jeux paralympiques

Portraits de deux athlètes membres de l’équipe canadienne de ski para-alpin qui seront en action à PyeongChang.

Jeux paralympiques

Un rêve se réalise pour Frédérique Turgeon

C’est bien installée dans le sac à dos de son père que Frédérique Turgeon, âgée de quelques mois, a descendu ses premières pentes. « Ski » et « vite » ont ensuite été parmi ses premiers mots prononcés, raconte-t-elle en souriant. Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait enfilé ses premiers skis peu de temps après pour apprivoiser les pistes de Bromont.

« Même si j’avais un handicap [à la jambe droite], mes parents ne se sont pas arrêtés à ça. Ils m’ont mise sur deux petits skis et ils m’ont laissée aller, se souvient Turgeon, membre de l’équipe canadienne de ski para-alpin aux Jeux de PyeongChang. Je me rappelle que ma mère avait descendu la piste La Coupe du Monde et que je devais la rejoindre en bas. C’est l’un des moments marquants de ma vie. J’ai eu peur, mais j’y suis arrivée. J’étais fière de moi. » 

Turgeon est née avec une déficience fémorale congénitale à la jambe droite. Sa jambe est 50 % plus courte que l’autre, ce qui nécessite le port d’une prothèse. De caractère indépendant et particulièrement volontaire, la jeune athlète de Candiac, sur la Rive-Sud de Montréal, a cependant très vite montré des aptitudes pour la pratique du ski. Plus qu’une simple passion, la jeune femme de 18 ans imaginait que le para-ski pourrait occuper un rôle central dans sa vie. 

« Depuis toute petite, je rêvais à la possibilité d’aller représenter le Canada et vers l’âge de 10 ans, je savais que j’avais ça en moi et que je pouvais très bien le réaliser. J’ai ensuite pris conscience de l’ampleur de la tâche, mais cinq ans plus tard, je me suis poussée à fond pour être à mon plein potentiel », dit-elle. 

Sa participation aux Jeux paralympiques, dans la classe LW2 – qui comprend notamment les amputés fémoral simple ou les amputés tibiaux skiant sans prothèse –, a été confirmée le 16 février. Son inclusion dans la liste n’est toutefois pas une surprise puisqu’elle avait obtenu une quatrième place au slalom de Zagreb, au mois de janvier.

Et ce n’est pas une malheureuse entorse à la cheville subie le mois dernier qui allait l’empêcher de vivre pleinement son premier épisode paralympique. S’imagine-t-elle sur le podium, alors que la piste de PyeongChang lui avait fait une belle impression l’an dernier ? 

« C’est peut-être possible, mais ce n’est pas mon but puisque ce sont mes premiers Jeux. C’est en 2022 où je vais y aller pour une médaille dans chacune des disciplines, distingue-t-elle. Je vais à PyeongChang pour gagner de l’expérience. Je ne connais pas l’environnement et la sensation que l’on peut avoir sur une ligne de départ des Jeux. J’ai adoré la piste l’an dernier et je pense qu’un podium est possible en slalom, en particulier. Mais je vise un top 5 pour le reste. » 

Une transition nécessaire 

Jusqu’à l’âge de 15 ans, Turgeon pratiquait la discipline sur deux skis. Victime d’une grosse entorse au genou et d’une fracture au fémur, la Montérégienne a ensuite dû faire face à un constat implacable. Puisque sa jambe handicapée était plus sensible et que le risque de récidive était élevé, elle devrait désormais apprendre à skier sur sa seule jambe gauche. 

« J’étais tellement concentrée sur ma réussite et sur les Jeux que j’ai fait le changement immédiatement. La transition s’est bien passée, je ne regrette aucunement ma décision et j’adore ça. C’est sûr que, sur le coup, j’avais un petit peu mal au cœur, mais je le vis très bien », souligne-t-elle. Évidemment, cela a nécessité – et nécessite encore – quelques ajustements, que ce soit sur la piste ou lors des entraînements physiques. 

« J’ai l’habitude de me donner à fond pendant les courses et, à la vitesse où je vais, je ne suis parfois pas capable de contrôler mon équilibre. C’est vraiment un aspect sur lequel je dois travailler, reconnaît Turgeon. Aussi, ma jambe gauche doit être beaucoup plus forte. Au gymnase, je travaille juste ça. Il y a eu plein d’ajustements à faire mais, en quatre ans et par rapport à ma première descente sur une jambe, je trouve vraiment que j’ai fait de beaux progrès. » 

Des progrès qui l’ont menée aux Jeux paralympiques plus vite que prévu… 

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Les victoires d’Alexis Guimond

Véritable symbole de précocité ayant participé aux Jeux du Canada dès l’âge de 11 ans, Alexis Guimond a grimpé sur bien des podiums tout au long de son parcours.

Mais ses grandes victoires sont ailleurs et vont bien au-delà des bons résultats qui ont jalonné sa quête de vitesse. Il a d’abord dû apprendre à skier malgré un accident vasculaire cérébral (AVC) subi à l’âge de 6 mois. Son hémiparésie – une atteinte partielle de la motricité de l’un des côtés du corps – s’accompagne de plusieurs défis sur la piste.

« Je suis incapable de tenir un bâton dans ma main droite, et tous les mouvements du côté droit sont limités, raconte le jeune homme de 18 ans. Mon équilibre est vraiment réduit par mon handicap en comparaison aux autres skieurs. La pression que je mets sur mes jambes est aussi beaucoup moins précise. »

« Il y a des tremblements dans les jambes la majorité du temps quand je descends. »

— Alexis Guimond

Peu de temps après les Jeux du Canada, où il a pris la huitième place en slalom et la 11e au slalom géant, Guimond a subi un deuxième AVC lors d’une sortie à vélo dans le parc de la Gatineau. Dans le coma durant trois jours, il a dû subir une longue rééducation avant de pouvoir parler, remarcher et, donc, rechausser ses skis. Et dire que les médecins lui avaient présenté un fauteuil roulant après cet accident.

« J’ai quand même vu une différence dans ma façon de skier. Même si je n’ai pas eu beaucoup de séquelles par rapport à mon premier AVC, cela a affecté mon côté gauche au niveau de la motricité. J’ai certaines limitations aux mains ou aux pieds », souligne-t-il.

Une bonne dose de confiance

La passion du ski et l’ambition d’atteindre les sommets n’ont cependant jamais abandonné le Gatinois. Dès 2014, dans les différentes entrevues qu’il a accordées, il s’imaginait au départ des Jeux de PyeongChang. Avant de dévaler les pistes sud-coréennes, il lui était cependant nécessaire d’obtenir de bons résultats sur le circuit de la Coupe du monde de paraski alpin (catégorie LW9-1).

En janvier 2017, il a remporté sa première victoire lors du slalom géant de Kranjska Gora, en Slovénie. Le mois dernier, il a également connu un week-end de rêve à Kimberley, en Colombie-Britannique, avec trois podiums dont une victoire en super-G. De quoi lui donner une bonne dose de confiance après une année marquée par des résultats en dents de scie et plusieurs annulations d’épreuves l’empêchant de trouver son rythme.

« Ma saison a mal commencé, mais plus on approchait de la fin de la saison, mieux je me sentais, dit-il. Cette année, je trouve que j’ai progressé au niveau de la maturité. Tactiquement et techniquement, je me suis vraiment amélioré, surtout lors des épreuves de vitesse. J’ai développé beaucoup de routine et d’habitudes qui sont plus saines pour mon sport et qui vont m’aider tout au long de ma carrière. »

« C’est bien de voir que cela peut me mener au podium dès ma deuxième année sur le circuit. »

— Alexis Guimond

Comme ce fut le cas pour Frédérique Turgeon, l’autre représentante du Québec dans l’équipe canadienne, Guimond a découvert la piste de PyeongChang en mars 2017. La récolte y avait été bonne et prometteuse, se plaît-il à rappeler. Un podium est à sa portée malgré son jeune âge.

« Je suis arrivé en deuxième place au super-G et en descente, puis j’ai pris la première place au slalom géant. Ça me donne beaucoup de confiance pour les Jeux. C’est une piste que j’aime car elle est technique à certains endroits. C’était une sensation incroyable d’avoir de tels résultats à PyeongChang tout juste un an avant les Jeux. »

Parmi toutes les épreuves au calendrier, il juge avoir le plus de potentiel en slalom géant. Il faudra attendre le 17 mars pour voir si son épreuve fétiche lui sourira et s’il réalisera son rêve malgré les obstacles qui se sont dressés devant lui.

Comme à Sotchi pour Marcoux ?

Douze skieurs para-alpins représenteront le Canada à ces Jeux paralympiques. La délégation sera menée par Mac Marcoux, qui avait remporté trois médailles à Sotchi : une médaille d’or en slalom géant et deux de bronze en descente et en super-G. Marcoux, qui skie dans la classe des handicapés visuels, sera accompagné de son guide Jack Leitch. Depuis 2016, les deux hommes ont obtenu de nombreux podiums et ont terminé la dernière saison de la Coupe du monde au premier rang global des athlètes para-alpins masculins.

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