30e anniversaire de la mort de Félix Leclerc

La lointaine influence d'un géant

Ils n’étaient pas nés lorsque Félix est mort ou ils étaient encore bébés. La relève musicale n’a pas connu le géant de la chanson québécoise, qui s'est éteint le 8 août 1988, mais il a tout de même une certaine influence sur eux… bien qu’elle s’amenuise avec le temps.

« C’est drôle, quand [vous m’avez contacté pour] cette entrevue-là, ça faisait deux, trois semaines que je retombais dans Félix Leclerc », lance avec enthousiasme l’auteur-compositeur-interprète Philémon Cimon.

Le musicien né en 1983 n’a pas de souvenirs d’enfance associés à l’auteur du Petit Bonheur.

« Quand j’étais petit, il était encore en vie, mais c’est comme emmitouflé dans des souvenirs un peu loin », dit l’artiste qui a reçu le prix Félix-Leclerc de la chanson en 2014.

Il a découvert Félix Leclerc pendant un voyage en Europe, dans la jeune vingtaine. À partir de là, la musique du chansonnier l’a suivi.

« Ça fait plusieurs années que, quand je mets Le tour de l’île, ça me fait brailler, je ne sais pas pourquoi. Ça, c’est quelque chose qui me parle beaucoup, peut-être même plus que quand j’avais 20 ans. »

— Philémon Cimon

Il n’est pas le seul à avoir découvert Félix Leclerc tardivement dans sa vie. « Je pense que j’ai connu Fred Fortin avant Félix Leclerc, ce qui est assez capoté, s’exclame Dave Chose au bout du fil. C’est comme une trail musicale à rebours. »

Le musicien de 27 ans raconte que c’est Félix Leclerc qui lui a permis d’assumer sa façon de parler et de chanter. « C’est immensément important, d’avoir envie de chanter comme tu parles », raconte le chanteur.

Des traces

« C’est dommage qu’il ne soit plus là, j’aurais vraiment aimé aller le voir en show », explique Nadia Essadiqi, alias La Bronze.

La jeune trentenaire se rappelle avoir été intriguée par la chanson Le Petit Bonheur, alors qu’elle était toute jeune. « Je ne comprenais pas vraiment la métaphore. C’est un gars, sur le bord du fossé ? À un moment, il s’en va ? J’étais bien intriguée », raconte la chanteuse.

Cette dernière croit que même si la musique québécoise a évolué au fil du temps, il reste toujours des traces de Félix Leclerc aujourd’hui.

« Le fait qu’une chanson soit électro ou rock, c’est juste au niveau des arrangements que ça se passe. Félix Leclerc est une source qui nous a imprégnés, c’est quelque chose qui est encore présent. »

— Nadia Essadiqi, alias La Bronze

Ce ne sont toutefois pas tous les créateurs qui cultivent cette passion pour Félix Leclerc. « J’ai chanté plusieurs de ses chansons, enfant, à l’église de Saint-Rémi, dans la chorale Crescendo. Mais c’est tout », expose par courriel l’écrivain Simon Boulerice, disant ne pas connaître beaucoup Félix Leclerc.

Même son de cloche chez d’autres artistes de la nouvelle génération que La Presse a joints. Ces derniers affirment « ne pas avoir grand-chose à dire » ou encore que Félix Leclerc n’est « pas vraiment leur tasse de thé ».

Avec du recul

Il est normal que la nouvelle génération prenne un peu de recul par rapport aux artistes du passé, croit la professeure agrégée au département de musique de l’UQAM Sandria P. Bouliane. « On va chercher, à travers la musique, à dépeindre le monde dans lequel on vit. Donc oui, parfois, on va prendre plus de distance avec des œuvres, des objets du passé », affirme la musicologue.

Même si l’on assiste à l’éclatement des genres et à la diversification des façons de faire de la musique, il reste cependant toujours des traces de la musique Félix Leclerc au Québec, ajoute Mme Bouliane.

« On en a fait une icône, on a valorisé son œuvre. Il y a les trophées remis à l’ADISQ qui portent son nom, mais il y a aussi des traces dans les festivals, les concours de chanson », relate-t-elle.

Malgré cette distance, les textes des chansons de Félix Leclerc ont de nombreuses ressemblances avec la musique contemporaine, notamment le rap. « Je pense que ce n’est pas si opposé que ça. »

« La façon dont on va vouloir mettre l’emphase sur la poésie, le texte, sur des rimes, sur des métaphores. Ça, on retrouve ça dans la chanson à textes des années 60 et on retrouve ça énormément dans le rap. »

— Sandria P. Bouliane, professeure agrégée au département de musique de l’UQAM

Dans ses cours, la professeure fait lire à ses étudiants des textes de chansons sans musique en leur demandant de deviner le style et l’époque. « Mes étudiantes, lorsqu’elles lisent des textes de Félix Leclerc sans la musique, elles sont toujours surprises de l’écriture, de la façon dont on peut réciter les paroles d’une manière qui serait plus actuelle », souligne-t-elle.

« Il va toujours être important, parce qu’il est le symbole d’une époque, affirme la musicologue. Après, ça ne veut pas dire que c’est toujours le modèle que les jeunes vont vouloir appliquer aujourd’hui dans leurs compositions. »

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