À la recherche de perles rares au Repêchage de la LNH

Dans l’univers du hockey, peu de situations incitent à se jeter dans l’inconnu autant que le Repêchage de la LNH.

C’est l’exemple parfait du « et si ».

Chaque année, plus de 200 joueurs sont choisis par des équipes, dans une ligue qui ne détient que tout juste 700 postes à combler. De par sa nature, le Repêchage provoque une collision entre la nouvelle garde et l’ancienne, menant à batailles corsées lors du camp d’entraînement, frustration et, dans certains cas, histoires de persévérance et d’excellence de certains choix tardifs.

Il s’agit d’une science inexacte, mais depuis qu’il a pris les rênes à la tête du recrutement des Canadiens de Montréal en 2003, Trevor Timmins, maintenant directeur général adjoint, et son équipe ont trouvé bon nombre de perles rares lors de tours tardifs au Repêchage, des joueurs ayant défié toutes attentes afin d’obtenir des postes très convoités dans la LNH.

Inutile de regarder bien loin; l’attaquant Jake Evans est l’exemple même des avantages - et des combats à mener - qui accompagnent le fait d’être un choix tardif.

Evans a passé la majeure partie du weekend du Repêchage à rafraîchir avec entrain la page de son ordinateur pour voir quelle équipe de la LNH en viendrait à appeler son nom. Avec plusieurs clubs initialement intéressés à ses services, des murmures racontaient qu’il pourrait s’avérer un choix de deuxième, troisième ou quatrième tour. Alors que l’entrain se transformait en angoisse, Evans a regardé le nom de plus de 200 joueurs apparaître sur la liste de LNH.com avant que s’affiche le sien.

« À mi-chemin du septième tour, je suis sorti de chez moi, dit-il. J’en avais eu assez du Repêchage. Je croyais que c’était fini pour moi. »

Ce n’était pas fini. Loin de là.

C’est sa mère qui fut porteuse de bonne nouvelle, alors qu’Evans contemplait son futur depuis le terrain de basketball.

« C’était très excitant, raconte-t-il. Elle m’a dit que les Canadiens m’avaient choisi.

En grandissant au Canada, j’adorais regarder Montréal et Toronto jouer. Être repêché par les Canadiens m’a donné des frissons. C’était l’occasion de me joindre à une franchise de haut niveau. »

Il est vite passé de la déception à l’excitation, mais pas sans un soupçon de motivation.

« Regarder le Repêchage et te voir glisser, c’est frustrant », dit-il.

Et bien que sa motivation lui provenait d’une volonté de prouver aux équipes l’ayant ignoré qu’elles s’étaient trompées, il souhaitait également donner raison aux Canadiens.

Après une carrière à succès de quatre ans avec Notre Dame, dans la NCAA, Evans a fait ses débuts chez les professionnels en 2018-2019 avec le Rocket de Laval. Il a terminé au deuxième rang des marqueurs du club, tout en maintenant la juste réputation d’être une solide présence défensive en raison de son QI hockey élevé. La saison dernière, Evans a mené le Rocket au chapitre des points. Peu de temps après, il s’est joint aux Canadiens pour une audition fructueuse au sein du quatrième trio de la troupe de Claude Julien.

C’est la voie rapide, direction LNH, et il ne fait aucun doute qu’Evans a payé son dû avant qu’on ne lui accorde l’occasion de se faire valoir, illustrant ainsi la valeur de la patience chez les choix tardifs. Sans oublier que le lent, mais stable parcours permet aussi aux joueurs de développer les habiletés nécessaires pour survivre en tant que professionnel, tant sur la patinoire qu’à l’extérieur.

« Chaque année, à l’université, je devenais progressivement meilleur, dit-il. Être choisi si tard et ne pas avoir autant d’engouement, ça avait ses avantages. Évidemment, être repêché au premier tour, c’est génial, mais prendre mon temps était parfait pour moi. Il n’y avait pas trop d’attentes à mon égard. Chaque année, tu évolues un peu plus. Tu prends mieux soin de toi en tant que personne, tu acquiers plus d’expérience, au hockey comme dans la vie. C’est ce que le collège m’a permis de faire. »

Evans est loin d’être le seul joueur sélectionné par Timmins & cie lors des derniers tours à faire voler en éclats les attentes prérepêchage.

Brendan Gallagher, 147e choix au total en 2010, est devenu l’un des meilleurs marqueurs à 5-contre-5 de la LNH. Au cours des trois dernières saisons, seuls Alex Ovechkin (1er au total en 2004), Auston Matthews (1er au total en 2016), Connor McDavid (1er au total en 2015) et Nikita Kucherov (58e au total en 2011) ont inscrit davantage de buts à 5-contre-5 que l’attaquant des Canadiens. On entend souvent parler de l’éthique de travail de Gallagher, celle-là même qui nourrit ses aptitudes de marqueur d’élite. Ce facteur est indéniable. Mais il est impossible de te mesurer au calibre des meilleurs joueurs de la LNH sans un éventail d’habiletés très élevé et, dans le cas de Gallagher, sous-estimé.

Cayden Primeau, sélectionné au 199e rang en 2017, a terminé en beauté sa saison inaugurale avec le Rocket de Laval, méritant une place dans l’équipe All-Rookie de la LAH. Cette nouvelle n’a rien de surprenant pour toute personne ayant suivi son bref, mais triomphant passage avec l’université Northeastern, où il s’est emparé du prix Mike Richter à titre de meilleur gardien de la NCAA. Reste à voir si Primeau pourra égaler le niveau de jeu observé à Montréal chez un autre choix tardif, Jaroslav Halak. Mais, jusqu’à présent, tout semble indiquer que Primeau a le potentiel d’être un gardien partant dans la LNH. Halak, sélectionné lors du feu neuvième tour du Repêchage de 2003, a conclu son séjour à Montréal avec le deuxième pourcentage d’arrêts en importance dans l’histoire du club. Il est accompagné de Mark Streit, aussi choisi au neuvième tour, au tableau des plus valeureux choix tardifs que l’équipe ait connus.

Sergei Kostitsyn (7e tour en 2005) et Mikhail Grabovski (5e tour en 2004) figurent parmi les autres joyaux cachés qui ont gracié l’organisation. Mais pour faire un point d’honneur à la valeur d’emmagasiner des choix au Repêchage, les partisans peuvent simplement jeter un coup d’œil à la brigade défensive actuelle des Canadiens, où siège le choix de quatrième tour de 2016 Victor Mete, qui s’attire déjà l’admiration d’experts et d’entraîneurs en raison de l’excellence de ses déplacements latéraux et de son coup de patin gracieux.

Oui, le Repêchage de la LNH est l’exemple parfait du « et si », et bien que la majorité des acteurs de premier plan de la Ligue proviennent du premier tour, avec beaucoup de travail acharné de l’équipe de recrutement - et un peu de chance - il est possible de trouver des perles rares dans l’océan de joueurs disponibles.

Il suffit de creuser là où d’autres n’ont su explorer.

Marc Dumont, collaboration spéciale traduite par Florence Labelle

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