Environnement

Près de 1 milliard pour la biodiversité

Le gouvernement français a dévoilé cette semaine son ambitieux « Plan biodiversité ». Assorti d’investissements estimés à 600 millions d’euros (921 millions CAN) en quatre ans, il prévoit une multitude de mesures destinées à protéger les espèces naturelles. Des organisations québécoises y voient d’ailleurs un modèle pour la province. Aperçu.

Pas de plastique dans la mer d’ici 2025

La France se fixe l’objectif « ambitieux » de « zéro plastique rejeté en mer d’ici 2025 ». Pour y parvenir, elle a déjà interdit ou interdira prochainement 12 produits en plastique à usage unique parmi ceux qui se retrouvent le plus sur le littoral et en mer et soutiendra leur interdiction à l’échelle européenne, notamment les sacs en plastique, les pailles, les gobelets, les cotons-tiges, les contenants en polystyrène expansé ainsi que les microbilles contenues dans les cosmétiques. Paris vise par ailleurs le recyclage de 100 % des autres plastiques dès 2025 et favorisera les mesures de substitution. En outre, l’État expérimentera d’ici à 2020 la mise en place d’un système de consigne dans ses territoires outre-mer qui le souhaiteront.

Freiner l’étalement urbain

La France veut aussi parvenir, sans toutefois fixer d’échéancier, à « zéro artificialisation nette » des sols, ce qui signifie que pour chaque surface « artificialisée », une superficie équivalente devrait être « rendue à la nature ailleurs ». Il s’agit donc de renaturaliser des terrains chaque fois qu’on en bétonne d’autres, ce qui implique de « repenser l’aménagement du territoire ». L’État projette de légiférer pour aider les municipalités à lutter contre l’étalement urbain, favoriser la densification et redynamiser les centres-villes. Chaque année de 2006 à 2015, 660 km2 de milieux naturels et de terres agricoles ont été « artificialisés » en France, souligne le Plan biodiversité.

Moins de pesticides, plus de bio

La proportion des terres agricoles consacrées à l’agriculture biologique passera d’un peu plus de 6 %, aujourd’hui, à 15 % d’ici à 2022, prévoit le plan du gouvernement français. Aussi, afin de donner un élan à l’agroécologie, l’État rémunérera les agriculteurs « qui mettent en place des actions de protection de la biodiversité », telles la plantation de haies dans les grandes plaines agricoles ou la préservation des zones humides, qui sont essentielles aux oiseaux, aux insectes et aux petits mammifères, eux-mêmes d’une grande utilité dans l’agriculture. Le glyphosate sera par ailleurs totalement interdit d’ici à 2023.

Nouvelles aires protégées

La France financera la création ou l’extension de 20 réserves naturelles nationales et créera l’an prochain un 11e parc national à la frontière entre la région Champagne-Ardenne et la Bourgogne, d’une superficie de 500 km2, pour protéger les forêts de feuillus de plaine, alors que la plupart de ses parcs nationaux sont en montagne. En augmentant les aires protégées, l’État français souhaite améliorer son « réseau écologique », aussi appelé « trame verte et bleue », qui permet aux espèces de « se déplacer dans des milieux naturels en bon état et connectés entre eux ». Paris prévoit aussi restaurer « la continuité aquatique sur 50 000 kilomètres de cours d’eau » d’ici à 2030.

Mesures « concrètes [et] réalistes »

Le milieu écologiste français a plutôt bien accueilli le Plan biodiversité, mais a toutefois estimé qu’il n’avait pas les moyens financiers de ses ambitions. Au Québec, les organisations consultées par La Presse voient d’un très bon œil les mesures annoncées. Selon la biologiste Ludivine Quay, de Nature Québec, il s’agit de « choses concrètes », qui ne sont « pas extravagantes » et donc « réalistes », d’autant que bon nombre d’échéanciers sont prévus avant la fin du quinquennat du président Emmanuel Macron, en 2022. La directrice pour le Québec du Fonds mondial pour la nature (WWF), Sophie Paradis, parle d’une « démarche novatrice » qui va au-delà des habituelles mesures de protection en mettant « la nature au premier plan ».

« Très bon » constat

Ludivine Quay aime particulièrement l’accent mis sur la limitation de l’étalement urbain. « En 40 ans, [la France] a perdu 70 % des zones humides », ce qui a engendré « un gros problème d’inondations ». Sylvain Perron, de la Fondation David Suzuki, abonde dans le même sens : il qualifie de « très bon constat » l’idée avancée dans le plan que les sols ne sont pas une ressource infinie. « On dépense notre territoire comme si on en avait à l’infini, illustre-t-il, ce qui est absurde. » Selon Sophie Paradis, le plan propose qu’« on s’adapte à la nature [au lieu] d’adapter la nature à nos actions ».

Un modèle à suivre

À lui seul, le Plan biodiversité de la France « prévoit de mobiliser 600 millions d’euros » en quatre ans, soit 921 millions de dollars, des sommes qui s’ajoutent aux financements existants. « J’aimerais avoir ce budget-là pour le Québec ! », s’exclame Sophie Paradis. Cela dit, le Québec n’est pas à la traîne : « La Loi sur le développement durable adoptée en 2006 est un modèle à l’échelle internationale », souligne-t-elle. Or, les actions sont ici « morcelées », alors que « le noyau qui rassemble tout ça, c’est la biodiversité », poursuit-elle, ce qui fait du plan français un modèle à suivre à ses yeux.

Autres mesures prévues dans le Plan biodiversité

— lutte contre la pollution lumineuse (réglementation prévue d’ici à la fin de l’année)

— lutte contre les dépotoirs sauvages (en dressant le portrait de la situation et en renforçant les mesures de contrôle)

— protection des pollinisateurs en soutenant l’interdiction de pesticides de la famille des néonicotinoïdes

— verdissement des villes (objectif 2020 : atteindre le ratio de 1 arbre par 100 habitants)

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