La Maison-Blanche contredit Macron

Washington — La mission des forces américaines déployées en Syrie « n’a pas changé » et le président Donald Trump « a dit clairement qu’il [voulait] que les forces américaines rentrent dès que possible aux États-Unis », a affirmé hier soir la Maison-Blanche dans un communiqué. Une information qui semble contredire le président de la République française Emmanuel Macron, qui a soutenu quelques heures plus tôt que son pays avait « convaincu » M. Trump de maintenir les troupes américaines sur le sol syrien.

« Il y a 10 jours, le président Trump disait : les États-Unis d’Amérique ont vocation à se désengager de la Syrie, nous l’avons convaincu, nous l’avons convaincu qu’il était nécessaire d’y rester […], je vous rassure, nous l’avons convaincu qu’il fallait rester dans la durée », a déclaré M. Macron au cours d’une interview télévisée.

La Maison-Blanche a rappelé la nature de la mission des forces américaines en Syrie. « Nous sommes déterminés à écraser complètement ISIS [acronyme anglais de l’organisation État islamique] et à créer les conditions qui empêcheront son retour », affirme le communiqué.

« En outre, nous attendons de nos alliés régionaux et de nos partenaires qu’ils prennent plus de responsabilités, aussi bien militairement que financièrement, pour sécuriser la région », ajoute la présidence américaine.

Enquête sur l’attaque chimique présumée

Dans l’intervalle, des experts internationaux ont commencé hier en Syrie leur enquête sur l’attaque chimique présumée qui a entraîné des frappes occidentales d’une ampleur inédite contre le régime syrien et provoqué un vif regain de tensions diplomatiques.

Le président russe Vladimir Poutine, allié indéfectible de la Syrie, a mis en garde les États-Unis, la France et le Royaume-Uni : une nouvelle frappe et ce sera « inévitablement le chaos » dans les relations internationales, a-t-il déclaré, cité dans un communiqué du Kremlin diffusé après une conversation téléphonique avec son homologue iranien Hassan Rohani, autre grand allié du régime syrien.

Les États-Unis prendront, eux, dès aujourd’hui de nouvelles « sanctions russes » relativement à l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, a annoncé l’ambassadrice des États-Unis à l’ONU Nikki Haley.

La mission de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), qui a pour mandat d’enquêter sur l’utilisation éventuelle d’armes chimiques, mais pas d’en identifier les auteurs, est arrivée samedi à Damas.

Le plus grand secret entoure son travail.

En 2014, l’OIAC avait affirmé que la Syrie s’était débarrassée de ses armes chimiques conformément à un accord international. En 2017, une mission d’enquête commune avec l’ONU avait toutefois conclu que Damas avait utilisé du sarin, puissant gaz neurotoxique, à Khan Cheikhoun dans une attaque où 80 personnes avaient péri.

Sur place, le travail s’annonce compliqué pour les enquêteurs qui arrivent plus d’une semaine après les faits, dans une zone passée depuis sous contrôle du régime et de la police militaire russe et ravagée par cinq ans de siège et une violente offensive lancée le 18 février.

Solution politique « inclusive »

Après cet épisode militaire réalisé hors du cadre des Nations unies, les Occidentaux ont fait savoir qu’ils voulaient relancer la diplomatie sur le dossier syrien, pays en proie depuis 2011 à une guerre complexe qui a fait plus de 350 000 morts.

La France « n’a pas déclaré la guerre » à la Syrie de Bachar al-Assad, a assuré hier M. Macron, qui a rappelé la volonté de Paris de trouver une solution politique « inclusive », regroupant tous les acteurs de la crise.

Américains, Français et Britanniques ont présenté à l’ONU un nouveau projet de résolution sur la Syrie qui devrait être discuté à partir d’aujourd’hui. Le texte inclut notamment la création d’un nouveau mécanisme d’enquête sur l’emploi d’armes chimiques.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.