Éditorial François Cardinal

Le bâtisseur

Bernard Landry fut sans conteste un amoureux du Québec. Ce fut un homme de conviction et de culture, un progressiste et un nationaliste. Mais plus encore, Bernard Landry fut un des grands bâtisseurs du Québec moderne.

Né en 1937, Landry était beaucoup trop jeune au début des années 60 pour être un acteur à plein titre de la Révolution tranquille, mais il n’en a pas moins eu «un rôle de soutien», comme il a déjà dit.

En plus d’être à l’avant-scène de l’ébullition étudiante de l’époque, il n’a pas hésité, à 23 ans, à sillonner les campagnes du Québec afin de contribuer à l’élection des libéraux de Jean Lesage.

C’est ce qui a fait de lui un «révolutionnaire tranquille de justesse», comme il l'a écrit dans son livre La cause du Québec. Et c’est cet engagement qui, plus tard, a fait de lui le bâtisseur qu’il est devenu, contribuant à faire des Canadiens français de véritables Québécois.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que Landry fut, à titre de ministre d’État au Développement économique dans le cabinet de René Lévesque, l’auteur du tout premier énoncé de politique économique du Québec, en septembre 1979.

Un document qu’il avait choisi d’intituler Bâtir le Québec, traçant alors le fil conducteur d’une riche carrière politique qui lui permit justement de faire cela: contribuer à l’érection d’un État moderne, prospère et progressiste.

Qu’on soit d’accord ou non avec les convictions souverainistes de cet ancien premier ministre, un fait demeure: il a lui-même posé plusieurs des pierres qui ont servi à bâtir le Québec d’aujourd’hui.

Pensons à la Paix des braves, bien sûr, qui est plus qu’un traité signé avec le peuple cri en 2002. Il s’agit d’une vision de développement concerté qui a fait date, et qui sert encore aujourd’hui de référence pour quiconque travaille à une meilleure reconnaissance des Premières Nations.

Pensons au développement du multimédia, un geste visionnaire à l’époque dont profite encore pleinement Montréal aujourd’hui. L’aide fiscale aux entreprises technologiques lui aura survécu, ayant été à l’origine de la place enviable que le Québec a pu se tailler dans un secteur d’avenir.

Ou pensons à son combat en faveur de l’Accord de libre-échange nord-américain dans les années 80. Il y voyait à la fois une occasion pour le Québec et un antidote contre le protectionnisme du voisin du Sud, «aussi américain que la tarte aux pommes», disait-il.

Bernard Landry fut, d’évidence, un homme de vision. Il a su mettre ses grandes connaissances économiques au profit du Québec. Il a su mettre son amour du Québec au profit des Québécois.

Il laisse derrière lui un legs qui aura permis au Québec d’être ce qu’il est aujourd’hui.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.