analyse

Fin de campagne amère à l’horizon

Québec — Il reste 17 jours avant le scrutin, et il y a fort à parier que le ton va monter autour de ce qui sera désormais au centre de la campagne électorale : l’immigration et les questions identitaires. Pour sa première intervention après le débat télévisé, le chef caquiste François Legault a voulu donner cette impulsion bien précise à la campagne. « Peur, intolérance, presque racisme… » ? Sa réplique à Philippe Couillard ne laissait guère de doute : on ne fera pas dans la dentelle d’ici le 1er octobre.

D’abord, le débat de jeudi n’aura guère eu d’impact sur l’aiguille des sondeurs. En conséquence, à mesure que le jour du vote approche, Philippe Couillard et Jean-François Lisée sentiront le besoin de monter au créneau, de hausser le ton, avec les risques que cela comporte.

La question de l’immigration est toujours un terrain miné. On touche à l’émotion des électeurs. MM. Legault, Couillard et Lisée vont jongler avec de la dynamite.

Il y aura moins de nouveaux engagements, les cadres financiers des partis sont désormais connus – les attaques et les répliques des chefs monopoliseront les nouvelles.

Sur cet enjeu identitaire, François Legault sait qu’il se fait l’écho des craintes d’une majorité d’électeurs francophones. Mais c’est là aussi que sa ligne de défense est la plus poreuse. Interpellé sur son plan qui prévoit que les immigrants imperméables au français seront expulsés après trois ans, Legault a eu du fil à retordre.

Depuis jeudi, son fameux test des valeurs et de la connaissance du français rétrécit à chaque point de presse. Depuis le début, cette initiative était mal barrée. D’abord, le Québec n’a aucun pouvoir d’éviction, les certificats de sélection qu’il évoque n’existent pas pour qui est entré au Québec, et la question de l’éventuelle séparation des familles reste aussi sans réponse du côté caquiste.

Son manque d’arguments était flagrant au débat de jeudi. Face à Philippe Couillard qui lui disait que son programme faisait peur aux immigrants, il s’est rabattu sur une « ligne » tirée des groupes cibles de la CAQ : « Les Québécois sont tannés de vous avoir comme donneur de leçons. »

Sur ces questions délicates, le chef péquiste, Jean-François Lisée, a eu une très large variété d’opinions. Comme auteur, il voulait priver ceux qui ne parlent pas français du droit de briguer les suffrages. Une fois ministre, il a été un opposant silencieux à la Charte de Bernard Drainville. Aspirant chef du PQ, il craignait qu’une burqa ne puisse servir à camoufler une arme d’assaut.

Mais il ne voudra pas faire la surenchère à la CAQ sur le terrain identitaire. Pas question de marquer des points sur la crainte de l’étranger – sa campagne est clairement orientée vers la gauche, un calcul risqué. Hier, M. Lisée se défendait d’avoir voulu réduire le nombre d’arrivants au Québec – le chiffre de 35 000, qu’il avait cité, était en fait pour le passé, a-t-il tenté d’expliquer.

Deux autres débats

M. Legault a protégé son avance en évitant les faux pas, jeudi. Mais les prochains jours seront difficiles.

D’abord, lundi, il devra franchir l’étape du débat en anglais – il est évident qu’il ne peut s’exprimer avec autant de nuance dans cette langue. Philippe Couillard et Jean-François Lisée seront clairement avantagés. De surcroît, Legault ne pourra espérer que ces échanges en anglais restent en circuit fermé. En 1994, Daniel Johnson avait dit, en anglais, qu’il était « Canadien d’abord et avant tout », déclaration qui avait traversé la barrière linguistique comme une traînée de poudre et avait jeté de l’ombre sur toute sa campagne.

Jeudi prochain, ce sera le débat télévisé à TVA, autre test important. Un éventuel faux pas, à 10 jours du scrutin, serait plus difficile à corriger.

En 2014, c’est au second débat que, poussé dans les câbles, le chef de la CAQ s’était démarqué – au débat du 20 septembre, ce seront ses adversaires qui seront poussés par l’énergie du désespoir.

Enfant, Philippe Couillard jouait à la défense au hockey. Il devra quand même se porter à l’attaque. Mais on ne transforme pas facilement un neurochirurgien en chat de ruelle. À la différence de 2014, Jean Charest n’est pas allé lui prêter main-forte dans la préparation du débat. Jean-François Lisée lui a clairement montré qu’il comptait être plus combatif, ce qui laisse prévoir des flammèches pour les prochains jours.

Il évoquait encore hier la mémoire de René Lévesque – il ne voudra pas être le fossoyeur de son parti. Quel impact aurait une remontée du PQ ? Une ponction dans le vote francophone mettra à risque le mandat majoritaire qu’espère obtenir le chef de la CAQ.

La semaine dernière, Qc125, dans sa prévision par circonscription, observait qu’il y en avait 14 où les deux candidats en tête étaient séparés par moins de deux points. On trouvait 17 circonscriptions dans cette situation cette semaine – neuf d’entre elles vont potentiellement à la CAQ, à moins que le vent tourne.

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