La Scuderia devant

Sebastian Vettel a signé sa première position de tête depuis juillet 2018 et sa Ferrari partira aux commandes du Grand Prix aujourd’hui. Lewis Hamilton, au volant de sa Mercedes, est deuxième. Est-ce le début d’une nouvelle rivalité entre les deux écuries ?

Vettel aux anges

« Yes. Yes. Yes. Yes. Bi-pala-pala-papabi. »

Sebastian Vettel n’a pu retenir ce rythme aux accents be-bops sur les communications radio de Ferrari. Pas de doute, cette position de tête au Grand Prix du Canada lui a fait plaisir.

Avec un temps de 1 min 10,240 s, il a devancé par 206 millièmes Lewis Hamilton de l’écurie Mercedes. Suivent dans l’ordre son coéquipier chez Ferrari Charles Leclerc, Daniel Ricciardo de Renault et Pierre Gasly de Red Bull.

Il faut se replonger un instant dans le contexte. Voyez-vous, Vettel n’avait pas obtenu la position de tête à ses 16 dernières courses. Il faut remonter au Grand Prix d’Allemagne, en juillet 2018, pour le voir au sommet de la hiérarchie.

Cette saison, malgré trois podiums, dont une deuxième place à Monaco, il n’a jamais réussi à vaincre en piste son rival de toujours, Lewis Hamilton. Une seule fois, à Bahreïn, il avait fait mieux que lui en qualifications. Donc, vous l’imaginez, Vettel était d’excellente humeur à la conférence de presse d’après-qualifications.

Dès l’amorce, on lui a demandé si cette position de tête était une « injection d’énergie » pour tout Ferrari, dont les succès viennent moins facilement cette saison. L’expression utilisée, assez commune en anglais, a shot in the arm, l’a saisi. Apparemment, elle se traduit plutôt négativement dans sa langue maternelle, l’allemand. En français aussi, d’ailleurs.

« Je me sentais mieux que si j’avais reçu une injection dans le bras ! Mais, oui, ça fait un moment. Pour l’équipe, les dernières courses ont été difficiles. C’est le mieux qu’on a été depuis un moment. On savait que ce circuit pourrait nous avantager. N’empêche, il fallait faire le boulot. Je suis encore plein d’adrénaline. J’ai vraiment aimé mon tour rapide, j’aimerais le refaire pour le plaisir. »

« J’ai dû me retenir dans les premiers virages parce que la hausse de l’adhérence des pneus n’était pas simple, mais, après, c’était très plaisant. La voiture me criait de continuer. »

— Sebastian Vettel

Tant qu’à se perdre dans les traductions, Vettel a ensuite admis qu’il se méfiait vraiment du tour rapide d’Hamilton, car il est généralement « beau bonhomme » à Montréal. Il a utilisé le mot « handsome », mais voulait dire « handy », soit « habile ». Hamilton l’a regardé, sourire aux lèvres, et l’a remercié du fond du cœur du compliment.

« Je voulais dire qu’il est plein de ressources, mais il est beau aussi. Regardez-le. »

Vettel était sur un nuage, à l’évidence. Il divertissait l’assistance comme quelqu’un qui attendait ce moment depuis presque un an. À la question d’un journaliste du site espagnol Graining, il lui a demandé s’il n’était pas plutôt lié à Pirelli.

Petite explication nécessaire ici. Les performances décevantes des pneus fournis par Pirelli sont un sujet incontournable cette saison. « Graining » est l’expression désignant l’apparition de boulettes de gomme à la surface du pneu, ce qui entraîne une perte d’adhérence. Bref, Vettel avait réservé du matériel humoristique pour les initiés du vocabulaire de la F1.

Hamilton n’a pas détesté la prestation, riant souvent. Il a profité de ce moment de réjouissance de la Scuderia pour reprendre en substance l’idée de son patron, Toto Wolff : la prédictibilité sportive entraîne généralement le désintérêt. Avec Ferrari au sommet des qualifications, il espère que ce sera le début d’une nouvelle rivalité entre les deux écuries.

« C’est fantastique pour le sport, a dit Hamilton. J’aime affronter une autre équipe. J’espère que ce sera un vent nouveau pour eux et que ce sera très serré à partir de maintenant. Si on peut avoir des luttes sérieuses tout au long de la saison, ce sera merveilleux. »

Magnussen, Verstappen et les pneus

Les Mercedes et les Ferrari ont obtenu leurs résultats de la journée en pneus médium (plus résistants, mais plus lents que les pneus tendres). Or, chaque pilote du top 10 doit commencer la course avec les pneus qu’il utilisait au moment de son meilleur temps de la Q2. Pouvoir prendre le départ sur des pneus plus résistants est donc un avantage considérable, côté stratégie.

Max Verstappen de Red Bull a fait le même pari que les écuries de pointe. Sauf que la stratégie n’a pas fonctionné pour lui ; il s’est retrouvé exclu après la deuxième portion des qualifications, coincé avec le 11e temps.

« Après, c’est facile à dire, mais sur le coup, ça semblait logique d’utiliser les médium. Je n’avais pas l’adhérence que je voulais, et il y avait de la circulation dans le virage en épingle. Sinon, on aurait obtenu ce qu’on cherchait. On a été malchanceux d’avoir un drapeau rouge. »

Ce drapeau rouge est arrivé au pire moment, quand Verstappen tentait à la dernière seconde de sauver sa Q2 chaussé de pneus tendres (les plus rapides). Sauf que Kevin Magnussen est venu tout gâcher après un contact avec le fameux mur des champions.

La conversation radio chez Red Bull ne mentait pas. « J’imagine que ça y est ? » « Oui, Magnussen est dans le mur… »

« J’ai frôlé le mur, pas si fort, mais le contact a fait exploser la jante, a expliqué le pilote Haas. Le pneu a quitté la jante, et j’ai perdu le contrôle. Je ne m’attendais pas à tourner comme ça jusque dans le mur. »

L’accident forcera Magnussen à partir des puits, en raison des réparations nécessaires sur sa monoplace. Carlos Sainz a pour sa part écopé d’une pénalité de trois places pour avoir nui à Alexander Albon. Ce qui signifie qu’au bout du compte, malgré une mauvaise journée, Verstappen s’élancera neuvième.

Horaire de la journée

7 h 30 : Ouverture du site au public

De 9 h 15 à 9 h 45 : Formula Tour 1600, 2e course incluant tour de formation

De 10 h 15 à 10 h 45 : Challenge Coupe Porsche GT3, 2e course incluant tour de formation

De 11 h 15 à 11 h 45 : Challenge Ferrari, 2e course incluant tour de formation

12 h 30 : Formule 1 – Défilé des pilotes

13 h : Formule 1 – Présentation de la grille de départ

14 h 10 : Formule 1 – Grand Prix du Canada 2019 | 70 tours ou 120 minutes

Quel avenir pour Racing Point ?

Lawrence Stroll et ses associés sont des hommes d’affaires avisés, pas du genre à lancer leur argent par les fenêtres. Investir dans l’équipe Racing Point a été une décision d’affaires, comme toutes celles qu’ils ont prises au cours des années, et ils entendent bien en tirer un profit.

Et même si ce n’est sans doute pas encore aujourd’hui que Lance Stroll et Sergio Pérez vont prendre part à la lutte pour les places d’honneur, Racing Point ne cache pas ses ambitions pour l’avenir. Ce week-end, M. Stroll est présent dans les paddocks, mais il évite les médias et nous n’avons eu droit qu’à une brève salutation, vendredi soir, lors d’un point de presse avec la direction de Racing Point.

C’est Otmar Szafnauer, le directeur général depuis une dizaine d’années, qui gère la « croissance », même s’il entend rester fidèle à la philosophie qui a fait le succès de l’équipe : « Les fonds ne sont jamais illimités, a rappelé Szafnauer, en entrevue exclusive. Quand, comme chez nous, les fonds ont été limités pendant une longue période, il faut bien réfléchir avant de dépenser l’argent, et ça doit toujours aller en priorité pour améliorer les performances.

« Toutes ces techniques que nous avons développées au cours des années pour tirer le maximum de nos ressources, c’est important de ne pas les perdre, même si notre financement est maintenant plus stable. »

— Otmar Szafnauer, directeur général de Racing Point

Au fil des ans, Force India a acquis la réputation d’obtenir des résultats supérieurs à que ses ressources laissaient présager. « Et nous ne voulons pas perdre cette qualité, a assuré Szafnauer. La définition de l’efficacité ou de la valeur est justement d’obtenir un maximum de résultats pour un investissement donné. Si nos ressources sont plus élevées, nous voulons aussi que les résultats le soient. »

Une nouvelle usine

Même si la priorité reste les performances en piste, Szafnauer explique que Racing Point a un rattrapage à faire du côté des structures de l’équipe. « Nous devrions bientôt avoir toutes les autorisations pour lancer la construction d’une nouvelle usine, près de nos installations actuelles à Silverstone », a-t-il confirmé vendredi.

« Et nous continuons d’embaucher du nouveau personnel. Nous sommes passés d’environ 400 à 425 employés depuis le début de l’année et nous voulons continuer de recruter le meilleur personnel possible, ce qui nous oblige parfois à aller plus lentement que nous le voudrions. »

À moyen terme, Racing Point attend beaucoup des nouvelles règles qui entreront en vigueur pour la saison 2021. Au-delà des règlements techniques, ce sont les règles sportives et commerciales qui pourraient avoir un impact sur la compétitivité des équipes moins fortunées. Un plafond budgétaire est à l’étude, de même qu’une refonte du système de primes aux équipes.

« Une meilleure distribution de l’argent va aider les équipes comme la nôtre à dépenser davantage pour améliorer les performances, a souligné Szafnauer. Et c’est certain qu’un plafond budgétaire va toucher les trois grandes équipes, car les autres fonctionnent déjà sous ce cap. On parle d’une limite de 175 millions, mais avec toutes les exclusions, ce sera plus près de 250 millions. C’est quand même un pas dans la bonne direction. »

Le directeur de Racing Point espère amener l’équipe au niveau des meilleures au cours des prochaines années et il ne veut pas que ce soit parce qu’on aura « nivelé par le bas » : « Il faut veiller à garder ce qui fait la spécificité de la F1, son ADN, a-t-il estimé. Prenez la F2 : il y a 20 voitures identiques et les courses sont très disputées. Mais combien de personnes suivraient cette série si nous n’étions pas là ?

« Nous voulons nous donner les moyens de produire les meilleures voitures, quelles que soient les règles techniques. Avec le temps, si on nous donne des chances égales à celles des grandes équipes, nous avons bon espoir d’y arriver. »

Des liens avec le Canada

Otmar Szafnauer est né en Roumanie, mais sa famille a émigré aux États-Unis et il a grandi à Detroit, la capitale américaine de l’automobile. C’est là qu’il a tissé des liens avec le Canada : « J’ai étudié à l’Université de Detroit et nous avions l’habitude, mes amis et moi, d’aller à Windsor, juste de l’autre côté du pont, quand nous avions entre 19 et 21 ans, parce que l’âge légal pour boire était plus bas au Canada ! Mon autre lien avec le Canada remonte à mes débuts en F1, en 1999 chez BAR, avec Jacques Villeneuve. Il avait déjà été soutenu par Player’s, une filiale de British American Tobacco, en IndyCar, et ce sont les mêmes acteurs clés qui ont été à l’origine de l’équipe de F1. »

Szafnauer n’est pas resté longtemps chez BAR, mais il a occupé plusieurs postes en F1 avant de prendre la direction de l’équipe Force India en 2009. « Tous ces postes m’ont permis d’acquérir une expérience très complète de la F1, tant dans la production des châssis et des moteurs que dans la gestion du personnel. Racing Point est une grande entreprise, appelée à grandir encore, et j’ai la chance d’être très bien entouré. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.