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Les Petits Chanteurs du Mont-Royal restent au Collège Notre-Dame

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) avait annoncé qu’elle ne renouvellerait pas le programme des Petits Chanteurs du Mont-Royal avec le Collège Notre-Dame, un établissement privé. Elle souhaitait plutôt que ce programme soit assuré par le réseau public. Hier, le gouvernement Legault a annoncé qu’il financerait directement ce programme au Collège Notre-Dame, sans passer par la CSDM, et ce, pour les trois prochaines années. « Lorsque nous avons des programmes pédagogiques qui allient aussi bien plaisir et résultats scolaires, nous ne pouvons tout simplement pas les mettre en péril », a dit le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge.

— Véronique Lauzon, La Presse

Littérature

Les nécessaires recommencements de Robert Lalonde

C’est un livre qui aurait pu être avalé par le feu avant même d’être imprimé. Le manuscrit dormait dans l’ordinateur de Robert Lalonde lorsque sa maison de Sainte-Cécile-de-Milton, en Montérégie, a brûlé. Une fois le brasier éteint, il ne restait rien. L’ordinateur était un monceau de plastique ratatiné dont il ne fallait pas trop espérer.

Mais les espérances ont parfois la main heureuse. Contre toute attente, le disque dur avait résisté. Un habile informaticien a réussi à déterrer les documents inscrits au cœur des micropuces.

Étrange comme les choses arrivent… Les 4000 livres de la bibliothèque de l’écrivain, les tableaux sur les murs, les objets témoins de plusieurs décennies : à part quelques carnets et un journal entreposés ailleurs, tout était devenu souvenir. Mais ce récit témoin d’un pan de son âge tendre, évoquant son père, racontant la page ou la toile blanche qu’il faut travailler et recommencer encore jusqu’à traduire ce que l’imaginaire pressent, ce récit-là, lui, avait survécu. Il existe maintenant sur papier.

Fais ta guerre, fais ta joie a été lancé la semaine dernière. Les 120 pages de ce nouvel ouvrage signé Lalonde sont traversées d’images. L’écrivain installé en Estrie évoque autant le legs de son paternel, peintre, que les soubresauts qui teintent le geste créatif, quel qu’il soit. De passage en passage, on voit apparaître les couleurs, les paysages, la nature généreuse, les arbres qui s’élèvent droit dans le petit matin, l’atelier lumineux du père, ses mains qui dansent un ballet emporté sur la toile.

Le pouvoir d’une croûte

« La naissance d’un livre, c’est toujours un peu étrange. J’étais à Paris avec ma femme, un jour où la météo était épouvantable. Nous sortions du Louvre où je n’étais pas allé depuis longtemps. J’étais accablé par tous ces chefs-d’œuvre, comme submergé par autant de beauté, de grandiose. On s’est mis à l’abri de la pluie sous un auvent. Et de là, j’ai aperçu un tout petit tableau dans une boutique d’antiquités. Je n’ai même pas pu le voir de près, parce que c’était fermé. C’était peut-être une croûte, en fait. »

Or voilà, cette petite croûte entraperçue à travers une fenêtre embuée a éveillé quelque chose en lui. Un souvenir, une réflexion, un élan créatif.

« J’ai pensé à mon père, qui se décrivait lui-même comme un peintraillon. J’ai réfléchi au destin des artistes, qui exercent un travail très solitaire et très souvent non reconnu. J’ai naturellement fait le pont entre l’écriture et la peinture. Tout le reste est venu ensuite. »

— Robert Lalonde

Les souvenirs ont afflué. Nombreux. Au fil des pages, on sent le souffle de l’enfance, les fragments qui viennent des premières années. Le regard du père, celui du fils, la tendresse des liens, la persistance de l’empreinte laissée en soi par de tout petits moments dérobés au rythme du quotidien…

Tout ça teinte le récit.

« Il est beaucoup question d’héritage. De ce qu’on reçoit, de ce qu’on en fait, ensuite. Sans mon père, je ne me serais sans doute pas tourné vers la création. Je lui dois beaucoup. »

En marchant dans ses pas, il a appris le nécessaire recommencement du geste artistique.

« Mon père pouvait avoir peint quelque chose la veille et le recouvrir d’une autre couche le lendemain. Pour lui, ce n’était pas du temps perdu. Il s’était refait un fond, un ciel prometteur. »

Rendez-vous avec l’échec

Robert Lalonde aborde l’écriture avec cette même exigence. Il insiste sur l’importance de prendre du recul, de revoir son travail à la façon d’un orfèvre, en remaniant ce qui doit être retouché et en élaguant les lourdeurs qui plombent le récit.

« Il y a des journées où on jette les feuillets qu’on a noircis. Pour autant, ce n’est pas du temps perdu. Je trouve normal qu’on ait rendez-vous avec l’échec de temps à autre, dans la vie. L’important, ce n’est pas de ne pas y arriver tout de suite, c’est de continuer. Pour moi, une mauvaise page, ça ne veut pas dire que la prochaine page ne sera pas bonne. J’ai cette patience de continuer. Parce que j’aime écrire, oui, mais probablement aussi que mon parcours d’acteur m’aide à relativiser. Au théâtre, on retravaille, on essaie plusieurs trucs. À la fin, il ne reste qu’un dixième de tout ce qu’on a expérimenté. »

Il embrasse la création habité par cette approche d’un nécessaire recommencement.

« Je repasse sur les pages. Je retravaille tout le temps. C’est un peu vertigineux, ça demande des efforts, bien sûr. Mais je n’en sors pas. Je ne veux pas être de ceux qui publient trop vite. »

— Robert Lalonde

Drôle, quand même, de la part d’un auteur qui lance un nouveau titre pratiquement chaque année.

« Comment j’arrive à ça, c’est un mystère ! Mais il y a que j’écris quotidiennement. Depuis 50 ans, je suis à ma table de travail plusieurs heures par jour. Ça m’ennuie, cette idée qui veut que si on n’y arrive pas tout de suite, du premier coup, on n’ait pas de talent. »

Nommer ses compagnons

Dans son livre comme dans la conversation, Lalonde évoque quelques grands, auteurs comme artistes. Monet, Van Gogh, Giacometti, Cézanne, Zola, Audubon, Giono, Marquez, Steinbeck, Flaubert. Il parle du destin de l’un, de l’œuvre de l’autre, du décor que les uns et les autres ont su planter.

« Je les nomme parce qu’on n’écrit pas seul. On vient de quelque part, il y a des gens qu’on a lus, qui nous ont donné l’envie d’écrire. Il faut se mesurer à ces monuments. Tenez, je viens de relire, pour la douzième fois, Les mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar. Chaque fois, j’y trouve autre chose et je me demande comment elle arrive à raconter si bien l’humanité. C’est un roman historique, oui, mais l’auteure y dépeint avant tout ce que c’est d’être un humain, dans quelque siècle que ce soit. »

On cause écriture en long et en large depuis une demi-heure déjà. La question du prochain livre se pose, nécessairement. Il est déjà en marche, inspiré par l’incendie qui a amené Robert Lalonde à se réinventer ailleurs avec son amoureuse, dans un autre décor, quelque part dans le coin de North Hatley.

« Ça s’appelle La reconstruction du paradis. J’essaie de témoigner de ce qui s’est passé, de faire quelque chose à partir de ce que j’ai perdu. »

Comme toujours, il n’hésite pas à biffer, à réécrire, à retrancher. Mais maintenant, il prévoit sans doute des copies de secours.

Fais ta guerre, fais ta joie, Robert Lalonde, Boréal, 144 pages

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