Sommet de l'OTAN

« Chère Amérique, appréciez vos alliés »

Tout juste avant le début du Sommet en Belgique, l'Europe a prévenu Donald Trump de ne pas oublier qui sont ses vrais amis.

Bruxelles — N’oubliez pas qui sont vos véritables alliés. C’est en gros l’avertissement qu’a livré le président du Conseil européen à Donald Trump, hier, à quelques heures de l’ouverture d’un sommet de l’OTAN qui s’annonce houleux à Bruxelles.

« Chère Amérique, appréciez vos alliés, après tout, vous n’en avez pas tant que ça », a lancé Donald Tusk à l’occasion d’une déclaration polie – mais ferme – destinée au président américain.

Le dirigeant de cette institution, qui réunit 28 chefs d’État européens, a ainsi voulu réagir aux critiques « presque quotidiennes » formulées par Donald Trump à l’endroit de l’Union européenne (UE). Au cours des derniers jours, M. Trump a exhorté avec virulence ses alliés à augmenter leurs dépenses militaires, laissant même planer la menace d’un retrait américain de l’OTAN s’ils n’obtempéraient pas.

Encore hier, le président américain a lancé des pointes contre ses alliés avant son départ de Washington. Y compris pendant son vol à bord d’Air Force One, par l’entremise d’une série de tweets. Il s’est posé en milieu d’après-midi à Bruxelles, où les arrivées successives de chefs d’État – incluant Justin Trudeau – ont créé des bouchons monstres dans la vaste zone militarisée autour du siège de l’OTAN, non loin de l’aéroport.

En opposition à la Russie

Ce sommet de l’OTAN se déroule au moment où les tensions entre la Russie et les pays occidentaux atteignent un niveau jamais vu depuis des décennies. Donald Trump rencontrera d’ailleurs son homologue russe Vladimir Poutine en tête-à-tête à Helsinki, en Finlande, lundi prochain, après une brève visite officielle en Grande-Bretagne.

Dans un point de presse surréaliste tenu hier à côté de l’hélicoptère présidentiel, M. Trump a laissé entendre que son tête-à-tête avec Poutine « pourrait être le plus facile » de tous les entretiens qu’il aura cette semaine en Europe. « Qui l’aurait pensé ? », a-t-il ajouté.

Donald Trump a encore critiqué la proportion démesurée des dépenses de l’OTAN – environ 70 % – assumée par les États-Unis. « Les pays de l’OTAN doivent payer plus, les États-Unis doivent payer moins, a-t-il lancé. Très injuste ! »

Cible de 2 %

La question du financement de l’OTAN promet de dominer les échanges pendant le sommet gardé sous la haute surveillance de 3400 soldats et policiers belges. La majorité des 29 pays membres se sont engagés il y a trois ans à rehausser leur budget militaire respectif, afin qu’il atteigne 2 % de leur produit intérieur brut (PIB) d’ici à 2024.

À ce jour, seuls sept pays, en plus des États-Unis, sont en voie d’atteindre cette cible de 2 %. Il s’agit du Royaume-Uni, de la Grèce, de la Lettonie, de l’Estonie, de la Pologne, de la Lituanie et de la Roumanie. Donald Tusk a profité de son discours d’hier pour exhorter les pays européens à dépenser davantage pour leur défense, « parce que tout le monde respecte un allié bien préparé et équipé ».

Le Canada, l’un des 12 membres fondateurs de l’OTAN, dépense pour sa part moins de 1,3 % de son PIB dans ses forces armées. La hausse du budget militaire de 70 % prévue d’ici à 2024-2025 fera passer cette proportion à peine à 1,4 %, a indiqué cette semaine le cabinet du ministre de la Défense Harjit Sajjan.

Trudeau en Lettonie

Malgré les critiques acerbes de Donald Trump, le premier ministre Justin Trudeau a insisté hier pour dire que le Canada en faisait suffisamment afin de contribuer à l’OTAN. De passage en Lettonie, où un bataillon de 450 soldats canadiens participe à une mission de l’OTAN, M. Trudeau a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de doubler le budget de la défense canadienne en vue d’atteindre la fameuse cible de 2 % du PIB.

M. Trudeau a qualifié cette mesure de « raccourci facile » et d’« instrument limité » pour mesurer l’engagement d’un pays envers l’OTAN, rapporte La Presse canadienne. Le premier ministre est arrivé hier à Bruxelles en compagnie notamment de la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland et du ministre Sajjan.

On ignore pour l’instant si MM. Trudeau et Trump s’entretiendront en marge du sommet, eux qui ne se sont pas revus depuis le fiasco du G7 dans Charlevoix le mois dernier. Aucune rencontre bilatérale n’est prévue aujourd’hui entre les deux dirigeants, a confirmé hier soir le cabinet du premier ministre.

Rembourser Washington ?

Dans l’une de ses tirades sur Twitter, Donald Trump a demandé hier si certains pays devraient « rembourser » les États-Unis pour les sommes impayées à l’OTAN depuis des années. Il a déploré dans un autre message le fait que son pays « perd » 151 milliards de dollars dans le commerce avec l’UE, semblant lier la question du commerce à l’alliance militaire avec ses alliés.

Stéfanie von Hlatky, professeure associée au département de sciences politiques de l’Université Queen’s et spécialiste de la coopération militaire, souligne que le fait d’essayer d’interpréter les tweets de M. Trump représente « une activité intellectuelle des plus frustrantes ». Elle se demande si ses attaques répétées des derniers jours ne visent pas à accroître sa marge de manœuvre en vue du Sommet.

« À cette date tardive, le texte du communiqué approche de sa version finale, a-t-elle souligné hier à La Presse. La vraie question est vraiment la suivante : quelles actions les alliés de l’OTAN pourraient-ils véritablement prendre pour enfin satisfaire Trump ? Je crains que même le fameux 2 % ne suffirait pas. Chose certaine, les messages de Trump sur Twitter sont bien différents de ceux de son ambassadrice à l’OTAN. »

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