Notre choix

Deux ou trois choses qu’on ne savait pas d’eux…

Comédie
Le grand bain
Gilles Lellouche
Avec Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet
2 h 02
Trois étoiles et demie

À une époque où une certaine interprétation très carrée de la masculinité semble vouloir resurgir un peu partout dans le monde, que voilà un film bienveillant. Cette espèce de Full Monty à la française, un genre de comédie sociale qu’on trouve habituellement davantage chez les Anglais que chez nos cousins, aborde de vraies questions à propos du mal-être des hommes – et sur la façon de l’enrayer –, tout en distillant de bons gags. D’où, probablement, le succès phénoménal que Le grand bain obtient en France depuis sa récente sortie. Dès le départ, on nous explique la géométrie et son aspect invariable, pour mieux prouver ensuite – pendant tout le film, à vrai dire – qu’en vérité, oui, on peut parfois faire entrer des ronds dans des carrés.

Le récit se concentre d’abord sur Bertrand (Mathieu Amalric). Dépressif, il ne travaille plus depuis deux ans et sort rarement de sa maison, où habitent aussi une épouse qui l’aime (Marina Foïs, toujours impeccable) et un fils ado qui le déteste. C’est en voyant une petite annonce à la piscine – aucune expérience requise, dit-on – que Bertrand est poussé, par une curiosité inattendue, à se présenter à l’équipe de nage synchronisée masculine de l’endroit, qui cherche un nouveau membre.

C’est là qu’il rencontre les autres nageurs, tous des quadragénaires fatigués de leur vie comme lui, avec qui il parviendra à tisser un lien de solidarité et d’amitié, à défaut de rivaliser un jour avec Sylvie Fréchette.

Là se situe l’une des réussites du film. Le cadre plus improbable dans lequel le récit est campé permet à ces hommes issus de différents milieux d’échanger sur une base égale. 

Gilles Lellouche, qui signe seul un long métrage à titre de réalisateur pour la première fois, soigne aussi les deux jeunes personnages féminins qui prennent en charge cette bande de mecs perdus, des anciennes nageuses dont la carrière a dû prendre fin abruptement (Virginie Efira et Laura Bekhti).

Des invraisemblances qui fonctionnent !

On aura évidemment du mal à croire à la performance du groupe aux Championnats du monde en Norvège, une sélection due à l’absence totale d’une autre équipe masculine en France, mais l’ensemble fonctionne néanmoins sur le plan narratif grâce aux accents comiques que contient cette histoire, qui priment tout le reste. Le fait de s’immiscer furtivement dans les vies de tous les personnages, sans jamais trop s’y attarder, contribue aussi à créer un lien empathique réel.

Et puis, il y a ce plaisir de voir quelques-uns des meilleurs acteurs français se mouiller de la sorte et exposer les failles de leurs personnages plein écran. Des pointures comme Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade (formidable en vieux rocker qui se croit toujours) et Guillaume Canet se révèlent à la hauteur, mais Philippe Katerine vole le spectacle grâce à un personnage aussi drôle qu’attachant.

Gilles Lellouche, qui signe le scénario avec Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini, propose ainsi, sous le couvert de l’humour, un film plus profond qu’il n’y paraît. Les angoisses existentielles des hommes qu’il filme ne sont pas réglées pour autant, mais il y a quand même quelque chose d’émouvant à les voir apprendre à garder la tête hors de l’eau. Et gagner en dignité en étirant la jambe.

Critique

Un portrait vibrant et subtil

Drame
Nos batailles
Guillaume Senez
Avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy
1 h 38
Trois étoiles et demie

SynoPsis

Très impliqué dans son entreprise pour combattre les injustices, un homme doit réorganiser sa vie familiale, professionnelle et amoureuse le jour où sa femme le quitte sans explication, sans espoir de retour.

L’expression « choisir ses combats » ne s’applique pas vraiment à Olivier. Pas plus qu’à la vaste majorité des gens, d’ailleurs. En mêlant habilement l’intime et le social, Guillaume Senez propose un portrait vibrant et subtil de la vie contemporaine en évoquant à la fois les grands drames existentiels et le vécu au quotidien d’une famille de classe moyenne.

Tout semble subitement se dérober sous les pieds d’Olivier (Romain Duris dans l’un de ses meilleurs rôles). Sur le plan intime, il doit complètement réorganiser sa vie le jour où sa femme (Lucie Debay) le quitte de façon complètement inattendue. Cette partie, dans laquelle Olivier doit jouer un nouveau rôle dans la vie quotidienne de ses enfants, n’est d’ailleurs pas sans rappeler, 40 ans plus tard, la prémisse de Kramer Vs. Kramer.

Sur le plan professionnel, l’entreprise d’achats en ligne pour laquelle il travaille à titre de chef d’équipe est frappée par le suicide d’un employé d’âge plus mûr, que l’on s’apprêtait à congédier pour cause de vieillesse et de sous-performance, même si Olivier l’avait pourtant défendu ardemment auprès de la direction.

Au portrait intime, Guillaume Senez, qui signe ici un deuxième long métrage après Keeper (toujours inédit chez nous), ajoute une illustration réaliste du monde du travail, à son aspect implacable autant qu’à la fragilisation de ceux qui en subissent la pression.

Malgré ce que l’histoire pourrait laisser croire, Nos batailles, lancé à la Semaine de la critique du Festival de Cannes, est un film tonique, dans lequel les rapports humains sont dépeints de façon très juste.

Critique

Le Grincheux sympathique

Film d’animation
The Grinch
(V.F. : Le Grincheux)
Scott Mosier et Yarrow Cheney
Avec les voix de Benedict Cumberbatch, Cameron Seely, Rashida Jones
1 h 45
3 étoiles et demie

Synopsis

Le Grincheux vit isolé dans une grotte avec, comme seul compagnon, son chien Max. Lorsque approche la fête de Noël, qu’il déteste tant, il décide de la voler.

À la veille de Noël, quand tous les rêves sont possibles, Cindy Lou Chou (Cameron Seely) souhaite de tout cœur que le père Noël puisse aider sa mère, une femme qui travaille la nuit et s’occupe seule de ses trois enfants le jour. Cette petite fille vaut à elle seule le visionnement de ce long métrage d’animation d’Illumination Entertainment (Minions, Despicable Me) ; elle est très drôle, débrouillarde, ingénieuse, aimante, fonceuse, et on en passe. Un beau personnage féminin.

Ce film n’apporte rien de bien nouveau à l’univers de Dr. Seuss, mais comme un buffet de Noël, il est réconfortant. Pharrell Williams est particulièrement bon comme narrateur de ce joli conte, qui fait du bien au cœur. Et surtout, qui est très drôle. Sauf que les bonnes valeurs sont parfois un peu trop surlignées : Noël, ce n’est pas la fête des cadeaux, mais bien la célébration de la famille, de l’amour, de l’amitié… alouette !

Un autre aspect qui peut légèrement décevoir est ce fameux Grincheux, qui est moins grognon que par le passé. Il va jusqu’à dormir dans son petit lit avec une reine obèse et son chien. Oui, le bonhomme vert au sourire vers le bas a finalement un grand cœur. Dans la version française, Marc Labrèche prête sa voix à ce personnage qui déteste Noël.

Que ce soit pour les enfants ou les parents, il s’agit d’un sympathique film, d’une bonne qualité d’animation, qui pourrait devenir un rituel dans certaines familles, à chaque période des Fêtes.

Critique

Bien, mais un peu sage

Drame
Boy Erased
(V.F. : Garçon effacé)
Joel Edgerton
Avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe
1 h 54
3 étoiles

SYNOPSIS

Le jour où il annonce à ses parents qu’il a des tendances homosexuelles, un jeune homme, fils d’un pasteur dans une petite ville américaine, fait face à un ultimatum : soit il suit une thérapie de conversion, soit il quitte son patelin en renonçant à sa foi, complètement rejeté par sa famille.

Il est pratiquement impossible de dissocier Boy Erased de The Miseducation of Cameron Post, vu précédemment cette année. Comme quelque chose de l’air du temps. Deux choses les distinguent pourtant. Le Jared du film de Joel Edgerton (incarné par Lucas Hedges) est un jeune homme déchiré dans sa chair et dans sa foi, contrairement à Cameron, la jeune fille du film de Desiree Akhavan. Il en résulte une dynamique fort différente.

En s’inspirant du récit autobiographique de Garrard Conley, qui a lui-même dû suivre dans sa jeunesse une thérapie de conversion visant à changer son orientation sexuelle, Joel Edgerton propose une vision qui tend à donner le bénéfice du doute à tous les personnages, y compris Jared lui-même. Nourri aux valeurs ultraconservatrices et religieuses dès son plus jeune âge, le garçon vise la « normalité », ou du moins la conception qu’en a le milieu dans lequel il vit. Dans son esprit, ce concept exclut d’emblée toute tendance homosexuelle. D’où son déchirement.

À l’arrivée, la notion même de thérapie de conversion est dénoncée, notamment par une mère (Nicole Kidman) qui remet en question les méthodes utilisées, mais il aurait été intéressant de creuser davantage l’aspect psychologique – plutôt opaque – du personnage qu’incarne Lucas Hedges, un jeune acteur révélé grâce à Manchester by the Sea. La mise en scène est aussi un peu sage.

Signalons cependant la présence dans ce film de Théodore Pellerin, qui perce l’écran dans un rôle court, mais crucial, de même que celle de Xavier Dolan, convaincant dans le rôle d’un patient forcé à suivre la même thérapie.

Critique

Danse macabre

Drame d’horreur
Suspiria
Luca Guadagnino
Avec Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth, Chloë Grace Moretz
2 h 32
3 étoiles

Synopsis

Une jeune Américaine (Dakota Johnson) est admise à une école de danse réputée située à Berlin, en 1977, et est prise sous l’aile de Mme Blanc (Tilda Swinton), une chorégraphe célèbre. Dès son arrivée, elle constate que les autres danseuses sont affolées par la disparition mystérieuse de l’une d’entre elles, Patricia. Peu à peu, d’étranges événements surviennent. 

Ceux qui aiment les habituels drames de mœurs de Luca Guadagnino risquent d’être sérieusement troublés par Suspiria. Le réalisateur italien de Call Me by Your Name s’est attaqué au remake du classique baroque du fantastique d’horreur de Dario Argento et premier volet (1977) de sa Trilogie des enfers. Une version, plus insidieuse que terrifiante, qui prend ses distances de l’original – une bonne idée –, mais qui ne réussit pas à atteindre les hauteurs de ses ambitions esthétiques et thématiques. 

Le spectateur assiste aux révélations de Patricia au docteur Josef Klemperer (encore Swinton, méconnaissable). L’école serait sous le contrôle de sorcières menées par Mère Markos. Le psychothérapeute est d’abord sceptique, croyant la danseuse en proie au délire. Son enquête sème le doute dans son esprit jusqu’à ce qu’il assiste à la représentation de la pièce Volk à l’Académie, dont la musique est une gracieuseté de Thom Yorke, compositeur de l’inquiétante trame sonore. Ce moment est un morceau de bravoure de danse contemporaine et de cinéma – la réalisation est hypnotique dans ses mouvements de caméra élaborés. Mais il ne parvient pas à sauver l’ensemble de sa lourdeur et de ses maladresses. 

Suspiria, qui s’apparente beaucoup plus au drame psychologique que d’horreur, reste chargé d’une forte teneur symbolique – nous sommes ici dans le domaine du geste créatif fort. Même à moitié réussie, il s’agit d’une œuvre cinématographique et non d’un vulgaire divertissement. Mais ce n’est absolument pas un film pour tout le monde. Cœurs sensibles, s’abstenir.

Critique

À prendre ou à laisser

Drame d’horreur
Overlord
Julius Avery
Avec Jovan Adepo, Wyatt Russell, Mathilde Ollivier
1 h 49
3 étoiles

SYNOPSIS

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, alors que la première phase du débarquement de Normandie se déploie, des parachutistes alliés se retrouvent derrière les lignes ennemies. Ils découvriront que les soldats allemands mènent d’horribles expériences pour former des soldats pratiquement indestructibles et pouvant vivre mille ans.

En ce week-end marquant le centenaire de l’Armistice et à quelques mois du 75e anniversaire du débarquement de Normandie, l’arrivée de ce long métrage où drame de guerre et film d’horreur se télescopent n’est pas fortuite. Mais est-elle pour autant nécessaire ? Cela dépend du point de vue que l’on adopte.

Les adeptes des films de guerre, d’horreur et d’action y trouveront assurément leur compte. Car des bagarres, des bombes, de la mitraille, des morts, des corps démembrés, de l’hémoglobine, des visages difformes, il en pleut autant que des obus sur les plages du Cotentin le matin du 6 juin 1944.

Mais, surtout, tous ces éléments sont saucissonnés dans un film au rythme ahurissant, sans aucun temps mort ou flottement. La scène d’ouverture, où les avions transportant les parachutistes américains se font canarder à qui mieux mieux, est un moment d’anthologie. Cette scène est convaincante à tous points de vue.

Si on se place par contre du côté des puristes et des analystes du septième art, le film fait la collection de plusieurs couacs. Certains éléments historiques sont très discutables (il y avait ségrégation et non intégration des soldats noirs à l’époque), le scénario est prévisible à souhait et frôle parfois la guimauve. Certains montages, dont la scène où la jeune Française Chloé (Mathilde Ollivier) grille un soldat allemand au lance-flammes, sont risibles et dignes d’un épisode de Rambo.

On prendra donc le film pour ce qu’il est : un bon divertissement.

Les autres sorties

Drame

Happy Face

(V.F. : La tyrannie de la beauté)

Alexandre Franchi 

Avec Debbie Lynch-White, Robin L’Houmeau, Noémie Kocher

1 h 40

Thriller

The Girl in the Spider’s Web

(V.F. : Millenium – Ce qui ne me tue pas)

Fede Álvarez

Avec Claire Foy, Lakeith Stanfield, Sylvia Hoeks

1 h 57

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