69e Berlinale

Ils s’envolent pour Berlin

Denis Côté lancera lundi en primeur mondiale Répertoire des villes disparues, sélectionné dans la compétition officielle de la 69e Berlinale. Geneviève Dulude-De Celles présentera de son côté Une colonie à un public international pour la première fois, à la faveur d’une sélection dans la section Génération Kplus. L’un et l’autre seront déjà en terrain connu.

Denis Côté, le vétéran

Trois ans après Boris sans Béatrice, Denis Côté aura l’honneur de concourir pour l’Ours d’or, le prix le plus prestigieux de la Berlinale, pour la troisième fois. En 2013, Vic + Flo ont vu un ours lui a en outre valu le prix Alfred Bauer, remis au film le plus novateur de la compétition. Révélé sur la scène internationale en 2005 au festival de Locarno, où son premier film, Les États nordiques, avait obtenu le Léopard d’or (section vidéo), le cinéaste québécois se retrouve aussi en territoire familier à Berlin.

« On ne choisit pas vraiment où on va, on ne calcule pas non plus, fait remarquer le cinéaste. C’est plutôt à qui va défendre ta signature, à qui va défendre ton cinéma. On se réfugie là où on nous apprécie. J’ai une très belle histoire avec Locarno et, depuis 2013, avec Berlin aussi.

« Si je regarde la programmation de la Berlinale dans son ensemble, poursuit-il, il est certain que je partage davantage une communauté d’esprit avec la section Forum, où l’on retrouve des films un peu plus edgy. D’ailleurs, j’avoue avoir été vraiment surpris la première fois qu’on m’a proposé la compétition officielle, réputée pour présenter des films à forte connotation sociale et politique. Cela dit, le directeur Dieter Kosslick, dont c’est la dernière année à la tête du festival, est très critiqué chez lui. Il faut dire que Berlin étant le premier grand festival compétitif de l’année, il n’est pas dit non plus que toutes les pointures du monde se précipitent pour y soumettre un film alors que le Festival de Cannes a lieu à peine trois mois plus tard. »

Ayant été invité dans de nombreux festivals, Denis Côté apprécie l’aspect pratique d’un festival urbain, facilement accessible.

« Berlin est une ville confortable, dit-il. C’est niaiseux à dire, mais ça tient aussi à la capacité à se loger, à la facilité d’organisation du festival, aux distances entre les différents points de rendez-vous. On se déplace facilement en métro, on peut rayonner partout. Et puis, le fait d’être en compétition rend évidemment cet aspect des choses plus facile. La Berlinale a aussi une réputation extraordinaire pour les affaires qui se déroulent au Marché du film. Je ne suis pas différent des autres, je rêve de Cannes aussi, mais Berlin est un bel endroit pour rebondir. D’autant que tous les programmateurs de festival sont là. Il y aura sept projections de Répertoire des villes disparues en tout, il est certain qu’il sera vu. C’est un bel équilibre, je trouve. Et je m’entends très bien avec les Allemands ! »

Geneviève Dulude-De Celles, en confiance

Même si Une colonie est son tout premier long métrage de fiction, Geneviève Dulude-De Celles n’est pas une recrue sur le circuit des festivals. En 2014, son court métrage La coupe a été sélectionné au Festival de Sundance et a même remporté le grand prix du jury dans la catégorie des fictions internationales. La cinéaste s’amène à Berlin déjà forte d’un bel appui critique (Une colonie est à l’affiche au Québec depuis le 1er février), et de prix glanés autant au Festival de cinéma de la ville de Québec (Grand Prix du jury et prix du public) qu’au Festival de Whistler, où son film a été récompensé trois fois (meilleur film, meilleure réalisation, meilleure actrice – Émilie Bierre).

« J’ai déjà eu la chance d’aller à la Berlinale en 2016, car j’ai participé à Berlinale Talents, un programme consacré à de jeunes artisans, invités à suivre une semaine intensive de formation. J’aime ce festival, sa philosophie, et j’aime la ville. J’ai aussi pu constater qu’il y a de grandes salles de cinéma à Berlin ! »

Une colonie, rappelons-le, est sélectionné dans le programme Génération Kplus. Cette section compétitive est constituée de films abordant des thèmes liés à la jeunesse. Le film de Geneviève Dulude-De Celles, qui raconte le parcours d’une jeune fille de 12 ans amorçant ses études secondaires, s’inscrit parfaitement dans ce créneau.

« Ce qu’il y a de formidable avec cette section, c’est qu’elle donne ses lettres de noblesse à un genre – le “coming of age” – qui, dans les autres festivals, est plus rarement représenté. À Berlin, on célèbre ça, grâce à une section qui s’adresse autant aux adultes qu’aux enfants et aux ados. Je ressens une certaine nervosité à l’idée de présenter un film une toute première fois à un public international, mais j’ai déjà vécu cette fébrilité à Québec, où Une colonie a été lancé. J’y vais avec une certaine confiance, mais j’avoue quand même m’inquiéter un peu à l’idée que mon film sera présenté dans une salle de 1018 places ! »

Ils y seront aussi 

Diane Lavallée

Dans Répertoire des villes disparues, Diane Lavallée incarne la mairesse d’un petit village qui a tendance au repli après avoir vécu un drame mystérieux. « Je vivrai ce genre d’expérience pour la toute première fois ! lance-t-elle. J’entrevois quelque chose de très joyeux, très beau, très lumineux. Et je sais que Denis Côté est très apprécié là-bas, très aimé. Je suis allée voir sur l’internet les tapis rouges auxquels il a déjà participé à Berlin, et j’avoue que ça semble assez spécial, au beau milieu de février. Une fois le film tourné, moi, je ne peux que profiter de tout ça. Deux jours après, je serai au théâtre à Valleyfield dans TOC TOC, une pièce de Laurent Baffie avec laquelle on fait une tournée ! Donc, je ne suis que dans l’excitation, sans vraiment le stress. J’ai seulement hâte de revoir le film dans un tel contexte ! »

Robert Naylor

Dans le film de Denis Côté, l’acteur se glisse dans la peau d’un jeune homme dont la vie bascule à cause d’un drame survenu dans sa famille. « Je suis allé au festival en 2015, car je faisais partie de la distribution d’Every Thing Will Be Fine, le film que Wim Wenders a tourné dans les environs de Montréal. Il a été lancé là-bas en primeur mondiale, hors compétition. C’était une grosse affaire, évidemment. Là, je sais un peu à quoi m’attendre. Je me sens d’ailleurs un peu comme un vétéran ! Ça va être le fun, c’est excitant ! »

Larissa Corriveau

Grâce à son personnage de jeune femme qui ressent les choses différemment de ses concitoyens, Larissa Corriveau est la révélation de Répertoire des villes disparues. L’actrice est aussi réalisatrice et poétesse. « J’ai déjà eu l’occasion de fréquenter quelques festivals de cinéma grâce à mes courts métrages, mais jamais de l’envergure de Berlin. Ce qui me frappe d’abord est la diversité de la programmation. Beaucoup de films éveillent ma curiosité, et l’idée de pouvoir aller les voir m’excite beaucoup. Le côté glamour de l’événement m’intrigue moins, mais j’avoue que vivre un tapis rouge en plein cœur de février avec Denis Côté, ça risque d’être drôle ! »

Émilie Bierre et Jason Whiteduck-Lavoie

Les deux jeunes vedettes d’Une colonie seront aussi de la fête. D’ailleurs, pas moins de 21 personnes liées au film de Geneviève Dulude-De Celles, y compris des membres des familles des jeunes acteurs, feront le voyage. « Je suis très excitée à l’idée d’aller à Berlin ! indique Émilie Bierre. J’ai hâte de me retrouver là-bas, surtout que c’est ma toute première expérience du genre. Depuis le lancement du film, on a seulement droit à de belles surprises ! »

« Moi, en fait, je ne suis jamais allé en Europe ! remarque de son côté Jason Whiteduck-Lavoie. J’ai regardé des images du festival de Berlin et ça a l’air énorme. J’ai vraiment hâte, mais je suis un petit peu nerveux. Au moment du tournage, j’avais l’impression de tourner un très bon film, mais de là à aller à Berlin ? Je suis époustouflé ! »

Plusieurs pointures

Seulement 17 longs métrages sont en lice pour l’Ours d’or, que décernera un jury présidé par Juliette Binoche. Outre Répertoire des villes disparues de Denis Côté, on trouve dans la compétition officielle les plus récentes offrandes de Lone Scherfig (The Kindness of Strangers a ouvert le festival hier), Zhang Yimou (One Second), François Ozon (Grâce à Dieu), Fatih Akin (The Golden Glove), Isabel Coixet (Elisa & Marcela), Agnieszka Holland (Mr. Jones) et Hans Petter Moland (Out Stealing Horses). Plusieurs longs métrages y sont aussi présentés hors compétition, parmi lesquels L’adieu à la nuit, d’André Téchiné, dont la tête d’affiche est Catherine Deneuve, Varda par Agnès, le nouvel opus de la vénérée cinéaste, Amazing Grace, un documentaire sur la regrettée Aretha Franklin, sans oublier Vice, d’Adam McKay, qui amorcera sa carrière allemande à la Berlinale.

La 69e Berlinale se poursuit jusqu’au 17 février.

Notre journaliste se rend aujourd’hui à Berlin. Nous vous invitons à lire ses reportages au cours des prochains jours.

Trois courts métrages québécois

Oh Corbeau ! Oh Corbeau !

Réalisé par le cinéaste français Pierre Garcia-Rennes, ce film d’animation a été produit par le studio montréalais Byebye Bambi. Il est sélectionné dans la section des courts métrages de la section Génération Kplus.

Les petites vagues

Après La peau sauvage, Ariane Louis-Seize poursuit dans la même veine avec Les petites vagues. Ce court métrage s’amène à Berlin (dans la section Génération Kplus) après avoir été lancé au festival de Toronto l’an dernier, et après avoir été présenté aux festivals de Québec, Calgary, Whistler et de l’Acadie.

Juste moi et toi

Comptant déjà plusieurs courts métrages à son actif, Sandrine Brodeur-Desrosiers présentera à Berlin, dans le programme Génération plus, son plus récent film. Juste moi et toi raconte un road trip entre Montréal et le Mexique, qu’une fillette de 8 ans entreprend avec son père dans un immense camion 18 roues.

— Marc-André Lussier, La Presse

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