Des chambres d’isolement respiratoire modulaires comme des LEGO

Un nouveau marché pour Mecart, entreprise jusqu’ici très discrète

Le 2 septembre dernier, trois grands cubes enveloppés de blanc, de la taille d’une chambre à coucher, étaient glissés dans la structure d’un nouveau pavillon de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

C’étaient des chambres d’isolement pour patients atteints de la COVID-19, préfabriquées en usine par Mecart à Saint-Augustin-de-Desmaures. Elles avaient pris la route le matin même, chargées sur des fardiers.

Elles ont commencé à être livrées à la mi-août. Quand l’édifice sera terminé, 36 unités modulaires semblables auront pris place dans l’ossature érigée par l’entrepreneur général Pomerleau.

Des chambres… réversibles

Ces chambres d’isolement à pression négative, constituées de panneaux métalliques juxtaposés, sont munies d’un vestibule faisant office de sas, d’une station de lavage des mains sans contact et d’une salle de toilette avec douche adaptée.

Outre la porte, une large porte-fenêtre coulissante laisse voir le patient et permet de faire entrer et sortir le mobilier encombrant.

Les unités sont équipées des connexions médicales d’une chambre d’hôpital standard. Tous les systèmes de plomberie, d’électricité et de ventilation sont intégrés en usine dans la coquille.

« Quand la pandémie est apparue à la mi-mars, le réseau de la santé a regardé ce qu’il avait besoin en termes d’infrastructure, et le modulaire faisait en sorte qu’il pouvait obtenir des chambres plus rapidement. »

— Benoît Poupart, président d’Entreprises Pol R et de sa filiale Mecart

La construction du bâtiment a commencé en juillet, pour une livraison à l’automne.

Avec cette fabrication modulaire simultanée, « on parle de mois, alors que normalement, on aurait parlé de plus d’un an », souligne-t-il.

« Mais c’est en fait un investissement à long terme du CIUSSS, parce que nous serons capables d’inverser le système. Alors qu’avec des patients atteints de la COVID-19, on ne veut pas que les contaminants sortent de la chambre. Éventuellement, il y aura des patients en immunodépression, en oncologie, et on ne voudra pas que les contaminants entrent de l’extérieur. »

Il s’agit là d’un nouveau marché pour cette entreprise de 75 employés spécialisée dans les « chambres blanches », dont la moitié des ventes sont réalisées à l’étranger.

Une expertise d’environnement contrôlé

Mecart fabrique ce qu’elle appelle des « environnements contrôlés », notamment pour les secteurs pharmaceutique et électronique. « Imaginez une grande pièce scellée qu’on met dans un bâtiment plus grand », décrit Benoît Poupart.

Son entreprise a même fourni des salles insonorisées pour des tests de moteurs d’avion.

« Pour nous, une salle d’isolement de patients, c’est l’extension de ça. C’est le contrôle de l’air, et par conséquent des contaminants. »

Son expertise lui a donc permis de mettre au point rapidement des chambres d’isolement, en s’adaptant aux exigences techniques et logistiques du réseau de la santé.

Par exemple, les modules sont tous munis d’un lève-personne, pour lequel les plafonds ont été renforcés. « Il fallait qu’on réponde exactement aux exigences transmises par le CIUSS », insiste Benoît Poupart.

Des gens discrets

Tout comme son président et actionnaire majoritaire, Entreprises Pol R était jusqu’ici restée très discrète.

Benoît Poupart élargit depuis 30 ans le marché, l’expertise et le chiffre d’affaires de cette entreprise de quelque 400 employés, qui se spécialisait au départ dans la distribution de matériaux isolants pour tuyaux et conduits. « Aujourd’hui, c’est un réseau pancanadien, le plus important dans le domaine de l’isolation mécanique », fait-il valoir. Il a acquis Mecart en 2012, à laquelle il fournissait de l’isolant spécialisé et dont il voyait le « potentiel incroyable ».

« Depuis ce temps-là, on travaille à sa croissance, tant à l’international que sur les marchés locaux. »

En accédant au marché public de la santé, Pol R et Mecart sortent pour la première fois sous les projecteurs.

« Avant, jamais on n’aurait cherché ça, parce qu’on est dans un domaine très niché », indique Benoît Poupart. Il donne l’exemple de sa division Artik/OEM, qui fournit l’isolation et divers systèmes aux constructeurs d’autobus, d’autocars et de voitures ferroviaires nord-américains.

« C’est très particulier. On n’a pas besoin d’avoir une grande visibilité et c’est pour ça qu’on ne l’a jamais cherchée. »

Cette intégration de la fabrication modulaire en usine dans un projet public ouvre une nouvelle avenue pour l’expertise de l’entreprise. « Les circonstances ont démontré que la combinaison du conventionnel et du modulaire accélère les délais et assure la qualité. Et quand on parle de la disponibilité de la main-d’œuvre, il y a là une partie de la réponse. Et ça, c’est une ouverture de marché. »

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