Cinéma

Démission en bloc à l’Académie des Césars

PARIS — Coup de théâtre aux Césars : la direction de l’Académie, accusée d’opacité et d’entre-soi, a démissionné en bloc jeudi soir à seulement deux semaines de la « grande fête » annuelle du cinéma français, déjà minée par la polémique Polanski.

« Pour honorer celles et ceux qui ont fait le cinéma en 2019, pour retrouver la sérénité et faire que la fête du cinéma reste une fête, le conseil d’administration de l’Association pour la promotion du cinéma (APC) a pris la décision à l’unanimité de démissionner », a affirmé l’Académie présidée depuis 2003 par le producteur Alain Terzian. 

« Cette démission collective permettra de procéder au renouvellement complet de la direction », composée des membres fondateurs, d’anciens présidents ou de membres de l’Association, 21 personnes au total, parmi lesquelles les cinéastes Costa-Gavras, Claude Lelouch ou Tonie Marshall.

La crise couvait depuis des mois au sein de l’institution créée en 1975 par le journaliste et producteur Georges Cravenne et a pris une nouvelle ampleur lundi : dans Le Monde, 400 personnalités, dont Omar Sy, Bertrand Tavernier, Jacques Audiard, Céline Sciamma, Marina Foïs et Agnès Jaoui, ont réclamé une « réforme en profondeur ».

Parmi leurs griefs, des « dysfonctionnements », une « opacité des comptes » ou des statuts qui « n’ont pas évolué depuis très longtemps » et reposent encore et toujours sur « la cooptation ».

« Une poignée d’hommes pose problème dans le cinéma français en se cooptant mutuellement depuis 30 ans à la tête de toutes les commissions, toutes les organisations. »

— Message sur Twitter du producteur Vincent Maraval

La liste des membres de l’Académie, constituée de 4700 professionnels du cinéma, est en effet confidentielle. Pour en faire partie, il faut avoir au moins deux parrainages et avoir participé à au moins trois longs métrages en cinq ans.

L’Académie est elle-même régie par l’APC, dont les membres sont les professionnels ayant reçu un Oscar, les anciens présidents et plusieurs personnalités, soit 47 membres. Elle est chapeautée par le conseil d’administration qui a annoncé sa démission jeudi.

Parité en vue

Pour faire face à la crise, Alain Terzian, qui semblait jusque-là indéboulonnable, avait annoncé des mesures en vue d’instaurer la parité au sein du collège des votants (35 % de femmes actuellement), du conseil d’administration (28,5 % de femmes) et de l’APC (17 % de femmes).

« Insuffisant » aux yeux des signataires de la pétition, après des accusations de viol et d’agression sexuelle dans le milieu du cinéma français, dont celles de l’actrice Adèle Haenel, qui ont provoqué un électrochoc, deux ans après le début du mouvement #metoo.

Dans ce contexte, la présence au sein de l’APC de Roman Polanski, lui-même visé par des accusations de viol, ainsi que ses 12 nominations pour la cérémonie du 28 février avec J’accuse, sur l’affaire Dreyfus, passent très mal auprès d’une partie de l’opinion publique et des associations féministes. Certaines appellent à un rassemblement le soir de la cérémonie, devant la salle Pleyel à Paris.

« Quand on se mobilise, les choses bougent ! », a commenté sur Twitter le collectif féministe #NousToutes, avec le nom de Polanski en mot-clic. « Imaginons la suite ? nouveau collège de votants sans entre-soi masculin, opacité et sexisme. Et on finira bien par cesser d’acclamer des violeurs pédocriminels en cavale ? », a réagi Osez le féminisme.

Le réalisateur franco-polonais sera « a priori » à la cérémonie. « Il n’y a aucune raison qu’il ne vienne pas », a affirmé cette semaine le producteur de J’accuse, Alain Goldman, dans Le Point, estimant que « soutenir Polanski ce n’est pas soutenir le viol ».

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