MLS

Un défi de croissance

L’arbitrage en MLS a-t-il grandi au même rythme que la ligue ? La question se pose, mais il faut essayer de le faire en naviguant à travers les commentaires incendiaires de certains partisans et observateurs du soccer. C’est la nature même du sport, et de l’arbitrage en général, de susciter des réactions émotives.

À tête reposée, quel est donc vraiment l’état des lieux ? Avant toute chose, la structure. Les arbitres de la MLS proviennent de la Professional Referee Organization (PRO), qui fournit des officiels aux ligues professionnelles du Canada et des États-Unis. Le patron est Howard Webb, une légende de la profession, qui a officié 16 ans en Premier League anglaise et arbitré la finale de la coupe du monde de 2010. Retenez ce nom, nous y reviendrons.

Ensuite, et c’est le cœur de la question, qu’est-ce qu’un bon arbitre ? On a demandé à Olivier Brett et à Patrick Leduc. Le premier a joué pour l’Attak de Trois-Rivières et il est aujourd’hui analyste à RDS et animateur de l’émission FC919 au 91,9 Sport. Le deuxième a tout vécu, de joueur à directeur administratif des opérations soccer pour l’Impact de Montréal en passant par le rôle d’analyste à RDS. Bref, ils savent de quoi ils parlent.

Pour les deux, la réponse ne fait aucun doute : le talent de communicateur.

« Les joueurs veulent une chose : se sentir écoutés, explique Olivier Brett. Après, ils vont accepter les décisions. Un arbitre qui dit : “Je sais que tu es frustré par ma décision, mais voici pourquoi je l’ai prise. Ça ne changera pas. Je veux qu’on finisse le match à 11, là, c’est à toi de jouer à l’intérieur des règles.” Je n’ai jamais entendu ça sur un terrain au Québec, jamais. »

« L’arbitre que j’aime le moins est celui qui est autoritaire, ajoute Leduc. Pour moi, c’est l’arbitre qui manque de confiance en lui. C’est un arbitre qui veut faire le show et prendre trop de place. Un arbitre qui comprend mieux ce qu’un joueur vit va plus souvent donner l’avantage, va expliquer pendant le match. »

« Un arbitre qui communique aide le jeu. Les joueurs apprécient ça. »

— Patrick Leduc

Nous voici donc avec une définition de base de l’arbitre rêvé. Les deux hommes ont quelques exemples. Pour Brett, il provient du rugby : le Gallois Nigel Owens, qui a fait sa marque en gérant avec respect et fermeté 30 colosses à la fois. Ses vidéos en action sont un exemple à suivre pour tout gestionnaire.

Leduc se tourne vers l’Italien Pierluigi Collina, arbitre de la finale de la Coupe du monde de 2002. « C’est le professeur qui sait que tu donnes une fausse excuse pour ne pas avoir fait ton devoir. » Ou encore l’Argentin Néstor Pitana, plus théâtral, qui a joué le même rôle en 2018. « En Amérique du Sud, il y a beaucoup de ruse dans le jeu. Une partie du public s’y attend, il faut que tu trompes l’arbitre. Pitana, dans ce contexte, m’impressionne. Il a une bonne capacité à filtrer le vrai du faux. »

Ce sont les plus grands des grands. Maintenant, retour à la question initiale : où se situe l’arbitrage en MLS ?

Une ligue proactive ?

Frédéric Lord décrit les matchs de la MLS depuis sept ans sur les ondes de TVA Sports. S’il a vu le niveau de jeu s’améliorer, à son avis, il en va de même pour l’arbitrage. Il juge d’ailleurs que la MLS est une ligue proactive sur la question. Il cite par exemple l’arrivée de la reprise vidéo, ou encore l’insistance de la Ligue pour que les diffuseurs comprennent bien les décisions, pour ensuite les expliquer aux téléspectateurs. Mais plus que tout, c’est l’entrée en poste de Howard Webb il y a un an qui change la donne.

« Être un jeune arbitre, je sauterais dans l’avion pour assister à chaque conférence de Howard Webb, renchérit Brett. Si tu fais venir des gars expérimentés, même s’ils sont en fin de carrière, et que tu leur donnes la mission de partager leur savoir, je ne vois pas comment on perdrait au change. »

« La MLS a la réputation d’avoir un mauvais arbitrage et c’est pour ça que la Ligue est proactive, explique Lord. Il y a des faiblesses, mais c’est un défi de croissance. Le meilleur arbitre depuis un certain temps est Alan Kelly. C’est un Irlandais. Il est venu ici et il a une gestion de match. Les joueurs aiment ça, il est très casque bleu. Ça ressemble au style de Howard Webb. »

Alan Kelly est aussi au centre de l’analyse d’Olivier Brett, mais celui-ci voit les choses différemment. Pour Brett, le problème vient des droits acquis de certains arbitres, toujours au cœur de l’action, qui ne suivent plus la parade. Frédéric Lord avance deux noms d’arbitres qu’il juge « mauvais » : Baldomero Toledo et Silviu Petrescu. « Toledo ralentit le match. Tu ne peux pas jouer rapidement. Il casse le momentum, c’est un scandale. Petrescu le Canadien est mauvais depuis plusieurs années. »

Pour revenir à Alan Kelly, Brett le cite en exemple pour ce qui pourrait mener à une amélioration à court terme. Comme les joueurs, Kelly a tenté sa chance en Amérique du Nord après avoir compris qu’il n’atteindrait pas les plus hauts sommets en Europe. Il a eu une réflexion semblable, par exemple, à celle d’un Hassoun Camara. Il est aujourd’hui l’un des piliers en MLS.

Ensuite, poursuit Brett, la MLS doit travailler à développer sa relève. Pour ce faire, il faudra peut-être sacrifier des officiels qui sont là depuis toujours. Au centre de sa réflexion, Brett refuse de croire que les arbitres sur les terrains sont les meilleurs disponibles. 

« C’est le même parallèle avec les joueurs. Est-ce que des joueurs de l’Académie sont meilleurs que des gars moyens depuis huit ans ? On ne le saura jamais tant qu’on ne donnera pas des responsabilités supplémentaires aux jeunes. C’est la poule ou l’œuf : est-ce que c’est parce que le jeunot n’a pas le niveau ou parce qu’il n’a jamais eu cette occasion car l’ancienneté est valorisée ? » 

« Est-ce possible d’ouvrir la porte à des gars comme Alan Kelly sans lever le nez sur les produits canadiens ou américains ? Je pense que c’est une question d’équilibre qui permettrait à tout le monde d’avancer et au produit de s’améliorer le plus vite possible. »

— Olivier Brett

Patrick Leduc offre une autre piste de solution : selon lui, la qualité de l’arbitrage doit passer par la constance. Il s’explique. Chaque ligue a son style d’arbitrage. La Premier League, par exemple, privilégie le jeu continu en laissant l’avantage le plus souvent possible. En Espagne, à l’inverse, il y a plus de fautes sur les premiers contacts. Pour Leduc, la MLS doit trouver son identité, puis instaurer une cohérence entre ses arbitres.

« Là où on doit apporter des améliorations, c’est la constance d’un arbitre à l’autre. [Si par exemple] on aimerait le moins de coups de sifflet possible, c’est un style d’arbitrage. S’il y a des fautes, il y a des fautes, mais tu aides les joueurs à comprendre comment tu vas fonctionner. On s’adapte. »

À question complexe, réponses complexes. La MLS est parfois à l’avant-garde, parfois à la traîne. En gros, elle réagit avec un certain succès à un défi normal de croissance. Mais un fait demeure : de l’avis général, la Ligue pourrait, et doit, faire mieux.

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