Cinéma

Terminator est en tête, mais déçoit

Au Québec comme ailleurs en Amérique du Nord, Terminator : Dark Fate, sixième opus de la série, s’est hissé en tête du box-office de la fin de semaine en générant des recettes de 405 236 $ dans les salles québécoises, pour un total de 29 millions en Amérique du Nord – performance jugée très décevante selon les observateurs. Celle-ci fut quand même assez bonne pour déloger Joker de son trône, bon deuxième sur les deux palmarès. Selon les chiffres fournis par la firme Cinéac, Jouliks, présenté sur 40 écrans, est parvenu à décrocher la huitième place du palmarès de la fin de semaine, tout juste derrière Parasite, de Bong Joon-ho. — Marc-André Lussier, La Presse

Littérature

Jean-Paul Dubois décroche le prix Goncourt

Paris — Le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone a été décerné dimanche dernier au discret écrivain Jean-Paul Dubois, qui au fil de son œuvre n’a jamais cessé de saluer les perdants magnifiques.

Roman bouleversant et nostalgique sur le bonheur perdu, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (Éditions de L’Olivier) a été préféré par six voix contre quatre à Amélie Nothomb, autrice de Soif (Albin Michel).

Étaient également en lice Extérieur monde (Gallimard), d’Olivier Rolin, et La part du fils (Stock), de Jean-Luc Coatalem, qui ont chacun obtenu des voix au premier tour.

Le Renaudot, décerné dans la foulée du Goncourt, a été attribué à Sylvain Tesson pour La panthère des neiges (Gallimard).

« Tout arrive ! C’est adorable… », a déclaré Jean-Paul Dubois, accompagné de son éditeur, Olivier Cohen, en arrivant chez Drouant, le restaurant où est décerné le Goncourt depuis 1914.

« Je ne suis pas fait pour ce genre de choses, ce n’est pas mon univers. C’est assez irréel. »

— Jean-Paul Dubois

C’est la première fois de son histoire que l’éditeur (groupe Média Participations) remporte le Goncourt.

« Maintenant, ta vie est foutue », a lancé avec le sourire le secrétaire général du Goncourt, Didier Decoin, à l’écrivain quand il a rejoint le salon Goncourt du Drouant. Didier Decoin faisait allusion à la notoriété qui ne manquera pas de s’abattre sur le discret écrivain toulousain.

Pour exprimer son émotion, l’écrivain a choisi de citer une phrase du footballeur nord-irlandais George Best. « Je suis vraiment heureux, flatté d’être ici devant vous, je suis surtout heureux de me tenir debout. »

« J’éprouve un étrange bonheur, une joie bizarre », a-t-il dit.

« Un roman très jeune »

« Il faut que le prix Goncourt continue de surprendre », s’est félicité le président du jury, Bernard Pivot, satisfait de faire mentir les pronostics, qui misaient sur une victoire de la très populaire Amélie Nothomb.

« Dubois est un auteur formidable. Il n’est pas tout jeune [Dubois a 69 ans], mais son roman est très jeune. Il est d’une vigueur exceptionnelle », a ajouté Bernard Pivot en faisant remarquer que ce roman de Dubois n’était « pas le premier à mériter le Goncourt ».

Jean-Paul Dubois a reçu le prix Femina et le prix du roman Fnac en 2004 pour Une vie française. C’est la deuxième fois qu’il figurait dans une sélection du Goncourt. En 2016, le jury avait finalement écarté son roman La succession au second tour.

Modeste, le romancier a estimé que sa récompense était due à « la chance ».

« On ne mérite jamais le prix Goncourt, on a la chance de l’avoir. Ça tombe sur la personne qui est sur un alignement de planètes cette année-là. »

— Jean-Paul Dubois

Le 22e titre de Jean-Paul Dubois, qui se passe en partie au Québec, raconte l’histoire d’un homme, Paul Hansen, qui croupit depuis deux ans dans la prison de Bordeaux quand le lecteur le rencontre.

Paul Hansen, le narrateur, nous raconte comment il en est arrivé à partager une cellule avec un Hells Angel, formidable personnage, effrayant et touchant, qui ne rêve que d’« ouvrir en deux » ceux qui ne lui reviennent pas, mais est terrorisé par les souris ou les ciseaux du coiffeur.

Paul Hansen est un type bien, doux et bienveillant. Le lecteur apprendra à la fin du roman pourquoi un tel homme est en prison. Entre-temps remonteront à la surface des souvenirs d’un bonheur anéanti. Ce que raconte Jean-Paul Dubois – une constance dans la plupart de ses livres –, c’est l’histoire d’un monde en train de disparaître pour être remplacé par un autre dominé par l’injustice et le mépris.

Renaudot inattendu

Le livre s’est écoulé à 46 000 exemplaires depuis sa sortie en août, mais le Goncourt devrait au moins décupler ses ventes.

Le prix Goncourt reste le prix littéraire le plus prescripteur pour les ventes de romans. Selon une étude de l’institut GfK pour le magazine Livres Hebdo, sur la période 2014-2018, un prix Goncourt s’écoule en moyenne à 367 100 exemplaires, devant le Goncourt des lycéens (314 000 exemplaires) et le Renaudot (219 800 exemplaires).

Comme l’an dernier, le jury du prix Renaudot a accordé son prix à un auteur qui ne figurait pas dans sa sélection. Sylvain Tesson a été récompensé pour La panthère des neiges, publié le 10 octobre chez Gallimard.

L’écrivain l’a emporté au deuxième tour par six voix contre deux pour La part du fils, de Jean-Luc Coatalem, et deux voix à Pourquoi tu danses quand tu marches ? (JC Lattès), de l’écrivain franco-djiboutien Abdourahman A. Waberi.

« Je suis sorti du chapeau comme un lapin. Je me sens comme une panthère qui déboule dans un monde en ordre, un éléphant dans un magasin de porcelaine… », a confié l’écrivain à l’AFP.

Le récit de Sylvain Tesson s’est déjà écoulé à 50 000 exemplaires.

(Très) Cher cinéma français (Albin Michel), d’Eric Neuhoff, a été récompensé par le Renaudot essai.

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