Réédition de The White Album

Blanc depuis 50 ans 

Un demi-siècle après sa sortie, The White Album n’a pas encore livré tous ses secrets

On pourrait faire un dossier complet sur cette réédition majeure, lancée pour le 50e anniversaire du White Album des Beatles.

Écrire 100 paragraphes sur cette collection de 99 morceaux enregistrés en novembre 1968, qui inclut les 30 chansons de l’album double original, en plus de dizaines de démos et chutes de studio, pour un total de 6 CD ou 4 vinyles si vous achetez la version « coffret ».

S’extasier pendant des heures sur ces versions rarement – ou jamais – entendues de Helter Skeler, Sexy Sadie, Blackbird, Glass Onion ou Back in the USSR. Halluciner en entendant ces jams trippants, ces délires en studio ou ces chansons méconnues qui ne circulaient jusqu’ici qu’en bootleg : Child of Nature, Los Paranoias, What’s the New Mary Jane ? ou encore Circles et Sour Milk Sea, deux cadeaux signés George Harrison. 

On pourrait aussi rappeler que c’est Giles Martin, fils du producteur George Martin, alias le « 5e Beatle », qui a remixé le tout. Et constater que malgré l’arrivée récente de Yoko dans le décor, les Fab Four sont encore ici assez complices, même si l’on sait que certaines séances ont été enregistrées avec une formation incomplète et que la cassure était imminente.

Une fois qu’on a dit tout ça, ne reste pourtant qu’une question : l’album blanc est-il le meilleur album des Beatles ?

On peut certes lui préférer la fraîcheur visionnaire de Rubber Soul, la détente psychédélique de Revolver ou le parfait chant du cygne que constitue Abbey Road.

Mais The White Album est dans une classe à part.

On est ici à l’opposé total de l’étincelant Sgt Pepper’s, enregistré un an plus tôt avec clavecins, violons et fanfares.

Plus « garroché », l’album blanc est un diamant brut qui brille par ses imperfections et son brutal éclectisme.

Sa production plus trash lui donne un supplément de vérité.

Son incroyable foisonnement fait que, 50 ans plus tard, on a toujours l’impression de ne pas en avoir fait le tour.

Entre rock (Birthday), folk (Blackbird, Julia), blues (Revolution), lo-fi (Savoy Truffle), music-hall (Martha my Dear), heavy métal (Helter Skelter), country (Don’t Pass Me by), post-psychédélisme (Glass Onion), crooning (Good Night), world music (Ob-La-Di,Ob-La-Da), proto-prog (Happiness Is a Warm Gun), comptine pour enfants (Little Piggies), rock introspectif (While My Guitar Gently Weeps), je-m’en-foutisme punk (Everbody’s Got Something to Hide…) et musique expérimentale (Revolution #9), The White Album semble annoncer à lui seul toute la suite du rock.

Sans oublier cette pochette minimale entièrement blanche, sans titre, à l’opposé total de ce contenu grouillant et multiforme. D’une modernité à hurler.

Faque… Ben oui. L’album blanc est un monument. Un jalon. Un voyage en soi. Parfois noir, jamais gris, insupportable par moments, mais toujours inspirant, malgré sa faible teneur en tubes et l’impression de « trop », qui peut épuiser. Ici, la quantité rajoute à la qualité.

En d’autres mots : probablement le meilleur album des Beatles.

Avec Rubber Soul.

Et Revolver.

Et Abbey Road...

The White Album

The Beatles

Capitol/Universal

Quatre étoiles et demie

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