Le nombre d’attaques terroristes en hausse

Selon une étude récente du Center for Strategic and International Studies (CSIS), centre d’études américain, le nombre d’attaques terroristes imputables à l’extrême droite est en hausse marquée aux États-Unis. Il y en a eu 31 en 2017 alors qu’on en a compté cinq ou moins par année de 2007 à 2011. La situation est similaire en Europe, où le nombre d’attentats imputables à cette mouvance est passé de 9 en 2013 à 30 en 2017.

Plusieurs facteurs en cause

Les chercheurs du CSIS citent les réseaux sociaux comme l’une des principales causes de l’expansion du mouvement. À l’instar des islamistes extrémistes d’Al-Qaïda ou du groupe armé État islamique, ils voient ces médias comme « une opportunité sans égale » pour faire rayonner leur idéologie au maximum, recruter et organiser leurs opérations. Les tensions suscitées au cours des dernières années par l’immigration ont aussi alimenté la colère de plusieurs militants, relève le centre d’études américain.

Des ressources nécessaires

Le CSIS estime urgent que les autorités américaines et européennes accordent une attention et des ressources « suffisantes » à l’extrême droite pour éviter de nouvelles attaques. Phil Gorski, un spécialiste du terrorisme, pense que les extrémistes islamistes demeurent, au Canada, la principale menace pour la population et constituent à juste titre la priorité des forces de sécurité. « Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problème avec l’extrême droite », relève l’analyste. Le caractère limité des ressources humaines et matérielles signifie que des choix difficiles doivent être faits, note-t-il.

Attentats de Nouvelle-zélande

Une attaque prévue pour avoir un retentissement maximal

L’homme de 28 ans qui a ouvert le feu hier dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, avait planifié son attaque de longue date afin de faire un grand nombre de victimes.

Le militant d’extrême droite, originaire de l’Australie, avait aussi réfléchi longuement à la manière d’assurer un retentissement maximal à ses actions funestes, particulièrement en ligne.

À cette fin, une longue séquence de la fusillade meurtrière a été montrée en direct sur Facebook, grâce à une caméra GoPro montée sur sa tête, avant d’être disséminée sur les réseaux sociaux.

Le tireur, qui se réclame du terroriste d’extrême droite norvégien Anders Behring Breivik, a aussi mis en ligne un manifeste de plus de 70 pages.

Il affirme dans le document avoir frappé la communauté musulmane de Nouvelle-Zélande pour dénoncer le « génocide » dont la population occidentale blanche ferait l’objet.

Son titre, Le grand remplacement, est inspiré d’une thèse conspirationniste voulant que les élites politiques occidentales agissent de concert pour permettre à des populations immigrantes « non européennes » de s’imposer.

Un écrivain français associé à cette thèse s’est dissocié hier du tireur, niant en entrevue à l’Agence France-Presse que l’attaque violente puisse découler de son analyse.

Le manifeste contient de multiples références à la lingua franca particulière qui a cours en ligne dans les cercles extrémistes, explique Alice Marwick, professeure à l’Université de Caroline du Nord qui étudie les mécanismes de propagande de l’extrême droite sur les réseaux sociaux.

Elle prévient qu’en conséquence, rien dans le document ne doit « être pris d’emblée au premier degré ».

Le texte, dit-elle, regorge de mèmes, éléments récurrents qui ont un sens particulier dans les « chambres d’écho » où évoluent anonymement les militants d’extrême droite, comme le babillard électronique 8chan. L’ironie, qui peut servir à cacher l’orientation idéologique réelle des intervenants, est souvent de mise.

Dans un des passages du manifeste, le tireur se présente comme un ancien membre des Navy SEALs ayant tué des centaines de personnes. Le passage, note Mme Marwick, est sans fondement réel et renvoie à un texte répété en ligne depuis des années pour illustrer de manière caricaturale la force de caractère de son utilisateur.

Attirer des recrues potentielles

L’analyste note qu’en parsemant son texte de références de cette nature et de noms ou de symboles associés à l’extrême droite, l’auteur cherche à attirer l’attention de recrues potentielles pour les amener à poursuivre leur immersion dans son idéologie.

Il a suivi une approche similaire en diffusant en ligne des photos de son arsenal, sur lequel figurait notamment le chiffre « 14 », qui constitue un renvoi codé à un message d’un leader suprémaciste blanc. Tant Twitter que Facebook ont bloqué hier les comptes qui lui étaient associés.

« La plupart des personnes qui liront le manifeste vont réagir avec dégoût. Mais le but, c’est de convaincre un petit pourcentage de la population qui est curieuse d’aller voir plus loin. »

— Alice Marwick, professeure à l’Université de Caroline du Nord

Dylann Roof, suprémaciste blanc qui a perpétré un attentat raciste dans une église de Caroline du Sud en 2015, dit avoir été radicalisé après avoir fait une recherche en ligne avec une expression codifiée menant à des textes racistes, explique Mme Marwick à titre indicatif.

Les tentatives de manipulation du tireur, souligne l’analyste, ne doivent pas faire oublier le caractère violent et sans ambiguïté du geste qu’il a fait en tuant de sang-froid une cinquantaine de musulmans dans des lieux de culte.

« Une tuerie de masse de cette envergure ne peut être faite que pour des raisons idéologiques », indique la chercheuse, qui juge urgent d’étudier plus avant comment la haine est « générée et encouragée » sur les médias sociaux et au-delà.

« Nous devons commencer comme société à prendre nos responsabilités par rapport à la propagation de la haine et voir comment nous pouvons agir pour l’arrêter, où qu’elle apparaisse », conclut Mme Marwick.

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