Syrie

Les étapes-clés de l’implication turque

24 août 2016 

La Turquie lance l’opération « Bouclier de l’Euphrate » dans le nord de la Syrie, visant l’EI et les Unités de protection du peuple kurde (YPG).

20 janvier 2018 

La Turquie lance une offensive terrestre et aérienne baptisée « Rameau d’olivier » contre les YPG dans la région d’Afrine.

18 mars 2018 

Les forces turques et leurs supplétifs syriens prennent aux YPG l’ensemble d’Afrine.

17 septembre 2018 

Vladimir Poutine, président de la Russie, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdoğan, se mettent d’accord pour créer une « zone démilitarisée » sous contrôle russo-turc dans la province d’Idleb.

17 décembre 2018 

M. Erdoğan se dit déterminé à « se débarrasser » des milices kurdes si leur parrain américain ne les contraint pas à se retirer du Nord syrien.

13 janvier 2019 

M. Erdoğan appelle à la création d’une « zone de sécurité » dans le nord de la Syrie.

7 août 2019 

La Turquie et les États-Unis décident d’établir un « centre d’opérations conjointes » pour coordonner la création de cette zone tampon entre la frontière turque et les zones contrôlées par les YPG.

9 octobre 2019

La Turquie lance son offensive, nommée « Source de paix », contre les forces kurdes après le départ des troupes américaines.

— Agence France-Presse

Offensive contre les Kurdes

Ankara poursuit son avancée, des milliers de civils en fuite

TALL TAMR, — Syrie — L’offensive d’Ankara contre une milice kurde dans le nord-est de la Syrie a provoqué hier la fuite de milliers de civils face à l’avancée des forces turques et suscite un tollé international.

À New York, à l’issue d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, les cinq pays européens y siégeant – France, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Pologne – ont exigé l’arrêt de cette « action militaire unilatérale ». De son côté, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a exprimé sa « profonde inquiétude ».

Donald Trump a évoqué hier la possibilité d’une médiation américaine dans le conflit entre la Turquie et les Kurdes. « Nous avons un des trois choix suivants : envoyer des milliers de soldats pour gagner militairement, frapper la Turquie très durement financièrement et avec des sanctions, et jouer les médiateurs en vue d’un accord entre la Turquie et les Kurdes ! », a écrit le président américain dans un tweet.

Il n’a pas fourni davantage de précisions sur cette dernière option, et n’a notamment pas dit si les diplomates américains étaient déjà en train de tenter une telle médiation.

Depuis mercredi soir, Ankara a lancé la phase terrestre de son offensive et ses forces ont franchi la frontière, concentrant leurs opérations dans les secteurs frontaliers de Ras al-Aïn et de Tal Abyad, contrôlés par les forces kurdes.

Les forces turques ont conquis 11 villages près de ces deux villes, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui rapporte aussi des raids aériens turcs.

Au moins 29 combattants des forces kurdes et 10 civils ont été tués par les frappes aériennes et les tirs d’artillerie de l’armée turque depuis mercredi, selon l’OSDH.

Et d’après les autorités turques, six civils – dont un bébé et une fillette – ont été tués et plusieurs dizaines ont été blessés par des roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie, comme Akçakale.

Dans cette ville turque, à un jet de pierre de Tal Abyad, les rues sont désertes et seule une poignée d’habitants brave le danger pour observer une épaisse fumée noire monter depuis la frontière. Au bruit d’une explosion, ils se précipitent vers l’abri le plus proche.

Créer une « zone de sécurité »

Côté syrien, l’offensive turque a suscité la fuite depuis mercredi de plus de 60 000 personnes, quittant les secteurs frontaliers, d’après l’OSDH.

Entassés dans des camionnettes, au milieu de matelas, de bonbonnes de gaz et de gros sacs de jute, des enfants en pleurs observent leurs parents s’affairer pour quitter au plus vite les zones visées par la Turquie. De nombreux déplacés sont arrivés dans la ville de Tall Tamr, plus au sud, épargnée par les combats, selon un correspondant de l’AFP sur place.

Devant l’afflux de déplacés, l’ONG Save the Children a mis en garde contre « un désastre humanitaire imminent ». « Avec l’hiver qui approche, ils devront faire face à des défis supplémentaires », prévient-elle.

D’après les médias turcs, la Turquie souhaite prendre le contrôle de la bande entre Ras al-Aïn et Tal Abyad, longue de 120 kilomètres et profonde d’une trentaine de kilomètres, afin d’éloigner ainsi de la frontière la principale milice kurde de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG).

Partenaires des Occidentaux dans la lutte contre l’organisation État islamique (EI), les YPG sont considérées comme une organisation « terroriste » par Ankara.

La Turquie espère avec cette offensive créer une « zone de sécurité » où pourront être installés une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son territoire. Devant les critiques européennes, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a menacé d’ouvrir les portes de l’Europe à des millions de réfugiés.

Menée en coopération avec une coalition d’ex-rebelles financée et entraînée par Ankara, cette opération militaire est la troisième de la Turquie en Syrie depuis 2016. Elle ouvre un nouveau front dans un conflit qui a fait plus de 370 000 morts et des millions de réfugiés depuis 2011.

Menaces américaines

Sans aviation, il semble difficile pour les FDS de résister à l’armée turque. « Les FDS ne peuvent pas défendre toute la frontière », estime Nicholas Heras, analyste au Center for a New American Security.

« La vraie interrogation, c’est jusqu’où peut aller la progression de la Turquie avant son arrêt par des acteurs régionaux ou internationaux », ajoute-t-il.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a dit espérer que son homologue turc agirait de manière « rationnelle » et « humaine », promettant d’« anéantir » l’économie de la Turquie en cas d’offensive « injuste ».

Interrogé sur la définition de cette « ligne rouge », un haut responsable du département d’État américain a expliqué que cela inclurait « un nettoyage ethnique », ainsi que des « frappes aériennes ou terrestres aveugles contre la population civile ».

C’est pourtant un retrait de troupes américaines stationnées à la frontière et leur transfert vers d’autres secteurs qui a ouvert la voie à l’opération d’Ankara.

L’offensive a été condamnée par plusieurs pays occidentaux, qui craignent l’incertitude quant au sort des milliers de djihadistes prisonniers des FDS.

Estimant que « le combat contre Daech [acronyme arabe de l’EI] risque de reprendre », le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a demandé une « réunion d’urgence » de la coalition internationale emmenée par Washington dans la lutte contre l’EI.

12 000 

Nombre de combattants de l’EI – des Syriens, des Irakiens, mais aussi de 2500 à 3000 étrangers originaires de 54 pays – qui se trouvent en détention dans les prisons des Kurdes, selon un haut responsable de l’administration semi-autonome, Abdel Karim Omar

Les autorités kurdes – qui gèrent au total sept prisons placées sous haute sécurité, selon une source kurde – ont affirmé que des bombardements turcs avaient touché mercredi une prison abritant des djihadistes étrangers de l’EI.

« Ce risque d’aider Daech à reconstruire son califat, c’est la responsabilité que prend la Turquie », a martelé hier le président français, Emmanuel Macron, appelant Ankara « à mettre un terme le plus rapidement possible » à son offensive.

L’OTAN, dont fait partie la Turquie, a de son côté appelé ses pays membres à « se serrer les coudes contre [leur] ennemi commun », l’EI.

Offensive en Syrie

Des internautes turcs arrêtés pour « propagande » 

Les autorités turques ont arrêté hier plus de 20 personnes accusées d’avoir fait de la « propagande terroriste » visant l’offensive d’Ankara en Syrie, et ouvert une enquête contre des opposants qui critiquent cette offensive. En outre, le responsable du site internet du journal d’opposition Birgün, Hakan Demir, a été interpellé dans la nuit en lien avec un article relayé la veille par le compte Twitter du quotidien qui faisait mention de civils touchés par des frappes turques. M. Demir a été mis en liberté dans l’après-midi, mais les autorités ont confisqué son passeport. Le bureau du procureur général d’Ankara a par ailleurs indiqué qu’une information judiciaire avait été ouverte contre les dirigeants du parti prokurde de Turquie HDP, Sezai Temelli et Pervin Buldan, ainsi que d’autres membres de cette formation politique. Ils sont eux aussi soupçonnés d’avoir fait de la « propagande terroriste » en dénigrant l’opération militaire que la Turquie a lancée mercredi dans le nord-est de la Syrie contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG).

— Agence France-Presse

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