Notre choix

Une leçon de vie, sans faire la morale 

Drame fantastique 
A Wrinkle in Time
(V.F. : Un raccourci dans le temps)
Ava DuVernay
Avec Storm Reid, Reese Witherspoon, Oprah Winfrey, Mindy Kaling, Chris Pine
1 h 49
3 étoiles

Cinq ans que le papa de Margaret, ou Meg (Storm Reid), est disparu. Astrophysicien passionné, Alex Murry (Chris Pine) concentrait ses recherches sur le tesseract (petit rappel de géométrie : il s’agit, en gros, d’un hypercube). En s’amusant avec les concepts d’espace et de temps, le Dr Murry se serait accidentellement projeté dans l’univers. Il est probablement retenu prisonnier quelque part sur une autre planète.

Avec son petit frère (Charles Wallace) et son copain d‘école Calvin (Levi Miller), Meg part donc à la recherche de ce père tant aimé.

Les enfants seront aidés par trois êtres surnaturels : Madame Qui (Mindy Kaling), Madame Quiproquo (Reese Witherspoon) et Madame Quidam (Oprah Winfrey), trois personnalités bienveillantes qui armeront symboliquement les enfants contre les forces du mal, la « chose noire », un être maléfique qui se défendra de toutes ses forces contre la pureté de la jeunesse.

Des enfants convaincants

La force première du film d’Ava DuVernay (Selma, Queen Sugar), c’est de s’éloigner des clichés habituels. Oui, le film a des messages à passer : sur la différence, l’acceptation de soi, la diversité, l’importance de trouver sa place dans la société… Vaste programme que la réalisatrice accomplit tout en nuances.

Storm Reid est vraiment excellente dans le rôle de Meg, cette adolescente qui est à l’âge où s’aimer est si difficile. Pas tout à fait adulte, mais pas une enfant non plus, la jeune Meg aimerait tellement se sentir acceptée des filles les plus populaires de l’école. Elle comprendra toutefois que même la plus populaire d’entre elles lutte contre ses propres démons. Une belle façon de dire aux jeunes – à qui ce film est d’abord destiné – qu’il ne faut jamais se fier aux apparences. Sous la surface, chacun vit des épreuves.

Dans le rôle de Calvin, grand adolescent sensible et bienveillant, Levi Miller est touchant de vulnérabilité.

Quant au jeune acteur Deric McCabe, qui interprète le petit frère de Meg, il est absolument craquant. Cela dit, on aurait pris bien davantage de Mindy, Reese et Oprah. Les trois actrices ont visiblement eu beaucoup de plaisir à interpréter ces rôles fantaisistes. Or on ne les voit pas suffisamment.

Le maillon faible du film est sans doute le scénario. On dit pourtant qu’Ava DuVernay a passablement respecté le récit de Madeleine L’Engle. Mais A Wrinkle in Time, un classique de la littérature jeunesse anglo-saxonne, est une histoire complexe avec beaucoup de références symboliques et scientifiques. Est-ce que c’est ce qui explique que le film ne suscite pas beaucoup d’émotion ? On est soufflé par les magnifiques et chatoyants effets spéciaux (on est loin des traditionnels films de Disney !), mais on ne sort pas souvent notre mouchoir.

Cela dit, le film vaut le détour. Il raconte une belle histoire et met de l’avant de belles valeurs, sans jamais être lourd ou prêchi-prêcha. Juste pour cette raison, il faut aller voir A Wrinkle in Time.

Critique

Wow !

Drame
Chien de garde
Sophie Dupuis
Avec Jean-Simon Leduc, Théodore Pellerin, Maude Guérin
1 h 27
4 étoiles

SynoPsis

Un jeune homme vit constamment sur la corde raide en tentant de jongler avec une vie familiale difficile, le métier de collecteur qu’il exerce avec un frère hyperactif, et les activités criminelles qu’il mène dans le réseau que dirige son oncle.

Il y avait longtemps que nous n’avions vu un premier long métrage aussi percutant au Québec. D’entrée de jeu, Sophie Dupuis impose un ton, un style, en faisant écho à la dynamique qui caractérise la relation entre JP (Jean-Simon Leduc) et son frère cadet Vincent (Théodore Pellerin). À cause de son hyperactivité et de ses humeurs extrêmes, ce dernier définit d’ailleurs d’emblée chaque moment de la vie familiale, tout autant que la couleur de chacune des scènes de ce film consumé à feu vif.

Campé dans le Verdun de la petite criminalité, le récit se concentre ainsi sur la relation fraternelle pour explorer la nature complexe d’une situation familiale toxique, dont l’aîné voudrait bien parvenir à s’affranchir. Entre une mère alcoolique et aimante (formidable Maude Guérin), un oncle qui lui confie une mission trop grande pour lui (Paul Ahmarani), un frangin requérant une attention constante, et une amoureuse (Claudel Laberge) rejetée par le cocon familial, JP tente de trouver tant bien que mal un équilibre.

À l’aide d’une caméra nerveuse (mais jamais hystérique), la réalisatrice propose une mise en scène entièrement mise au service des personnages, tous magnifiquement dessinés et interprétés. À cet égard, mentionnons la performance électrisante de Théodore Pellerin, qui joue toujours à la limite de son énergie sans jamais sombrer dans la caricature. Inévitablement, la relation que Vincent entretient avec sa mère n’est pas sans rappeler celle d’un certain Steve avec la sienne dans Mommy

Wow !

Critique

Mère courage

Drame
Une famille syrienne 
Philippe Van Leeuw
Avec Hiam Abbass, Diamand Bou Abboud, Juliette Navis
1 h 25
4 étoiles

SynoPsis

Dans une ville assiégée de Syrie, une famille s’enferme dans un appartement perdu au milieu des balles de tireurs embusqués et des bombardements. En l’absence du père, la mère protège son foyer du danger de la guerre qui fait rage. Résolue à rester chez elle, malgré le pire. 

Rarement un film nous aura fait autant ressentir l’enfer de la guerre… sans nous la montrer. Avec Une famille syrienne, Philippe Van Leeuw signe un huis clos terriblement efficace sur le quotidien « ordinaire » de gens qui vivent l’horreur et le chaos de la guerre civile.

Alors que les actualités montrent sans cesse des images de conflits pleines de cadavres, de ruines et d’explosions, ce long métrage bouleversant raconte la guerre par le trou de la serrure de cette famille comme les autres. On plonge dans leur intimité. On les observe vaquer à leurs tâches domestiques, à essayer de vivre, de s’aimer et d’espérer…

Dès le premier plan, le décor est planté. La caméra scrute chaque recoin d’un appartement confortable. Le récit épouse la règle des trois unités théâtrales : d’action, de lieu et de temps ; 24 intenses heures, de l’aube à l’aube.

La réalisation est sobre. Le film repose sur un scénario bien ficelé. Le réalisateur belge installe le climat terrifiant avec le travail sur le son qui amplifie la menace extérieure. « La bande sonore éclaire le hors-champ, les rafales, les explosions qu’on ne verra jamais », pour reprendre ses mots.

Il y a des accents bergmaniens dans la psychologie des personnages. La comédienne libanaise Diamand Bou Abboud – la voisine venue se réfugier chez la famille avec son bébé – fait penser à une jeune Liv Ullmann. L’actrice israélo-palestienne Hiam Abbass, sublime, incarne cette mère courage avec des traits d’héroïne grecque. Il faut souligner le jeu très juste de tous les acteurs arabes (le film a été tourné à Beyrouth).

Une famille syrienne possède une chose rare en notre époque (au cinéma et ailleurs) où l’on juge les étrangers tous azimuts et où l’on compte les réfugiés par quotas : de l’empathie.

De l’empathie pour ce que subissent ces victimes de la guerre au jour le jour ; pour la population civile qui lutte dans l’ombre et avec, pour seule arme, le dur désir de ne pas sombrer dans le gouffre de la peur et la mort. Pour conserver un soupçon d’humanité. 

À voir absolument !

En version originale avec sous-titres français (Une famille syrienne) ou anglais (Insyriated)

Critique

Maîtrisé, mais cliché

Comédie noire
Thoroughbreds
(V.F. : Pur-sang)
Cory Finley
Avec Anya Taylor-Joy, Olivia Cooke, Anton Yelchin 
1 h 32
3 étoiles

SynoPsis

Lily et Amanda, adolescentes vivant dans les quartiers riches d’une banlieue du Connecticut, se retrouvent après s’être perdues de vue pendant quelques années. Amanda, qui a la particularité de ne ressentir aucune émotion, viendra perturber l’équilibre de son amie en lui donnant l’idée d’éliminer son beau-père qu’elle déteste.

La beauté vénéneuse des jeunes filles désœuvrées, le grain de sable perturbateur, la froideur d’un monde déconnecté de tout sentiment, la violence larvée : il y a dans Thoroughbreds une foule de clichés de ce genre de film noir, pas bien nouveau depuis Bret Easton Ellis et François Ozon.

En fait, ce premier film que Cory Finley a adapté de sa propre pièce manque étrangement de tonus. Quand, dans un thriller, le réalisateur se sent obligé d’inclure toutes sortes de bruits dissonants pour instaurer la tension, c’est la preuve qu’il n’a pas réussi à la faire monter autrement.

Les longs dialogues, toujours livrés sur un ton monocorde, sont écrits avec subtilité. Mais ces échanges entre les personnages en font un film assez bavard, interrompu par des éruptions de violence qui retombent aussi vite.

Avec cette partition toute en malaises, les deux comédiennes, Anya Taylor-Joy (Lily) et Olivia Cooke (Amanda), sont d’une justesse implacable. Mais dans ce film glacial, c’est l’incandescent Anton Yelchin, dans son dernier rôle avant sa mort dans un accident en juin 2016, qui se démarque. Il y incarne Tim, petit bum aux grandes ambitions que les jeunes filles tentent de manipuler, seul élément vibrant de ce film étouffant, tourné quasi en huis clos.

Film noir qui montre que les psychopathes ne sont pas toujours ceux que l’on pense, Thoroughbreds est maîtrisé même s’il ne semble pas être allé jusqu’au bout de ses ambitions. S’étirant un peu trop pour tenir les spectateurs en haleine, pas hyper original dans son propos, il porte tout de même la marque d’un réalisateur intelligent. Une curiosité.

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