« Nous avons échoué »

Devant le Sénat, le PDG et fondateur Mark Zuckerberg promet un réseau plus « proactif »

Discours haineux, protection des mineurs, manipulations électorales, mauvaise utilisation des données personnelles, soutien étonnant à l’équipe Trump : pendant cinq heures, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a dû faire face hier aux questions des sénateurs américains qui l’avaient convoqué devant un comité. Si le ton était généralement courtois, l’audience très attendue a mis en évidence le malaise suscité par l’utilisation des informations de quelque 2,2 milliards d’abonnés par le réseau social. En voici les moments forts.

« Nous n’en avons Pas fait assez »

D’entrée de jeu, le milliardaire de 33 ans a reconnu son incapacité à protéger adéquatement les données des quelque 87 millions d’abonnés Facebook obtenues de façon illégitime par la firme britannique Cambridge Analytica en 2014. « Nous avons échoué. Il est clair que nous n’en avons pas fait assez pour empêcher que ces outils soient utilisés à mauvais escient. Nous avons la responsabilité de proposer des outils, mais aussi de nous assurer que ces outils soient utilisés de façon constructive. »

Prévenir dans les 72 heures

Ces excuses n’ont cependant pas suffi aux sénateurs, qui lui ont demandé à plusieurs reprises pourquoi Facebook avait attendu plus de quatre ans après les faits pour agir. « Si vous ne faites pas le ménage dans vos activités, personne ne pourra plus bénéficier de quelque confidentialité que ce soit, a dit le sénateur démocrate Bill Nelson. Pourquoi ne pas avoir avisé les millions d’utilisateurs dont les informations personnelles avaient circulé sans leur consentement ? » M. Zuckerberg s’est dit ouvert à l’idée d’alerter dorénavant dans les 72 heures les abonnés qui seraient victimes d’un piratage de leurs données.

Responsabilité « plus large »

À plusieurs reprises, le PDG et fondateur de Facebook a qualifié son entreprise d’« idéaliste », d’abord inspirée par le projet de connecter l’humanité. « Il est clair maintenant que nous n’en avons pas fait assez pour empêcher que ces outils soient utilisés pour faire du tort. Ça concerne les informations mensongères [fake news], les interventions étrangères dans les élections, le discours haineux, ainsi que les développeurs et la confidentialité des données. Nous n’avons pas eu une vision assez large de notre responsabilité, et ç’a été une grande erreur. C’était mon erreur, et j’en suis désolé. » Facebook sera dorénavant plus « proactif », a-t-il promis, soulignant que des dizaines de milliers d’applications faisaient actuellement l’objet d’enquêtes et seraient bannies si des irrégularités étaient découvertes.

Un modèle immuable

Facebook recueille deux types de données sur ses abonnés, a répété à plusieurs reprises M. Zuckerberg : le contenu qu’ils publient eux-mêmes et celui qui est consigné à partir de leur comportement en ligne, puis réutilisé dans le but de les exposer à de la publicité ciblée. Ce modèle ne changera pas. « Nous voulons relier les gens, nous voulons offrir un service gratuit, c’est la seule façon de rejoindre des milliards de personnes. Pour ne pas voir de publicité, il faudrait changer notre modèle d’affaires, a-t-il indiqué. Mais les gens peuvent contrôler l’utilisation de leurs informations. Et s’ils n’aiment pas les pubs, ils aiment encore moins les pubs qui n’ont rien à voir avec leur vie. » Il a répété à plusieurs reprises que Facebook « ne posséd[ait] pas les données personnelles », que ce sont les abonnés qui choisissaient leurs publications, leur portée et pouvaient les effacer quand ils le souhaitaient. « Nous ne vendons pas votre information, c’est une conception fausse. »

Politique et contrôle

Bien que les interventions des sénateurs américains aient été dans l’ensemble plutôt mesurées, certains, notamment le républicain Ted Cruz, ont tenté d’entraîner le PDG de Facebook dans l’arène politique. Le sénateur a notamment dénoncé les interventions du réseau social pour censurer des contenus conservateurs. Pour Mark Zuckerberg, le réseau social est d’abord « une plateforme pour toutes les idées » et il a nié qu’il favorisait un courant politique. On a par ailleurs appris, par la bande, que des employés de Facebook avaient apporté un soutien à l’équipe de campagne de Donald Trump, mais à titre de client. « Nous avons prêté main-forte comme soutien à un annonceur », a indiqué le PDG.

L’IA à la rescousse

L’un des plus grands défis qui se sont posés au fur et à mesure que grandissait Facebook, c’est l’impossibilité de filtrer tout le contenu indésirable, a dit M. Zuckerberg. La méthode utilisée depuis la fondation en 2004, qui repose sur le signalement suivi de leur effacement par un employé, est graduellement remplacée par l’intelligence artificielle. « Nous n’avions pas l’IA à nos débuts, nous avons dû appliquer nos politiques selon des règles établies au fur et à mesure. » Pas moins de 99 % des contenus signalés maintenant sur Facebook le sont par l’IA « sans qu’aucun humain l’ait vu ». C’est ainsi qu’il explique qu’après le fiasco de l’intervention russe dans les élections américaines, en 2016, les élections en France et en Italie, notamment, se sont bien déroulées. Des « dizaines de milliers de comptes » ont été fermés, notamment grâce à l’IA, a indiqué le PDG. Il s’est montré étonnamment favorable à un encadrement législatif des réseaux sociaux, indiquant même que les lois contraignantes en Europe « [avaient] du sens ». « Mais les détails sont importants », a-t-il souligné à plusieurs reprises.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.