon sens », expose Mme Bédard.

Le CISSS de la Montérégie-Ouest dit être conscient de la situation. Sa porte-parole, Jade St-Jean, indique que l’établissement « travaille sur tous les fronts afin de diminuer la pression sur [ses] urgences ».

En entrevue la semaine dernière avec La Presse, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la Dre Diane Francœur, a dit craindre que la pénurie de personnel ne soit « l’angle mort de la deuxième vague » de COVID-19.

Alors que toutes les régions du Québec sont déjà touchées par de petites éclosions de COVID-19, de plus en plus de professionnels de la santé devront être retirés de leurs fonctions pour 10 jours, a expliqué la Dre Francœur. « C’est énorme. Il y aura parfois des équipes complètes de retirées », dit-elle. Elle croit que la profession d’infirmière « est en péril » et que des solutions doivent être rapidement trouvées pour éviter les conséquences directes sur les soins aux patients.

« La machine fonctionne comme si on ne voulait pas admettre qu’on n’a pas assez de professionnels en soins pour donner les services », dénonce Mme Bédard.

Selon elle, la situation est si critique que le gouvernement n’a d’autre choix que de « revoir les services qu’il peut offrir ». Une proposition brutale, reconnaît-elle. « Mais il manque le tiers de professionnels en soins actuellement. On ne peut pas penser que ceux qui restent sont capables de continuer comme si de rien n’était », plaide Mme Bédard.

Manifestation anti-masque

« Ça me fait peur », dit Valérie Plante

La mairesse de Montréal a tiré à boulets rouges sur les centaines de manifestants anti-masques qui ont défilé à visage découvert, samedi, dans les rues de la métropole.

Leur discours et leur comportement remettent en cause les efforts de toute la population pour lutter contre le virus, a-t-elle fait valoir dans un point de presse tenu lundi après-midi devant l’hôtel de ville de Montréal.

Valérie Plante a été renversée par les images qu’elle a vues à la télévision, au point d’en avoir « peur ». « Ça me dépasse. Je ne comprends pas, a-t-elle dit. On peut ne pas être d’accord, à la limite, mais de là à faire une manifestation où on n’a pas de masques… »

La mairesse s’inquiète notamment pour les potentielles conséquences directes de l’évènement.

« Après, ces gens-là vont chez eux, peut-être qu’ils ont des enfants qui vont à l’école, peut-être qu’ils vont souper avec des amis le soir. Je trouve ça irresponsable. Ce n’est pas de ça qu’on a besoin en ce moment. On a besoin de solidarité. »

— Valérie Plante, mairesse de Montréal

C’est sur les réseaux sociaux que les invitations à la manifestation de samedi se sont transmises, à l’initiative d’une large palette de militants qui minimisent la gravité de la pandémie de COVID-19 et s’opposent à l’approche du gouvernement pour lutter contre celle-ci. Ces points de vue prolifèrent sur l’internet, au point d’inquiéter les autorités.

La mairesse de Montréal affirme être tombée sur des pancartes qui soulevaient la possibilité que la crise des six derniers mois soit un complot créé de toutes pièces. Elle en a été choquée.

« Je veux qu’on se rappelle qu’il y a 3500 personnes qui sont décédées [à Montréal], a-t-elle souligné. Quand je vois des affiches qui demandent si on connaît des gens qui sont morts de la COVID-19, je trouve ça particulièrement dérangeant. »

Alors qu’elle sortait d’une rencontre avec le premier ministre François Legault, Valérie Plante s’est d’ailleurs dite convaincue qu’une deuxième vague de la maladie menaçait la métropole et a affirmé faire tout en son possible pour éviter un reconfinement général.

Le chef du Bloc et son caucus en isolement préventif

Les membres du caucus du Bloc québécois, dont le chef Yves-François Blanchet, se placent en isolement préventif après qu’un employé du cabinet a contracté la COVID-19. « Un employé du cabinet du chef du Bloc québécois a reçu aujourd’hui un test positif de COVID-19. À titre de précaution et afin de respecter les consignes établies par le gouvernement du Québec, le chef du Bloc québécois et les membres du caucus se sont placés en isolement préventif tout en maintenant leurs activités en mode virtuel », a-t-on déclaré dans un communiqué, lundi après-midi. « Nous passerons tous un test de dépistage afin de nous assurer de la bonne santé de notre équipe et respecterons strictement les directives de la Santé publique. Il n’y a aucun risque à prendre. Soyez assurés que nous prenons très au sérieux cette situation », a déclaré la porte-parole du Bloc, Carolane Landry. L’employé qui a contracté le virus, dont le parti n’a pas révélé l’identité, a participé à une rencontre du caucus du parti qui s’est tenue le mardi 8 septembre à Saint-Hyacinthe, selon ce que Mme Landry a précisé à La Presse. Au total, une quarantaine de députés et employés du Bloc québécois s’y trouvaient, selon elle. — Mélanie Marquis, La Presse

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