DÉCRYPTAGE

La question qui tue

NEW YORK — « Travaillez-vous actuellement ou avez-vous déjà travaillé pour la Russie ? »

Samedi soir, l’animatrice de Fox News Jeanine Pirro a posé cette question extraordinaire au président des États-Unis. Vingt-quatre heures plus tôt, le New York Times avait publié une exclusivité coiffée d’un titre qui passera à l’histoire, peu importe la suite des choses : « Le FBI a ouvert une enquête pour déterminer si Trump travaillait secrètement pour la Russie ».

« Je pense que c’est la chose la plus insultante que l’on m’ait jamais demandée », a déclaré Donald Trump à son amie new-yorkaise au début d’une logorrhée de plus de deux minutes au cours de laquelle il n’a jamais répondu directement à la question, pas plus qu’il ne l’avait fait le matin même dans une série de tweets rageurs.

« Je pense que c’est une grande insulte et le New York Times est un désastre », a-t-il renchéri après avoir fébrilement attaqué James Comey et ses anciens collègues du FBI, dénoncé l’enquête sur les courriels d’Hillary Clinton, vanté sa fermeté vis-à-vis de la Russie et salué les exportations pétrolières des États-Unis qui ne sont pas susceptibles, d’après lui, de faire plaisir aux Russes.

En percevant l’exclusivité du Times comme une insulte personnelle, Donald Trump a trahi un des traits les plus connus de sa personnalité : sa vanité. 

Or, comme tous les experts du contre-espionnage le répètent, la Russie est passée maître dans l’art de recruter des collaborateurs ou des agents à l’étranger en exploitant leur vanité et leur cupidité, entre autres.

Vladimir Poutine, ex-colonel du KGB, n’a d’ailleurs jamais raté l’occasion de complimenter Donald Trump. Lors de sa conférence de fin d’année en décembre 2015, il avait comblé d’aise le candidat républicain à la présidence en disant de lui qu’il avait « beaucoup d’intelligence et de talent ». Mais il n’était pas le premier responsable de son pays à chercher à flatter l’ego du promoteur immobilier de New York.

En 1987, l’ambassadeur de l’Union soviétique auprès de l’ONU, Yuri Duninin, a organisé le premier voyage de Donald Trump à Moscou après s’être rendu à la Trump Tower dès sa toute première visite à New York, un an plus tôt. Selon la fille du diplomate, Natalia Dubinina, il a fait « fondre » son hôte en lui disant : « La première chose que j’aie vue dans votre ville, c’est votre tour ! »

Dans le best-seller The Art of the Deal, Donald Trump a évoqué cette visite : « De fil en aiguille, je me suis trouvé à parler [avec Duninin] de la possibilité de construire un grand hôtel de luxe en face du Kremlin en collaboration avec le gouvernement soviétique. »

Le projet n’a jamais vu le jour. Mais Donald Trump est revenu de son premier voyage à Moscou, en juillet 1987, avec certaines idées qu’il continue à défendre aujourd’hui. Manifestant pour la première fois des ambitions présidentielles, il avait payé 100 000 $ pour des publicités pleine page dans le New York Times, le Washington Post et le Boston Globe accusant certains alliés de son pays, dont le Japon, de s’en remettre aux États-Unis pour la défense de leur territoire. L’achat de ces publicités avait été orchestré par le mentor politique de Donald Trump, le sulfureux Roger Stone. À l’époque, ce dernier était partenaire dans un cabinet de lobbying avec un certain Paul Manafort, futur président de la campagne présidentielle de Donald Trump.

Que s’est-il passé en 1987 lors du premier voyage de Donald Trump à Moscou ? Dans House of Trump, House of Putin, un livre publié en août dernier, le journaliste d’enquête Craig Unger soulève la possibilité que le Kremlin détienne depuis cette visite un « kompromat » – un dossier compromettant – sur le futur président des États-Unis.

Dans le même ouvrage, Craig Unger décrit par ailleurs la Trump Tower comme une « cathédrale du blanchiment d’argent » où, dès 1984, un mafieux russe a offert au promoteur immobilier 6 millions de dollars en argent comptant pour l’achat de cinq condos. L’auteur a recensé des centaines de transactions semblables au cours des trois dernières décennies grâce auxquelles environ 1300 condos de la Trump Organization ont servi à blanchir de l’argent sale provenant des pays de l’ex-URSS.

Des transactions qui, toujours selon Craig Unger, ont fait de Donald Trump un collaborateur (asset) de Vladimir Poutine et de son gouvernement, en raison des frontières poreuses entre la mafia et le renseignement russes.

Donald Trump travaille-t-il actuellement ou a-t-il déjà travaillé pour la Russie ? Une des phrases à retenir de l’article du New York Times sur l’enquête de contre-espionnage visant le président des États-Unis est la suivante : « Aucune preuve n’est venue publiquement confirmer que M. Trump a été en contact avec ou a suivi les directives de responsables du gouvernement russe. »

Ou bien cette preuve est inexistante, ou bien elle demeure en possession du procureur spécial chargé de l’enquête russe, Robert Mueller, qui a hérité de l’investigation ouverte par le FBI avec l’aval du ministère de la Justice dirigé par deux républicains, Jeff Sessions et Rod Rosenstein.

Et si les États-Unis étaient dirigés par un traître ? C’est la question qui tue.

SHUTDOWN

Un allié de Trump lui demande de rouvrir le gouvernement

WASHINGTON — Un allié du président Donald Trump l’encourage à rouvrir le gouvernement pour quelques semaines, pendant les négociations avec les démocrates sur le financement du fameux mur à la frontière américano-mexicaine, avant d’en arriver à l’option de dernier recours qui est de déclarer une urgence nationale.

Il pourrait toutefois s’agir d’une vue de l’esprit, car le sénateur républicain de la Caroline du Sud Lindsey Graham a lui-même rappelé que le président Trump voulait arriver à une entente avant de rouvrir les départements américains touchés par la paralysie gouvernementale.

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, négociatrice en chef des démocrates, insiste pour d’abord rouvrir le gouvernement.

L’impasse sur le financement du mur a mené à une paralysie partielle du gouvernement qui a atteint son 23e jour, hier, sans qu’il y ait de fin en vue.

M. Graham croit que Donald Trump est près de tourner le dos à l’idée d’une entente négociée, mais il l’a d’abord exhorté à rouvrir le gouvernement « pour une courte période de temps, du genre trois semaines », pour voir si un accord est à portée de main.

Si les partis ne peuvent arriver à une entente en trois semaines, alors « rien ne va plus », a-t-il ajouté.

M. Graham avait encouragé publiquement le président à se prévaloir de son autorité pour déclarer une urgence nationale. Cela permettrait à M. Trump de court-circuiter le Congrès et de piger dans certaines enveloppes gouvernementales, dont celles de la construction militaire et du secours aux sinistrés, pour payer son mur.

Donald Trump a maintenu le mystère sur la possibilité qu’il prenne cette décision. Il paraissait résolu à utiliser cette avenue, mais il a reculé. Le président a répété à maintes reprises qu’il préférait arriver à une entente avec le Congrès.

L’option législative « en train de se fermer »

Une question subsiste toutefois : combien de temps le président laissera-t-il aux élus ? Lindsey Graham dit avoir parlé au président hier matin, et a affirmé que l’option législative « était en train de se fermer ».

Les démocrates s’opposent bien évidemment à cette solution, mais ils ne semblent disposer d’aucun moyen pour la bloquer. Certains républicains craignent également qu’un futur président démocrate n’utilise ce même pouvoir. Et une telle option serait presque certainement contestée devant les tribunaux.

Le sénateur démocrate Chris Coons a salué la suggestion de son collègue républicain.

« Je crois qu’en rouvrant le gouvernement, si le gouvernement met fin à cette crise de paralysie gouvernementale, nous avons des gens qui peuvent négocier pour un investissement dans une technologie responsable et moderne qui accroîtra vraiment la sécurité », a-t-il soutenu.

Donald Trump martèle que la sécurité ne peut être assurée sans un mur.

Des contrôleurs aériens canadiens offrent de la pizza à leurs collègues américains

Des contrôleurs aériens canadiens achètent des pizzas à leurs homologues américains en signe de soutien dans le contexte de la paralysie partielle du gouvernement américain. Peter Duffey, président de l’Association canadienne du contrôle du trafic aérien (ACCTA), a affirmé que l’initiative a été lancée lorsque des employés du centre de contrôle d’Edmonton ont décidé de recueillir de l’argent pour acheter des pizzas aux contrôleurs à Anchorage, en Alaska. D’autres installations à travers le Canada ont décidé de se joindre au mouvement et l’idée a fait boule de neige. M. Duffey estimait dimanche après-midi que quelque 300 pizzas avaient été reçues par les contrôleurs américains dans 36 établissements. Quelque 10 000 contrôleurs américains travaillent sans rémunération depuis la fin décembre en raison de la paralysie partielle du gouvernement fédéral.

— La Presse canadienne

Attaque à Bagdad en 2018

La Maison-Blanche a requis des options militaires contre l’Iran

La Maison-Blanche a inquiété le Pentagone en demandant aux militaires des plans pour lancer des frappes sur l’Iran peu après des incidents attribués à des milices pro-iraniennes en septembre dernier en Irak, selon le Wall Street Journal. Trois obus de mortier s’étaient abattus le 7 septembre sur l’ultra-sécurisée zone verte de Bagdad, où siègent les autorités irakiennes et l’ambassade des États-Unis. Washington avait attribué cette attaque, qui n’avait fait ni victimes ni dégâts, à des milices pro-iraniennes. Le Conseil de sécurité nationale de la présidence, dirigé par John Bolton, avait alors « demandé au Pentagone de fournir à la Maison-Blanche des options militaires pour frapper l’Iran », indiquait hier le Wall Street Journal, citant des responsables et ex-responsables du gouvernement américain non identifiés. Le Pentagone a répondu à la demande de l’exécutif, selon ces responsables, qui n’ont pas précisé si des options militaires ont été présentées à la Maison-Blanche ni si Donald Trump lui-même en avait été informé. — Agence France-Presse

Gazoduc germano-russe

Washington hausse le ton

Les États-Unis ont accru la pression contre un projet controversé de gazoduc germano-russe, devenu une pomme de discorde énergétique et diplomatique majeure opposant l’administration Trump à Moscou et plusieurs pays européens, dont l’Allemagne et la France. L’ambassadeur des États-Unis à Berlin Richard Grenell, proche du président américain Donald Trump, a menacé directement par courrier les entreprises allemandes impliquées dans le projet de sanctions de la part des États-Unis. En jeu : le projet en cours de gazoduc Nord Stream 2, qui doit permettre d’augmenter les livraisons directes de gaz russe à l’Allemagne et au reste de l’Europe en passant par la mer Baltique et donc en contournant l’Ukraine, principal point de passage jusqu’ici. Ses promoteurs soupçonnent les États-Unis de surtout chercher à vendre leur propre gaz aux Européens. Ses détracteurs jugent que le projet Nord Stream vise à la fois, pour Moscou, à isoler un peu plus l’Ukraine, avec qui il est en conflit depuis des années, et à rendre l’Europe dépendante sur le plan énergétique. — Agence France-Presse

Un juge bloque des règles anticontraceptives de l’administration Trump

Un juge fédéral en Californie a bloqué hier les règles administratives qui permettaient à plus d’employeurs de refuser de prendre en charge les moyens de contraception dans la couverture santé de leurs employées. Le juge Haywood Gilliam a accordé une injonction provisoire à 13 États et au district de Columbia. Les plaignants veulent empêcher que ces règles entrent en vigueur comme prévu aujourd’hui pendant qu’elles sont contestées devant la justice. M. Gilliam a limité la portée de la décision aux seuls territoires des plaignants, rejetant leur demande de bloquer les règles à l’échelle nationale. Les modifications permettent à davantage d’employeurs, y compris des sociétés cotées en Bourse, de ne pas fournir aux femmes une couverture contraceptive gratuite en invoquant des objections religieuses. Certains employeurs privés pourraient également s’opposer pour des raisons morales. — Associated Press

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.