États-Unis

Le célèbre financier Jeffrey Epstein se suicide en prison

Financier et figure de la vie mondaine américaine, Jeffrey Epstein, accusé d’agressions sexuelles sur mineures, s’est suicidé hier dans sa cellule new-yorkaise, mort qui a causé la stupeur et déclenché des enquêtes du FBI et du département de la Justice. 

Vers 6 h 30 hier, « Jeffrey Epstein a été retrouvé inanimé dans sa cellule » ; il s’agit « apparemment d’un suicide », a confirmé l’administration pénitentiaire après que le New York Times, notamment, eut annoncé qu’il s’était pendu au Metropolitan Correctional Center, la prison fédérale de Manhattan.

« Le personnel a immédiatement tenté de le ranimer », avant de le faire transporter à l’hôpital, où sa mort a été prononcée, a-t-elle ajouté, annonçant l’ouverture d’une enquête du FBI.

Le procureur général des États-Unis, William Barr, s’est dit « effaré » par la mort en détention du financier de 66 ans, qui « pose de graves questions ». Il a dit que l’inspection générale du département de la Justice allait enquêter parallèlement au FBI.

Le 23 juillet, Epstein avait déjà été retrouvé allongé sur le sol de sa cellule, blessé, portant des marques au cou.

Certaines sources avaient alors assuré qu’il avait tenté de se suicider, mais ses blessures étaient sans gravité, et il s’était présenté peu après à une audience.

Il avait ensuite fait l’objet d’une surveillance particulière antisuicide, mais celle-ci s’était arrêtée le 29 juillet, selon le New York Times. Il était depuis simplement placé dans une unité de la prison à sécurité renforcée.

Si certains sur les réseaux sociaux n’hésitaient pas à se demander à qui profiterait sa mort, beaucoup exprimaient simplement leur stupéfaction devant un tel dénouement, la prison fédérale de Manhattan étant considérée comme l’une des plus sûres des États-Unis.

M. Epstein avait été arrêté le 6 juillet à son retour d’un voyage en France et inculpé à New York pour avoir organisé, de 2002 à 2005 au moins, un réseau constitué de dizaines de jeunes filles, certaines ayant été des élèves, sous son emprise.

Il avait avec elles des rapports sexuels dans ses nombreuses propriétés, notamment à Manhattan et en Floride.

Un prédateur insatiable, selon les témoignages

Les témoignages ressortis de documents judiciaires brossaient de ce brillant et riche homme d’affaires, ex-professeur de mathématiques, l’image d’un prédateur insatiable de jeunes filles, qu’il faisait recruter par dizaines et envoyer dans ses somptueuses résidences.

Selon maints témoignages, employées et recruteuses géraient scrupuleusement un sombre emploi du temps, avec prise de rendez-vous, déplacements, parfois même en jet privé, instructions et rétribution, souvent de 200 $ à 300 $ par visite, voire des cadeaux.

Bien que son nom ait déjà été inscrit au fichier des délinquants sexuels après une première condamnation, en 2008, pour avoir « conduit » de jeunes filles à « se prostituer » en Floride – il s’était alors vu infliger une peine minime de 13 mois après un accord contesté avec un procureur fédéral –, une perquisition dans sa maison du quartier huppé Upper East Side, à Manhattan, en juillet avait permis de mettre au jour une salle de massage où il aurait entraîné ses victimes présumées.

Le journal Miami Herald avait enquêté sur cet accord à la fin de 2018, ce qui avait relancé l’enquête. En juillet, après l’inculpation de Jeffrey Epstein à New York, l’ex-procureur de Floride, Alexander Acosta, devenu secrétaire du Travail de l’administration Trump, avait dû démissionner.

Des centaines de pages de documents judiciaires rendus publics vendredi avaient permis de confirmer qu’Epstein avait longtemps été une figure incontournable des soirées mondaines new-yorkaises, proche de nombreuses personnalités.

« Je connais Jeff depuis 15 ans. Un type génial », disait ainsi Donald Trump, alors lui-même membre éminent de la vie mondaine, dans un entretien en 2002. « On dit même qu’il aime les jolies femmes autant que moi, et beaucoup sont plutôt jeunes. »

Victimes privées de procès

Ses anciens amis influents avaient affirmé après son inculpation ne pas avoir été au courant de ses délits présumés et avoir coupé tout lien avec lui.

Inculpé le 8 juillet d’exploitation sexuelle de mineures et d’association de malfaiteurs en vue d’exploiter sexuellement des mineures, il était passible de 45 années d’emprisonnement.

Pour les victimes présumées, sa mort les prive d’un procès qu’elles attendaient avec impatience, même si le procureur fédéral de Manhattan a promis de poursuivre l’enquête sur ses agissements et ses éventuels complices.

Des théories du complot fusent sur les réseaux sociaux

Le suicide de Jeffrey Epstein venait tout juste d’être annoncé qu’aussitôt, les doutes ont fusé sur les réseaux sociaux : et si le multimillionnaire accusé, proche de gens puissants, avait plutôt été réduit au silence ? Joseph Uscinski, professeur associé de sciences politiques à l’Université de Miami et spécialiste des théories du complot, n’a pas été surpris par la réaction instantanée. « Les gens sautent aux conclusions parce que ça correspond à leur vision du monde », a-t-il dit à La Presse. Le FBI a ouvert une enquête pour tenter d’en savoir plus sur les circonstances entourant la mort de l’homme.

— Janie Gosselin, La Presse

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