Humour  Critique

Sympathique Simon Gouache

Simon Gouache, pour son deuxième spectacle solo, ne révolutionne pas le monde comique. Mais s’il aborde des thèmes classiques de l’humour, il sait assez bien les manier pour en tirer des numéros très efficaces.

L’humoriste le dit dans son spectacle, intitulé Une belle soirée : l’humour, c’est tout ce qu’il sait faire. S’il a sûrement d’autres talents, on conçoit très bien que sa force, c’est bel et bien d’être sur scène à raconter des blagues. L’amoureux du stand-up, qui a laissé tomber une carrière en publicité pour se consacrer à l’humour, a assurément pris la bonne décision. 

Celui qui assurait la première partie de Louis-José Houde il n’y a pas si longtemps (pour ses deux derniers spectacles) dégage une assurance mesurée. Il se sait à sa place, et rien que cette facilité à être devant son public nous met à moitié dans sa poche. Si l’exercice d’une première de spectacle est sans aucun doute angoissant, Simon Gouache a piloté le tout de main de maître, côté technique. 

Le numéro, manifestement rodé au quart de tour, a toutefois d’abord paru un peu trop réfléchi. Récité par cœur, plutôt que présenté avec aisance. Ça n’aura duré que le temps d’un gag. L’humoriste a très rapidement pris ses aises. Et Simon Gouache à l’aise, ça donne un peu plus d’une heure de très bon contenu, déclamé avec adresse.

Pas une seule fois le sourire n’a vraiment quitté nos lèvres, se changeant souvent en éclat de rire. 

Simon Gouache ne nous fait pas suivre un filon comique inusité ou jamais exploré en humour. Il ne nous livre pas de chutes complètement inattendues. Il ne prend pas non plus les traits d’un personnage incongru, comme d’autres humoristes le font. 

Sa méthode à lui, pour faire rire son public, c’est de parler de ses problèmes de sociabilité, de son opinion sur le végétarisme, de ses proches (ses nièces, sa mère, son père, sa blonde, son ex devenu metteur en scène) ou de sa dépendance au café. Des sujets déjà discutés sur des scènes humoristiques, mais qu’il sait aborder de manière à en tirer des gags parfaitement originaux. Des gags qui ne sont presque jamais tombés à plat.

Ce qui est bien, avec Simon Gouache, c’est qu’il ne donne pas l’impression de s’être créé un personnage. Et en étant lui-même sur scène, il ne nous paraît que plus sympathique. C’est d’ailleurs son grand atout, cette nature sympathique.

En début de spectacle, quand il raconte qu’il a parfois du mal à être à l’aise lors de situations sociales, qu’il ne supporte pas le « small talk » et qu’il n’a pas vraiment d’opinions, on l’apprécie immédiatement. Il est influençable, nous dit-il, mentionnant les documentaires sur les théories de la Terre plate, qu’il ne doit pas regarder sous peine d’y trouver quelques « bons points ». 

Cette autodérision à laquelle il revient souvent tout au long du spectacle lui confère un caractère encore plus attachant. Oui, l’homme de 34 ans appelle encore sa mère quand il a un problème. Il croit d’ailleurs qu’elle pourrait le sauver d’une prise d’otage – « bon, passe-moi-les, là », dirait-elle au bout du fil.

Dans un exquis moment du spectacle, il se décrit comme « hypocondriaque mécanique » : « Au moindre bruit dans mon char, je lâche tout ». Puis, la description de l’interaction avec un garagiste fait tabac auprès du public du MTelus.

À quelques reprises, il parvient à s’attirer des ovations grâce à de très bonnes chutes, toujours livrées avec habileté. Les anecdotes sont parfois aidées par des imitations, toutes en gesticulations et en bruitages. C’est souvent réussi, la foule apprécie visiblement.

Et les moments où il parle de choses plus intimes et sérieuses, particulièrement de son anxiété, nous rapprochent momentanément de Simon Gouache l’humain derrière l’humoriste. Il ne donne pas de leçon de vie concernant la maladie mentale (ni sur tout autre sujet, d’ailleurs), mais son trouble anxieux est un bon prétexte pour des anecdotes tordantes.

Comme lorsqu’il parle de l’angoisse de laisser un message sur un répondeur. Ou des effets secondaires de ses médicaments. Ce qui le mène à parler de dysfonctionnement érectile. Puis, d’érection tout court. Les transitions sont toujours bien effectuées. On passe du coq à l’âne en douceur. 

Mentionnons ici les blagues de pénis et de fesses, parsemées un peu partout dans le spectacle. Si on peut lever le nez sur ces sujets faciles, limite puérils, Simon Gouache arrive habilement à soutirer des rires dans l’auditoire en parlant de sa « relation au pénis », par exemple. 

Vers la finale, on a même droit au gag de pet. De « pet sauce », qui plus est. Et ce dernier segment a causé l’hilarité générale. Comme quoi, il suffit parfois de savoir trouver la bonne tournure. Là-dessus, Simon Gouache a tout bon. Et puis, pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple… et efficace ?

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