Il y a 100 ans, le baseball majeur ratait son coup à Montréal

Non, les Expos n’ont pas disputé le premier match du baseball majeur à Montréal. Il y a 100 ans, la Ligue nationale y a présenté deux matchs dans un hippodrome. Et ça ne s’est pas très bien passé…

LE CONTEXTE

Juillet 1918. La Première Guerre mondiale ravage l’Europe. Depuis un an, des milliers de soldats américains sont morts au front dans la campagne française.

Personne aux États-Unis n’a vraiment la tête au baseball. Des joueurs étoiles comme Grover Cleveland Alexander et Harry Heilmann entrent au service de l’armée.

Les appels pour l’annulation de la saison se multiplient. Les propriétaires résistent. Puis le ministre de la Guerre tranche : dans les prochains mois, ce sera « work or fight », au travail ou au combat. Il est anormal, juge-t-il, que de jeunes hommes en santé comme les joueurs de baseball ne mettent pas leur talent athlétique au service de leur pays.

Sans surprise, les stades de baseball se vident. Moins de 3000 spectateurs assistent aux matchs des Braves de Boston. La franchise est en déroute. D’où l’idée de jouer un match par semaine à Montréal.

POURQUOI MONTRÉAL ?

Le projet séduit. Montréal est alors l’une des 10 plus grandes villes d’Amérique du Nord.

Le baseball y est solidement implanté depuis un demi-siècle. L’automne, des vedettes comme Ty Cobb viennent souvent jouer des matchs hors-concours. Les Royaux ont connu du succès dans les ligues mineures avant de cesser leurs activités en 1917.

Le lundi 22 juillet, la Ligue nationale annonce qu’un match de la saison « régulière » sera disputé le dimanche suivant à l’hippodrome Delorimier (dans le quadrilatère où se trouve aujourd’hui le centre de réadaptation Lucie-Bruneau). Les amateurs de baseball de la province s’emballent. Si les fans sont nombreux au rendez-vous, les Braves promettent de jouer chaque dimanche à Montréal jusqu’à la fin de la saison.

« La demande est énorme. Des centaines de sièges ont été retenus par le télégraphe, la malle ou le téléphone à Ottawa, Trois-Rivières, Sherbrooke, Farnham, Saint-Hyacinthe […]. On comprend l’importance de cet événement. »

— Extrait d’un article paru dans La Presse

LE PREMIER MATCH

Pour ce match qualifié d’« historique » par les quotidiens montréalais, les Braves de Boston reçoivent les Cubs de Chicago, premiers au classement.

Comme prévu, l’événement est un succès aux guichets ; plus de 5000 spectateurs achètent des billets. Mais sur le terrain, le spectacle est désolant. Plusieurs joueurs de l’alignement habituel ne font pas le voyage. Les Braves remportent un duel sans conviction lorsqu’un lanceur recrue des Cubs donne deux buts sur balles avec les buts remplis en fin de neuvième manche. Les spectateurs manifestent bruyamment leur mécontentement et quittent le stade, frustrés. La partie ne comptera finalement pas au classement.

LE DEUXIÈME MATCH

Le match ayant déçu amèrement les partisans, la poursuite de l’aventure s’annonce incertaine. Un journaliste du quotidien Le Canada dit préférer encourager les amateurs de la ligue de la Cité aux professionnels des États-Unis. Des hommes d’affaires locaux parviennent néanmoins à convaincre les Braves de revenir le dimanche suivant, le 4 août, pour une partie hors-concours contre les puissants Reds de Cincinnati, gérés par la légende Christy Mathewson.

Les deux équipes promettent d’aligner leurs meilleurs joueurs. Les partisans ne les croient pas. Seulement 2000 personnes se rendent à l’hippodrome. Les Reds remportent 11-6 « une partie à la Barnum », titre La Patrie, en référence au populaire cirque.

« Cette partie a été loin de plaire à plusieurs, qui ont blâmé hautement le trop visible laisser-aller des joueurs, ajoute le journaliste. Il nous semble que les clubs des ligues majeures devraient se comporter plus décemment envers le public montréalais dont ils sont bien heureux d’empocher l’argent. Une partie comme [celle-là] contribue à tuer le sport plutôt qu’à le tenir en honneur. Ce n’est pas à traiter les amateurs locaux de poires qu’on arrivera à développer le goût des sports à Montréal. »

L’avenir lui donnera raison. Il faudra attendre les Expos, plus d’un demi-siècle plus tard, avant que le baseball majeur ne présente une partie officielle à Montréal.

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