RÉFLEXION

Vivre le bonheur avant qu’il ne passe

Les petits bonheurs sont presque toujours quotidiens. Les grands bonheurs ont souvent quelque chose d’amoureux.

Les porte-bonheur dégagent un parfum d’argent ou de superstition. Les bonheurs du jour sont à tiroirs. Quant aux bonheurs d’expression, ils sont spontanément littéraires. Mais le bonheur… d’occasion. Le bonheur à 20 ans, à 40 ans à ne savoir qu’en discourir pour le découvrir sans y penser à 60 ans. Comme si le bonheur avait le temps d’une vie pour s’affermir avant de pouvoir se vivre.

20 ans… le bonheur ? 

L’idée du bonheur est si essentielle à l’homme que toutes les religions le promettent. Le bonheur devient une sorte de talisman pour oublier qu’il n’existe pas. Un dogme pour empêcher le désespoir collectif. 

La recherche du bonheur est un droit imprescriptible dans la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. 

Cette aventure matérialiste, pas toujours couronnée de succès, rend la plupart du temps l’homme malheureux, il va de soi.

Il semble que les gens placent le bonheur là où il est le plus difficile à atteindre. Comme s’ils savaient qu’il sera inaccessible.

Ou bien ils s’interrogent sur le bonheur, ses causes, ses effets, ses raisons et déraisons, son origine et son intangible réalité…

Quand les gens tentent de définir le bonheur, il n’en reste souvent que des mots creux, comme cet écran peut-être. Sans doute avons-nous tous un besoin impérieux de bonheur, un idéal de bonheur, une illusion de bonheur, un désir de bonheur, une faim de bonheur, un rêve de bonheur… et la lucidité de ne pas y croire ou de ne pas vouloir y croire, de ne pas savoir le vivre. Le bonheur à 20 ans. Une question de mentalité ? Une disposition de l’esprit ?

40 ans… le bonheur ? 

La satisfaction de soi, de sa vie quotidienne, de son entourage. Est-ce cela qu’on appelle le bonheur ? Est-ce cela seulement ? Cette invention de l’homme pour échapper aux réalités blessantes. Est-ce plus que le contentement, autre chose ? Le bonheur serait-il aussi fluide et instantané qu’une bouffée d’air frais un soir d’été trop chaud ? 

On aurait à peine le temps d’en sentir la douceur qu’il serait passé. Le bonheur serait-il un instant ? Un instant susceptible de se répéter, différent chaque fois.

La sempiternelle recherche du bonheur serait-elle aussi vaine que l’attente d’une bouffée d’air frais un soir de canicule ? Le bonheur viendrait sans prévenir ? Il suffirait d’y être attentif ? Le bonheur, est-ce une mentalité, une idée, un concept ? Est-ce trop fugace pour être une mentalité ? Un état d’âme ? Une disposition de l’esprit ? Ne serait-ce rien du tout, le bonheur à 40 ans ?

60 ans… le bonheur… tiens ! 

Il vient de passer de l’autre côté de la rue. Il riait, le bonheur, n’était même pas jeune, ce bonheur, n’était pas dans les yeux du désir.

Le bonheur… tiens ! 

Il est passé près de moi, m’a tout juste frôlée, ne sait pas le bonheur qu’il est le bonheur…

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