MON CLIN D’œIL

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OPINION

COMMERCE La gestion de l’offre est-elle réellement en danger ?

Le Canada a signé, vendredi dernier à Buenos Aires, l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC). En vertu de cet accord, des parts de marché (3,59 %) ont été cédées aux Américains, ce qui touchera les producteurs de lait québécois qui représentent 50 % du marché canadien du lait.

Anticipant ces impacts négatifs, quelques milliers de producteurs agricoles et de consommateurs ont manifesté à Montréal le 18 novembre dernier pour dénoncer les décisions des gouvernements qui menacent, selon eux, les secteurs agricole et agroalimentaire canadiens.

Rappelons que le système de gestion de l’offre avait déjà été touché par deux autres accords récents, soit l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne, et l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) qui vise à faciliter l’accès à certains marchés asiatiques.

Avant de porter un jugement sur l’impact de tels accords sur la gestion de l’offre, permettez-moi de rappeler quelques éléments de contexte.

D’abord, de multiples pressions justifient les décisions de plusieurs entreprises : les actionnaires exigent du rendement, la concurrence est devenue mondiale plutôt que locale, les activités (notamment industrielles) sont en pleine transformation, etc.

Ces pressions conduisent ensuite à ce qui est couramment appelé la « restructuration » ou la « révision des modèles d’affaires ». En gros, puisqu’il est difficile d’accroître les revenus, il faut regarder du côté des coûts. D’où les mises à pied et autres délocalisations.

En fin de compte, il y a une pression tellement forte sur les prix et donc les marges de profit qu’il devient quasiment miraculeux de survivre. Ce miracle se réalise si l’entreprise atteint une certaine taille qui lui procure un pouvoir de négociation, ou si elle se distingue nettement de la compétition.

Conséquences variables

Ces éléments touchent-ils les entreprises qui bénéficient de la gestion de l’offre ? Certainement, mais à des degrés différents, du moins pour l’instant. Voici quelques raisons : 

 – Plus la croissance des économies canadienne et québécoise dépendra des exportations, plus les accords commerciaux exerceront une pression sur la gestion de l’offre. C’est vrai aujourd’hui et cela ne changera pas dans les prochaines années.

 – Lorsqu’on regarde l’ensemble de la chaîne de valeur, de la recherche et développement (R et D) à la commercialisation, la stabilité de l’offre et des prix qui est assurée par le système canadien atténue les effets de la pression sur les marges de profit. C’est ce qui permettra certainement à plusieurs producteurs de survivre à moyen terme.

 – L’agriculture et la transformation alimentaire sont en pleine mutation : réglementation, appréciation de la valeur des terres, relève agricole, etc. Le statu quo ne serait donc pas soutenable à long terme malgré le sentiment de sécurité que confère la gestion de l’offre.

En clair, il n’y a rien à l’heure actuelle pour affirmer hors de tout doute que d’autres brèches ne seront pas ouvertes dans la gestion de l’offre au cours des prochaines années, soit parce que le Canada devra renégocier, soit parce que d’autres marchés deviendront stratégiques pour la croissance de l’économie canadienne.

Sachant cela, la question principale est de savoir comment les producteurs québécois de lait devraient se préparer à ces changements à venir.

À court terme, le gouvernement du Québec doit continuer à réclamer une pleine compensation pour les producteurs. Toutefois, ce ne sera pas suffisant à moyen et à long terme.

Comme dans d’autres industries, il faudrait mettre sur pied des programmes d’aide financière pour assurer la pérennité des entreprises qui bénéficient actuellement de la gestion de l’offre (crédits d’impôt en R et D, modernisation des installations, etc.).

Même si des parts de marché sont cédées aux partenaires économiques du Canada, les entreprises seront ainsi mieux préparées pour absorber ces futurs chocs. Le défi est immense, mais pas impossible et cette approche « préventive » coûtera moins cher aux contribuables.

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