Fanny Britt

Conciliation travail-famille-jury

Glamour et peinarde, la vie de juré en festival ? Pas autant qu’on le croirait. Foi de Fanny Britt, membre du jury de la compétition officielle au Festival du nouveau cinéma, la mission est enrichissante, mais se conjugue avec la vie quotidienne. La Presse l’a suivie quelques heures. 

« Avez-vous la carte Scène ? », demande la jeune employée au comptoir alimentaire du cinéma Quartier latin.

Il est autour de 21 h en ce premier samedi soir d’octobre et l’auteure Fanny Britt, membre du jury de la compétition internationale des longs métrages au Festival du nouveau cinéma, s’apprête à payer une boisson chaude entre deux projections.

Non, la dramaturge, écrivaine et scénariste de 41 ans ne possède pas cette carte de fidélité. Et elle ne va pas se plaindre de son statut de jurée anonyme parmi les spectateurs. D’autant plus qu’elle entretient une relation de grande intimité avec les films.

« Je suis quelqu’un qui préfère aller seul au cinéma, confie-t-elle. Oui, je vais voir des films avec mon chum. Or, il ne parle pas beaucoup à la sortie. Et ça m’arrange, parce que j’aime beaucoup recevoir les œuvres seule. »

L’écrivaine siège au jury du FNC en compagnie de la cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin et de François-Pier Pélinard-Lambert, rédacteur en chef de la revue Le film français. En une semaine et des poussières, elle doit voir 16 longs métrages pour ensuite débattre de la remise de trois prix : la Louve d’or du meilleur film, le Prix de l’interprétation et le Prix de l’innovation Daniel-Langlois. Ces films, elle les voit en salle avec le public, dans des projections de presse, et quelques-uns… à la maison.

À la maison ? Si, si. Certaines plages de projection se superposent, ce qui oblige à faire des choix. En plus, Fanny Britt, mère de deux garçons, reste très sollicitée par tout ce qui la lie à la littérature.

« Je suis en période d’écriture, dit-elle. Et comme je ne suis pas en déplacement, je dois aussi m’occuper de ma famille et voir à mes obligations professionnelles. Ç’a été un petit casse-tête de rentrer tout ça dans l’horaire [rires]. »

Ce qui explique les projections dans son salon.

Comme jurée, elle reçoit aussi des invitations à des activités parallèles. Par exemple, elle a assisté à la soirée d’ouverture. Dimanche matin, alors que nous la rencontrions pour la deuxième journée de suite, elle assistait au déjeuner officiel des membres du jury et participait à des séances de photos avant de retourner voir deux autres films au Cinéma du Parc.

« Je ne suis pas une grande festivalière, confie l’auteure. Ma vie, c’est la conciliation travail-famille. C’est le reflet de notre époque. »

« À ma nature profonde »

Née à Amos et ayant grandi à Montréal, Fanny Britt dit regarder des films depuis toujours.

« Plus jeune, ma mère, qui n’avait pas beaucoup de sous, nous emmenait voir des films au Ouimetoscope, se souvient-elle. On se faisait du pop-corn à la maison avant de partir et on le cachait dans notre sac. On voyait des films très arty dans le genre drame soviétique campé dans un lieu apocalyptique avec deux lignes de dialogue en trois heures. »

Devenue adolescente, avec sa meilleure amie, elle a fréquenté le cinéma Le Plateau, sur l’avenue du Mont-Royal. « J’ai développé des obsessions, dit-elle. Entre autres pour Dead Poets Society. Ce film a été très important dans ma vie ; il a été une révélation pour la littérature. Il a été à l’affiche durant trois mois, je crois, et j’y allais tous les dimanches. »

On lui demande si, en tant qu’auteure, elle décortique d’abord le scénario d’un film. 

« J’admire la scénarisation, répond-elle. Les scénaristes traitent souvent les ellipses, le temps d’une façon très intéressante et à laquelle j’ai moins accès dans mon travail romanesque et théâtral. »

— Fanny Britt, auteure et membre du jury du FNC

« Par contre, je suis intraitable pour les dialogues. Je suis facilement dérangée par un dialogue qui me semble ampoulé, mélodramatique ou pas naturel. C’est comme des ongles sur un tableau », souligne-t-elle.

Depuis le début de sa carrière, l’auteure a été membre à plusieurs occasions de comités de lecture au théâtre ou de jurys littéraires. Mais c’est la première fois qu’elle est jurée dans un festival de cinéma.

« On m’a dit que les organisateurs trouvaient important que des femmes siègent au jury cette année, entre autres parce qu’il y a plusieurs films avec des enjeux de violence faite aux femmes. Et je pense qu’on voulait que j’apporte un regard de cinéphile et non de spécialiste. Je me considère comme ça. J’accueille cette tâche comme une invitation à cultiver les dialogues entre les milieux. »

Il reste que la tâche est importante, sérieuse et exige une attention de tous les instants. Dans un courriel qu’elle nous a fait parvenir dimanche en fin d’après-midi, à la suite de nos deux rencontres, elle nous disait : « Ouf ! Il me faudra du temps pour décanter tout ce que j’aurai absorbé d’un coup cette semaine. »

Les prix du Festival du nouveau cinéma seront dévoilés samedi

Festival du nouveau cinéma

La Presse a vu…

Mishima

Parmi l’œuvre du cinéaste américain Paul Schrader, à qui le FNC consacre une rétrospective, son Mishima : A Life in Four Chapters de 1985 occupe une place importante dans le cœur des experts et cinéphiles. Dans une savante adaptation où se déploient en parallèle et se recoupent les extraits de trois romans du célèbre auteur japonais et des éléments de sa vie, Schrader reconstruit le chemin qui a conduit à la fin tragique de Yukio Mishima. Des images obsédantes alimentées par la musique de Philip Glass.

Ce soir, à 19 h 15, au Quartier Latin, salle 10

Lieux et monuments

Dans la section Présentations spéciales, le FNC consacre une séance à trois courts métrages de Pierre Hébert dans sa fascinante étude sur des lieux et monuments de par le monde. Que ce soit à Lyon, à Berlin ou dans le sud des États-Unis comme on le verra ici, le cinéaste plante sa caméra en un lieu précis et ne bouge plus. Dans des plans-séquences plus ou moins longs, des gens, des oiseaux, des trains, des bateaux passent. Lentement, l’image se transforme, devient dessin, fusain. Les êtres sont comme « zappés », atomisés. Sous ses allures anodines, le cinéma de Pierre Hébert possède une dimension politique assumée.

Ce soir, à 19 h 15, à la Cinémathèque québécoise

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