Intimidation au CISSS de Lanaudière

Enquête interne sur le suicide d’un employé

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière a déclenché une enquête interne à la suite de la mort par suicide d’un de ses employés, jeudi dernier.

Dans une lettre poignante publiée sur sa page Facebook le 31 octobre, l’employé, qui travaillait comme transporteur au CISSS de Lanaudière, se disait notamment victime d’intimidation de la part de supérieurs. Il réclamait une « enquête sur le réseau de la santé » et reprochait aussi l’inaction du syndicat.

Dès le 1er novembre, le CISSS a présenté « ses sincères sympathies à la famille et aux proches » du travailleur et a rappelé à ses employés que du soutien était offert. « La direction prend très au sérieux les propos énoncés sur la page Facebook de l’employé et demande une enquête afin de faire la lumière sur la situation », a écrit la direction du CISSS.

Amie depuis plus de 30 ans avec l’employé qui s’est suicidé, Nicole Dubé explique que son ami avait connu une année difficile dans sa vie personnelle. L’homme formulait aussi fréquemment des récriminations envers son milieu de travail. « Il en parlait souvent, de ses conditions de travail. Dans le réseau de la santé, ça n’a juste pas d’allure », dit-elle.

Daniel Castonguay, PDG du CISSS de Lanaudière, n’est pas insensible au « cri d’alarme » du travailleur. « Il faut s’assurer que notre milieu est sain », dit-il. S’il estime qu’il n’y a pas de problème de violence généralisée dans son organisation, M. Castonguay souligne qu’il veut « s’assurer que de telles situations n’existent pas ». « Si ça existe, on va intervenir », assure-t-il.

Depuis avril, son CISSS a traité huit plaintes de harcèlement et d’intimidation : trois visaient des gestionnaires et cinq, des employés. M. Castonguay assure que toutes les plaintes ont été traitées et que des sanctions disciplinaires ont été prises lorsque c’était nécessaire.

Exode de travailleurs à la DPJ

Par ailleurs, une rencontre a eu lieu hier matin entre les employés de la DPJ de Lanaudière et la direction du CISSS. La semaine dernière, Cogeco Nouvelles révélait que 20 intervenants de la DPJ avaient quitté leurs fonctions entre juin et septembre.

Depuis la mort de la fillette à Granby, la pression sur les intervenants de la DPJ monte en flèche, selon le président du syndicat local de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux du CISSS de Lanaudière, Kevin Newbury. « Les intervenants sont en surcharge. Ils ont trop de jeunes dans leur caseload. Ils ont peur d’échapper un cas », dit-il.

Ce dernier précise que les intervenants de la DPJ proposent depuis des mois des mesures afin d’améliorer la situation. « Mais rien ne bouge », dit-il.

Hier matin, le CISSS de Lanaudière a rencontré les intervenants afin de les écouter et de leur présenter les solutions adoptées et à venir. Déjà, 32 postes ont été ajoutés, dont 23 pour la prise en charge directe de jeunes, affirme M. Castonguay.

Une autre rencontre est prévue le 14 novembre entre les intervenants de la DPJ et le CISSS de Lanaudière. Les solutions à moyen terme pouvant alléger les tâches, comme le télétravail, seront entre autres discutées.

Besoin d’aide ?

Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez communiquer avec un intervenant de Suicide Action Montréal au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)

Consultez : 

http://suicideactionmontreal.org/

https://www.cpsquebec.ca/

Procès de Sami Bebawi, ex-dirigeant de SNC-Lavalin

Un yacht offert au fils du président de la Libye après un contrat public de 1 milliard

Un ancien cadre de SNC-Lavalin a raconté devant un tribunal lundi qu’il avait payé un yacht de 25 millions au fils du président de la Libye, lorsque celui-ci est intervenu pour écarter la compétition et permettre à la firme québécoise de remporter un contrat sans appel d’offres de 1 milliard au milieu des années 2000.

« Je payais constamment ses dépenses, mais le gros du montant, ç’a été l’achat d’un yacht », a déclaré Riadh Ben Aissa.

M. Ben Aissa, autrefois responsable des projets de SNC-Lavalin en Libye, a raconté cet épisode aux jurés lundi, lors du procès de son ancien supérieur hiérarchique, Sami Bebawi. Ancien vice-président directeur de l’entreprise, M. Bebawi est accusé notamment de fraude et de corruption d’agent public étranger.

De plus en plus gros

Riadh Ben Aissa a expliqué la semaine dernière comment le développement d’une relation avec Saadi Kadhafi, le fils du président de la Libye, avait aidé l’entreprise à faire beaucoup d’argent dans le cadre de contrats publics dans ce pays.

Riadh Ben Aissa recevait personnellement de grosses sommes versées par son employeur dans un compte en Suisse en lien avec ces contrats. Avec cet argent, il payait différentes personnes que la firme ne pouvait pas payer directement, notamment Saadi Kadhafi, a-t-il expliqué. Après avoir payé tous ceux qu’il avait à payer, il séparait le reliquat entre son supérieur, Sami Bebawi, et lui-même à titre de bonus pour leur travail.

Les contrats libyens ont pris de l’ampleur au fil des années : forage de puits pour 26 millions, construction d’aqueducs géants à travers le désert pour 425 millions et, finalement, aux environs de 2006, 2007, un nouveau contrat d’aqueducs d’une valeur de 1 milliard de dollars.

« C’était vraiment un projet majeur, c’était le projet à avoir », a déclaré le témoin. Il dit avoir demandé l’aide de Saadi Kadhafi à cet effet.

Difficile à faire passer

Mais le responsable du projet pour le gouvernement libyen, un ancien premier ministre, croyait qu’il fallait ouvrir la compétition à de nombreux acteurs afin d’obtenir un bon prix pour son pays. Malgré les demandes de Saadi Kadhafi, il ne croyait pas pouvoir donner le contrat de gré à gré à SNC-Lavalin.

« Il voulait l’approbation du président, monsieur Mouammar Kadhafi, pour ça. Personne ne pouvait signer un contrat de 1 milliard de gré à gré. Il voulait une approbation ultime de Mouammar Kadhafi sur ce contrat-là », a dit le témoin.

Saadi Kadhafi s’est saisi du dossier et a mis beaucoup de pression, selon le récit de M. Ben Aissa. SNC-Lavalin a fini par obtenir le contrat de 1 milliard, sans compétition.

Un bon constructeur de yachts

Peu après, Riadh Ben Aissa dit avoir reçu un appel du bureau de Saadi Kadhafi. On lui demandait de se rendre au « boat show » de Cannes rejoindre le fils du président. Les deux hommes ont été reçus au stand du constructeur de yachts Palmer Johnson par le patron de l’entreprise.

Saadi Kadhafi semblait apprécier particulièrement cette marque, selon M. Ben Aissa.

« En marchant, il m’a parlé de Palmer Johnson, qu’il aimait leurs produits, que c’était une bonne entreprise américaine, qu’ils avaient de bons produits », a-t-il relaté aux jurés.

Le bureau de M. Kadhafi lui a ensuite demandé de se rendre en Suisse rencontrer un avocat qui gérait les comptes bancaires de M. Kadhafi.

« Il m’a sorti une proposition de Palmer Johnson : ils avaient convenu que [Saadi Kadhafi] voulait ce bateau-là et que ça coûtait tant, et il m’a montré des modalités de paiement », s’est-il souvenu.

Tenir son supérieur informé

Riadh Ben Aissa dit qu’il avait averti son patron, Sami Bebawi, avant de rejoindre Saadi Kadhafi à Cannes. Il tenait toujours son supérieur au courant de ce qu’il faisait, a-t-il répété plusieurs fois.

Il dit avoir fini par payer la construction et l’aménagement du bateau de plus de 25 millions pour Saadi Kadhafi.

Le procès se poursuit mardi.

JUSTICE

15 ans de prison pour un proxénète et prédateur sexuel

Un proxénète et prédateur sexuel a été condamné lundi à une sévère peine de 15 ans de pénitencier pour de multiples accusations d’agressions sexuelles et de proxénétisme à l’égard de sept adolescentes et deux jeunes femmes. Les crimes sordides de Luis Fernando Camacho Vera ont eu des répercussions « lourdes et dramatiques » sur ses victimes.

« Le Tribunal se doit d’envoyer un message clair à l’accusé et à toute personne qui serait tentée de l’imiter », a conclu la juge Mylène Grégoire. L’homme de 36 ans s’est fait passer les menottes aux poignets devant plusieurs de ses victimes dans la salle d’audience.

La juge a tenu à souligner « l’immense courage » des jeunes femmes, qui souffrent notamment d’anxiété, de dépression, de perte de confiance et de trouble post-traumatique.

« Grâce à leur force, leur combativité, leur résilience, elles ont permis de mettre un terme à cette exploitation, à cette maltraitance et à ces abus, tout en prévenant sans doute que d’autres personnes subissent le même sort », a-t-elle souligné.

Luis Fernando Camacho Vera a plaidé coupable en mars dernier à une vingtaine d’accusations pour agressions sexuelles, contacts sexuels, leurres d’enfant et proxénétisme. La plupart des crimes ont été commis à l’encontre d’adolescentes âgées de 15 à 17 ans entre 2014 et 2017. L’accusé a agressé sexuellement sept victimes, et trois de ses victimes se sont prostituées pour son compte.

Modus operandi

Luis Fernando Camacho Vera avait un modus operandi bien rodé pour piéger des adolescentes. Il publiait des offres d’emplois bien rémunérés de réceptionniste ou de masseuse dans un salon sur des sites d’annonces et demandait à ses proies de lui envoyer des photos. Un « hameçonnage insidieux », selon la juge.

Sous le nom de « Carlos », il allait chercher ses victimes à une station de métro à bord d’un luxueux véhicule et les conduisait à un salon de massage de la rue Jean-Talon pour une « entrevue ». Il leur demandait de se déshabiller et les agressait sexuellement sans porter de condom. Il expliquait ensuite les services sexuels qu’elles devraient offrir aux clients en se prostituant et le tarif de chaque service.

Crimes « ignobles »

Luis Fernando Camacho Vera a offert depuis ses excuses aux victimes et a exprimé des regrets, soutient la juge. Il qualifie ses crimes « d’ignobles, de dégoûtants et dégradants » et maintient être une « meilleure personne ».

Le Montréalais présente toutefois des caractéristiques du trouble de personnalité narcissique, dont le manque d’empathie, selon un rapport d’expert qui souligne aussi « sa propension à la duperie, à la manipulation, au parasitisme ». Son risque de récidive sexuelle est au-dessus de la moyenne, selon un expert.

La juge a retenu comme facteurs atténuants son absence d’antécédents judiciaires, ses remords et sa reconnaissance de culpabilité. Elle a toutefois relevé de nombreux facteurs aggravants, dont le nombre de victimes, leur âge, la répétition des crimes et les multiples séquelles à court, moyen et long termes des victimes. C’est pourquoi elle a retenu la suggestion de 15 ans de détention du procureur de la Couronne, Me Pascal Dostaler. La défense réclamait la peine minimale de cinq ans de détention.

Une coaccusée, Claire Nicolle, fait toujours face à plusieurs accusations de proxénétisme dans cette affaire.

Vapotage

Le Québec fait mieux que les autres provinces

Le vapotage chez les jeunes a moins augmenté dans les provinces où la vente aux mineurs a été interdite plus tôt, selon une nouvelle étude publiée lundi. Le Québec a été la quatrième province à l’interdire, et cette interdiction a eu plus d’effets qu’ailleurs sur le plan de l’accessibilité, du vapotage chez les jeunes et de la perception du risque du vapotage par les jeunes.

Plus d’augmentation sans interdiction

Les chiffres de Hai Nguyen, chercheur en pharmacie à l’Université Memorial à Terre-Neuve, sont clairs : l’augmentation du vapotage chez les adolescents a été beaucoup plus importante dans les provinces qui ont attendu l’interdiction fédérale de la vente aux mineurs. « Deux provinces n’avaient toujours pas d’interdiction lors du règlement fédéral en 2018, l’Alberta et la Saskatchewan », dit M. Nguyen, qui est l’auteur de l’étude publiée lundi dans la revue JAMA Pediatrics. « Les augmentations de la consommation régulière ont été les plus fortes au pays, mis à part Terre-Neuve. » La consommation dans le dernier mois par les ados est restée stable à 5 % entre 2015 et 2017 dans les provinces ayant une interdiction, alors qu’elle est passée à 10 % dans les autres. La Colombie-Britannique, qui a attendu à la fin de 2016 pour interdire la vente aux mineurs, a aussi un taux élevé.

Mieux au Québec

Le chercheur terre-neuvien note que le Québec a connu les plus grandes améliorations parmi les provinces ayant instauré une interdiction. « C’est probablement lié à une meilleure surveillance des points de vente », dit M. Nguyen. L’usage mensuel par les ados a même chuté avant et après l’interdiction au Québec, fin 2015. La proportion de jeunes qui pensent que la cigarette électronique n’a pas d’effets négatifs sur la santé est la plus basse au pays, 9 % contre une moyenne de 13 %, en 2017. Et les ados québécois trouvent plus difficile que leurs congénères des autres provinces de mettre la main sur des cigarettes électroniques. Une étude publiée en juin dans le British Medical Journal rapportait toutefois que la proportion de jeunes de 16 à 19 ans ayant vapoté dans le mois précédent était passée de 8,4 % à 14,6 % au Canada entre 2017 et 2018, sans mentionner de résultats provinciaux.

Saveurs et promotions

Les militants anti-vapotage pensent que l’interdiction de vente ne va pas assez loin. « Cette étude démontre que l’interdiction de vente aux mineurs a un impact dans la prévention du vapotage chez les jeunes, mais que cet impact est somme toute secondaire », a commenté Flory Doucas, codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. « Ce n’est donc pas surprenant que l’industrie du vapotage mette l’accent sur ce type de mesure. » Selon Mme Doucas, l’interdiction des saveurs et de la promotion auprès des jeunes est primordiale. En septembre, le président Donald Trump a annoncé l’interdiction prochaine des saveurs pour les vapoteuses, et le fabricant Juul a annoncé fin octobre un moratoire sur la vente de ses populaires produits aromatisés. Santé Canada est en train de réviser les règlements sur les saveurs et la promotion, deux domaines où, en théorie, l’industrie canadienne ne doit pas viser les jeunes.

CHIFFRES

4,7 % des ados de 10 à 17 ans au Québec avaient vapoté dans le mois précédent en 2014-2015

3,8 % des ados de 10 à 17 ans au Québec avaient vapoté dans le mois précédent en 2016-2017

SOURCE : JAMA Pediatrics

Transports

Une taxe kilométrique au lieu d'un taxe sur l'essence

Une taxe kilométrique devrait être instaurée au Québec pour remplacer la taxe sur l’essence si l’on veut s’assurer d’un financement viable pour les infrastructures en transport et le réseau de transports en commun. C’est ce qu’avance la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) dans un mémoire rendu public lundi et présenté au ministère des Transports du Québec. Dans son mémoire Pour un financement visionnaire de la mobilité, la CCMM demande au gouvernement « d’analyser tous les éléments qui seront requis pour instaurer une taxe kilométrique d’ici quelques années, en remplacement de la taxe sur l’essence ». « La taxe sur l’essence n’est plus une solution pérenne pour assurer un financement dédié, indexé et récurrent des infrastructures, soutient la CCMM dans son mémoire. L’électrification des véhicules gagne du terrain et deviendra la norme au cours de la prochaine décennie. La consommation de carburant continuera donc de diminuer, et les revenus d’une taxe sur l’essence ne suivront pas le rythme des décaissements pour les dépenses en infrastructure. » — Audrey Ruel-Manseau, La Presse

Actualités

Quatrième nuit sans électricité pour des milliers de Québécois

Plus de 25 000 abonnés d’Hydro-Québec étaient toujours privés d’électricité à 22 h lundi soir. Ils s’apprêtaient, pour la plupart, à passer une quatrième nuit sans courant. L’Estrie restait la région la plus durement touchée avec 460 interruptions toujours en cours. Chaudière-Appalaches, la Montérégie, le Centre-du-Québec, les Laurentides et la Capitale-Nationale suivaient avec entre 200 et 350 pannes. Des centaines de travailleurs étaient toujours sur le terrain pour rétablir le service, et les travaux devaient se poursuivre durant la nuit. Hydro-Québec a indiqué que « les conditions pour rétablir les pannes restantes [étaient] très difficiles. Souvent, les travaux de reconstruction à réaliser et l’accès aux sites sont plus difficiles, ce qui peut allonger les délais ».

La Presse

Justice

Éric Salvail sera jugé en février 2020

Le procès d’Éric Salvail pour agression sexuelle, harcèlement criminel et séquestration aura lieu en février prochain au palais de justice de Montréal devant un juge de la Cour du Québec. L’ex-animateur vedette n’était pas présent lundi à la brève audience devant la juge Johanne St-Gelais, de la Cour supérieure du Québec. Son avocat, Me Michel Massicotte, a déposé à la cour un avis de réoption signé par Éric Salvail pour demander d’être jugé seulement par un juge, et non par un juge et un jury. Une telle demande est très commune à cette étape du processus. Le procès de l’homme de 50 ans a donc été fixé du 17 au 20 février 2020 au palais de justice de Montréal, quelques mois seulement après son enquête préliminaire en septembre dernier. L’ex-animateur et producteur a été accusé en janvier dernier d’agression sexuelle, de harcèlement criminel et de séquestration à l’endroit de Donald Duguay. Les crimes se seraient produits entre le 1er avril et le 30 novembre 1993 à Montréal. Me Amélie Rivard représente le ministère public.

— Louis-Samuel Perron, La Presse

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