CARNET D’ENDORPHINES

Leçon de simplicité volontaire par des écoliers écossais

Il était une fois une fille qui enseignait à des enfants du primaire dans une petite école de Stirling, en Écosse. Comme l’ensemble des professeurs de la planète, Elaine Wylie gérait son lot de turbulence autant que la transmission de son savoir académique.

Un jour, une bénévole de l’école a suggéré à Elaine que ses jeunes élèves manquaient peut-être de concentration parce qu’ils n’étaient pas en forme. Curieuse (et un peu piquée au vif), Elaine a fait descendre les enfants sur le terrain de soccer et leur a demandé de faire le tour en courant. Avant la fin du premier tour, la plupart des enfants s’étaient arrêtés, pliés en deux, à bout de souffle.

Elaine a demandé à ses petits élèves d’évaluer leur condition physique. Ils ont répondu en chœur : « Mauvaise » !

Ensemble, ils ont établi un « plan » : beau temps, mauvais temps, sans objectif de performance, et chacun à son rythme, ils allaient courir 15 minutes par jour, tous les jours, soit à peu près un « mile ».

Ce ne serait pas un cours de plus.

Il n’y aurait pas d’équipement, pas de règlement, pas de notes.

Pas de comité, pas d’organisation, pas d’évaluation.

Juste des enfants qui sortent de classe 15 minutes par jour pour s’épivarder, courir, prendre l’air.

Un mois plus tard, tous les enfants couraient leur « mile » sans devoir s’arrêter pour reprendre leur souffle.

Ainsi est né le « Daily Mile », dont les bénéfices ont été si nombreux (et oui, une meilleure concentration en classe fait partie des avantages) que sa pratique a fait boule de neige et qu’elle a depuis été adoptée par la moitié des écoles d’Écosse et le quart des écoles britanniques.

L’immense réussite de l’idée d’Elaine Wylie réside dans un seul facteur : sa simplicité.

Simplicité dont on peut s’inspirer sans vergogne. Qu’on veuille se remettre en forme tout seul ou partir un projet semblable avec « la gang du bureau », on a plein d’enseignements à tirer de cette petite école d’Écosse…

Récapitulons les éléments qui ont fait de leur « Daily Mile » une réussite.

1. Le libre arbitre. Personne n’a fait de sermon aux enfants, personne ne leur a imposé de faire plus de sport. On leur a demandé de s’évaluer et ils se sont sentis investis d’une mission : faire mieux. C’est devenu leur projet et c’est toute la différence du monde. 

2. Ce n’est pas un « cours ». Y’a pas de notes, pas d’évaluation, pas d’obligation de « résultats », ni de but à compter pour faire « gagner » son équipe. C’est fou comme ça change une perspective sur le sport… 

3. Ça ne coûte rien. La belle Elaine n’a pas demandé un sou à la direction de l’école. Comment ? Un projet gagnant qui ne nous oblige pas à débloquer un budget ? Ah ! ben là… (avouez que c’est irrésistible). On peut tous mettre un pied devant l’autre, gratuitement, au moins une fois par jour. 

4. Il n’y a rien à défendre. La colonne des « contre » est vide. Il n’y a que des bénéfices. Voilà une résolution qui sera adoptée à l’unanimité par n’importe quel conseil d’administration sensé.

5. Une organisation minimale. Si je rejoins ma collègue au coin de la rue le midi pour notre marche quotidienne, on gage que j’y serai plus assidue qu’à ce cours de cardio machin à l’autre bout de la ville après le travail ? 

6. C’est une récréation. Un moment de détente, une occasion de socialiser, de voir les copains, de rire. Retrouver des gens qu’on aime autour d’un verre, c’est agréable. Retrouver des gens qu’on aime au grand air, et en mouvement, ça n’a pas de prix.

7. Ça se place tout seul à l’horaire. On peut tous trouver 15 minutes dans une journée pour s’aérer l’esprit, se dégourdir les jambes, s’activer le cœur, se rosir les joues et retourner à notre table de travail plus inspiré, plus motivé, et les neurones oxygénés de frais.

Ces gamins écossais nous rappellent un principe essentiel : l’envergure n’est pas une question de moyens et une toute petite habitude peut générer de grands bénéfices.

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