Référendum à Mont-Royal

La construction d’un complexe sportif de près de 50 millions divise la population 

La petite ville cossue de Mont-Royal fait face au premier référendum de son histoire récente, concernant la construction d’un complexe sportif et communautaire. Ce projet, dont le coût estimé a crû de 47 % depuis son lancement en 2016, soulève des inquiétudes dans la population.

Le centre de loisirs actuel date de 1962. Le bâtiment est vétuste : il ne respecte plus les normes de construction et connaît des problèmes d’infiltration d’eau, explique la Ville. En 2016, le projet a commencé à prendre forme. Il était alors question d’un investissement de 33 millions. Aujourd’hui, le coût du complexe, qui comprendra notamment un gymnase double, trois piscines, des vestiaires et des locaux multifonctionnels, s’élève à 48,6 millions. Cela représente une hausse de 47 % par rapport à l’estimation précédente. Le montage financier prévoit un emprunt de 27,8 millions.

C’est ce dernier élément qui a soulevé l’ire de nombreux contribuables : ils ont été 938 à exiger un référendum en signant le registre municipal, l’automne dernier. Ainsi, dimanche et lundi, les citoyens sont appelés à se prononcer sur ce règlement d’emprunt lors d’un vote par anticipation. Ils pourront aussi choisir de le faire lors du scrutin prévu dimanche prochain.

En juin 2018, le conseil municipal a attribué un mandat à un consortium d’architectes composé des cabinets Poirier Fontaine et Riopel et Associés pour mener le dossier. Le cabinet Poirier Fontaine a travaillé sur d’autres projets municipaux qui incluaient des piscines intérieures, notamment dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.

Or, en février dernier, le Bureau de l’inspecteur général (BIG) de Montréal s’est penché sur le projet dans Rosemont–La Petite-Patrie et a conclu que l’appel d’offres avait été rédigé de manière à favoriser un constructeur de piscines qui était seul à pouvoir respecter les exigences techniques. Le cabinet Poirier Fontaine a rédigé cet appel d’offres en collaboration avec la firme de génie GBi Experts-conseils.

Manque de transparence reproché

Outre l’enjeu financier, les opposants au projet de Mont-Royal soutiennent que l’administration du maire Philippe Roy manque de transparence. « Depuis le début du projet en 2016, la Ville s’appuie seulement sur les résultats d’un sondage et sur le point de vue des groupes ciblés, restreints et des gens qu’elle a choisis. De plus, il n’y a pas de traces, de documents et de suivis de ces rencontres », affirme Barbara Lapointe, une citoyenne qui suit de près les activités de la municipalité.

« Il n’est donc pas question de donner un chèque en blanc. » 

— Barbara Lapointe, citoyenne de Mont-Royal

Si Mme Lapointe dit ne pas s’opposer à la construction d’un nouveau complexe sportif et communautaire, elle estime toutefois que le projet actuel est « démesuré ».

De son côté, le maire défend avec force le projet, qui fait partie de ses engagements électoraux de 2013. Il reconnaît toutefois que la population n’a peut-être pas été informée adéquatement. « Mea culpa. Peut-être qu’on a mal communiqué le projet, qui est super, selon nous, pour la communauté. Ce référendum est donc une campagne d’information », dit-il en soulignant qu’il s’appuie sur « une trentaine d’ambassadeurs » qui soutiennent la campagne du Oui.

M. Roy soutient que Mont-Royal possède une marge de manœuvre financière suffisante pour construire le nouveau complexe. Il prévient, par ailleurs, que le projet ne sera pas modifié si le règlement d’emprunt est refusé par voie référendaire. « On n’a pas l’intention de présenter un plan B le cas échéant. […] Ce qu’on a annoncé, c’est qu’on va devoir rénover le vieux centre des loisirs, ce qu’on estime à 4 à 6 millions », explique le maire.

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