La Planète économique

Une « America » fragile s’en va en guerre

Pourriez-vous faire face à une dépense imprévue d’environ 500 $ ?

Pas moins de 40 % des Américains ne le peuvent pas, affirme la Réserve fédérale dans une étude.

La seule façon pour eux de payer cette somme (400 $US pour être exact), pour une urgence médicale par exemple, est d’emprunter. Ou carrément de vendre leurs biens.

Sur une population de 325 millions de personnes, ça fait beaucoup de monde au bord d’un précipice financier, avec un pied sur une pelure de banane.

Cette étude plutôt troublante de la Fed met ainsi en relief la fragilité de l’économie américaine qui, malgré une solide reprise depuis la crise financière de 2008, laisse toujours une large part de la population dans une situation de grande précarité. Des gens qui ne peuvent se permettre de perdre leur emploi…

À l’heure où Donald Trump menace ses alliés d’une longue guerre commerciale, les États-Unis ne sont pas si solides qu’on le croit à l’amorce d’un conflit qui touchera tous ses belligérants, disent les experts.

De nouvelles données montrent en effet que « le pays le plus riche du monde » est même plutôt fragile sur le plan financier.

Des emprunts par-dessus la tête

Comme la Fed, la firme de notation de crédit TransUnion, de Chicago, dresse un bilan peu rassurant des finances des consommateurs.

Ainsi, les prêts personnels des Américains sont à un niveau record, dit la firme. Leur solde impayé a bondi de 18 % au premier trimestre, à 120 milliards US, un sommet.

Fait inquiétant, plus du tiers de ces emprunts (36 %) ont été contractés en 2017 auprès des prêteurs en ligne, une sorte de marché parallèle au réseau bancaire traditionnel.

Ces prêteurs, tels que LendingClub et Prosper Marketplace, étaient pratiquement inexistants en 2010. Leur essor est toutefois spectaculaire et ils ont beaucoup de succès auprès des moins nantis, souligne l’agence Bloomberg.

Dans un contexte où les taux d’intérêt sont à la hausse, cette accumulation de dettes devient « préoccupante », affirme la Bank of America dans une note financière.

America inc. surfe sur le crédit

Après 10 ans de taux d’intérêt au plancher, il n’y a pas que les consommateurs qui empruntent à tout va. America inc. porte aussi sur ses grosses épaules un passif record, nous dit la firme S&P Global Ratings.

Les dettes des entreprises américaines ont atteint 6300 milliards US (en excluant les banques) à la fin du premier trimestre. Du jamais-vu.

« Ce montant énorme […] devrait préoccuper les investisseurs compte tenu du cycle avancé du [marché du] crédit et de la hausse des taux », écrit l’analyste Andrew Chang dans l’étude de S&P.

Certes, les 1900 entreprises américaines suivies par S&P détiennent des liquidités records – soit 2100 milliards US – pour faire face aux imprévus. Mais plus de la moitié de ce magot est entre les mains de seulement 1 % d’entre elles, soit les Apple, Google et Microsoft de ce monde.

Les autres auraient du mal à résister à un choc inattendu. Surtout les sociétés plus à risque, qui ont accumulé 8 $US de dettes pour chaque dollar d’argent comptant, souligne S&P.

La Maison-Blanche s’enfonce dans le rouge

En outre, afin de rendre à l’Amérique sa « grandeur » des beaux jours, le président Trump a notamment réduit les impôts des particuliers et surtout des entreprises au début de 2017.

Malgré l’impact économique favorable de ces mesures, la dette du gouvernement va exploser, préviennent l’Office du budget du congrès et la firme Moody’s.

D’ici à 2028, la dette publique américaine passerait de 15 500 milliards US, actuellement, à 33 000 milliards US. C’est 20 % de plus que si les réductions d’impôt n’avaient pas été accordées, note Moody’s.

Bref, la stratégie de Trump va coûter très cher à l’État.

Tout le monde y goûte

Entre-temps, les experts répètent quotidiennement qu’une guerre commerciale touchera tout le monde, y compris les Américains.

Un conflit généralisé aurait un impact comparable à celui de la Grande Récession de 2008-2009, estime le Conseil d’analyse économique (CAE), en France, dans une note publiée mardi.

Une guerre à grande échelle coûtera plusieurs points de croissance à l’économie mondiale, rajoute le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney.

Selon le grand argentier, « une augmentation des droits de douane de 10 % entre les États-Unis et ses partenaires réduirait le PIB américain de 2,5 % et celui de la planète de 1 % [sur trois ans] ». Et ce, pour le seul aspect commercial.

En y ajoutant les « effets indirects », notamment sur la confiance des investisseurs et des consommateurs, l’impact serait le « double ». Soit 5 % pour le PIB des États-Unis et environ 2,5 % sur le plan mondial.

Un colosse au pied d’argile, les États-Unis ?

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