100 idées pour améliorer le Québec Aider les familles

Choisir la simplicité

On entend souvent les familles dire qu’elles manquent de temps, ce que confirmait une récente analyse de l’Institut de la statistique du Québec révélant que c’était le cas pour 57 % des personnes avec au moins un enfant.

Les parents modernes doivent en effet se plier à des horaires de plus en plus chargés qui leur donnent l’impression de courir du matin au soir : conduire les enfants à la garderie ou à l’école, filer au travail, y accomplir ses tâches sous la pression de toujours offrir le meilleur rendement possible, repartir pour aller s’acquitter du « deuxième quart », reprendre les enfants avec bien souvent le stress d’un retard en raison de la congestion routière, rentrer à la maison pour s’occuper du repas, des devoirs, des leçons, des bains, des lunchs du lendemain…

Les fins de semaine n’offrent guère plus de répit, avec les courses, les activités des enfants, les travaux ménagers… On enfile ainsi les jours et les semaines à un rythme qui en laisse plusieurs dans un essoufflement quasi perpétuel.

Nos familles n’ont aussi peu ou même aucune marge sur le plan financier. Les dépenses sont nombreuses, tout augmente ! Même avec deux bons emplois, bien des ménages sont lourdement endettés ; en mai dernier, les dettes des Canadiens, excluant les hypothèques, totalisaient 500 milliards.

Pourtant, il y a quelques décennies, la plupart des familles vivaient grâce à un seul salaire. Que s’est-il passé depuis ? Tout coûte plus cher, peut-être, mais surtout, nous consommons davantage : maisons plus grandes, meubles, produits électroniques, divertissements et services de télécommunication, rénovations, voitures, voyages… Pour soutenir ce rythme, les parents doivent travailler à temps plein et, bien souvent, recourir en plus au crédit.

Serrés tant sur le plan de leur horaire que de leur budget, plusieurs y voient une fatalité : on court tout le temps, on n’a pas assez d’argent, mais on n’a pas le choix. Qu’en est-il vraiment ?

Remise en question

Si, pour une frange de la population, la pauvreté impose malheureusement la frugalité et compromet la satisfaction même des besoins de base (un problème qu’il ne faut aucunement occulter), la situation est différente pour les familles des classes moyenne et supérieure. Ces dernières ont-elles d’autre choix que de travailler et consommer, prisonnières d’une économie qu’il faut « faire tourner » à tout prix et dont elles sont devenues rien de plus que l’un des rouages ? Peuvent-elles être plus que les acteurs économiques nécessaires pour créer la fameuse richesse dont seule une minorité de plus en plus infime profite ?

Il est pourtant possible de ne plus surconsommer et de vivre plus simplement. 

Le premier pas consiste à prendre conscience de ses véritables besoins, ce qui permet de s’affranchir d’un système économique qui nous dicte quoi acheter. Tous ces biens qu’on nous propose, valent-ils les nombreuses heures travaillées et les dettes contractées pour les acquérir ?

Cette question, aussi légitime que saine, amènera graduellement à revoir ses choix de consommation et de vie. Il s’agit rarement d’une coupure brutale, mais plutôt d’un changement pouvant s’échelonner sur plusieurs années. Une bonne façon de changer ses habitudes consiste à mettre en pratique les 5 « R » : refuser, réduire, réutiliser, réparer et recycler, les gestes les plus importants étant les deux premiers.

Refuser l’inutile, le superflu, les diktats de la mode, les produits de piètre qualité, à usage unique ou trop rapidement désuets. Réduire la quantité de biens que nous acquérons, en privilégiant les objets durables, bien faits, que l’on pourra utiliser longtemps et éventuellement réparer.

Si les voies de la simplicité sont variées, la communauté, immédiate ou étendue, y joue un rôle important : en visant « moins de biens, plus de liens », on met peu à peu en place une véritable économie de partage, l’usage commun des biens et des ressources permettant de réduire de façon marquée nos achats. En retissant des liens avec ceux qui nous entourent, on augmente sa résilience et l’on peut ainsi plus facilement modifier ses habitudes de consommation.

En choisissant de vivre plus sobrement, nous gagnons en liberté : affranchissement des dettes, possibilité de travailler moins, réduction du nombre de possessions dont on doit s’occuper, diminution des soucis financiers et d’horaires.

Rejetant la poursuite insatiable du bonheur factice et éphémère que la publicité cherche à nous vendre, nous récupérons du temps et de l’énergie pour les consacrer à ce qui donne un véritable sens à notre existence.

Arrivés au terme de leur vie, peu de gens regrettent de ne pas avoir passé plus de temps au travail ni ne repensent avec émotion à une télé, un ensemble de patio, des chaussures ou une veste qu’ils ont un jour achetés. La plupart se remémorent plutôt les moments heureux passés avec leur conjoint, leurs enfants, leurs amis, les instants qui ont compté vraiment. La vie est brève, n’attendons pas ; nous avons le choix de la vivre, plus simplement et pleinement.

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