Commerce en ligne

Ils ont fait leurs premiers pas durant la crise

Des entreprises de tous horizons reviennent sur leur première expérience dans le commerce électronique

La propriétaire de Cousin-Cousine, à Saint-Hyacinthe, n’avait pas envie d’investir une somme importante dans un site internet, encore moins dans un site transactionnel. Quand l’heure du confinement a sonné et que le couperet est tombé, elle s’est tournée vers Facebook.

« J’avais déjà fait une page Facebook même si je n’en voyais pas l’utilité », avoue Stéphanie Blanchette. Sa boutique de vêtements pour enfants existe depuis 50 ans et « à Saint-Hyacinthe, c’est une institution ».

Au départ, la page servait de vitrine pour les différentes collections et la propriétaire ne répondait qu’à quelques messages par jour. Une fois la boutique fermée, les clients ont accouru sur le réseau social. La jeune propriétaire s’est alors transformée en vendeuse virtuelle le jour et en livreuse à domicile le soir.

« Je parlais à une cinquantaine de clients par jour, raconte-t-elle. Je les conseillais sur les grandeurs, les modèles, certains me demandaient, par exemple, montre-moi ce que tu as comme pantalon en taille 8 et j’envoyais des photos. »

« C’est un service personnalisé. On n’est pas sur un clic, j’achète ça, c’est fini, on l’emballe et on l’envoie. En communiquant directement avec le client, en posant des questions, on fait en sorte qu’il n’y a pas de retour de marchandise. »

— Stéphanie Blanchette, propriétaire de Cousin-Cousine

Car pour une boutique indépendante, les retours sont coûteux, explique l’entrepreneure. Elle cite en exemple un chandail vendu 40 $ sur lequel elle fait un profit de 20 $. Si elle soustrait les frais d’envoi, les frais de retour, le temps de travail pour le vendre, l’emballer et le poster, il ne reste rien pour payer le loyer.

Un site internet transactionnel nécessiterait l’embauche d’un employé à temps complet pour prendre en photo les vêtements et mettre à jour en temps réel les stocks de la boutique en fonction des ventes en magasin, estime la propriétaire.

« J’ai beaucoup de marques, mais seulement un par grandeur de 0 mois à 16 ans. Je peux recevoir plus de 20 000 morceaux différents dans une saison. Imaginez la tâche », dit-elle.

Stéphanie Blanchette n’a pas l’intention d’avoir un site transactionnel de sitôt. D’autant plus que pendant le confinement, en travaillant seule 12 heures par jour, elle a vu son chiffre d’affaires se maintenir.

« Ce que j’aime de mon métier, c’est d’avoir un contact avec les clients. Je crois qu’il y a encore de la place pour de petites boutiques avec un service personnalisé », conclut-elle.

Test et détermination

Collection-Souvenir vend à des professionnels du milieu funéraire des produits destinés à commémorer la vie des défunts. L’entreprise de Québec, qui s’est fait connaître avec les signets funéraires, utilisait son site internet comme vitrine et catalogue. « On vend directement aux entreprises et on recevait encore des fax », explique Émilie Prud’Hon, directrice générale. Pendant le premier confinement, les cérémonies funéraires étant proscrites, la vente de ses produits a chuté de 50 % en avril, puis de 70 % en mai. Craignant de perdre ses clients d’affaires en vendant ses produits actuels en ligne, elle s’est réinventée avec un nouveau site d’accessoires funéraires pour animaux : empreinte-souvenir.com. « On voulait tester, ça n’a pas décollé, on a eu zéro transaction. » Pas question toutefois de déclarer forfait. Un employé suit une formation d’un an spécialisée en réseaux sociaux. « On sait que ça va marcher, dit-elle. Il faut juste trouver la façon de publiciser notre site et les produits-clés qui vont rejoindre les gens. »

De longues heures

Couleur d’Afrique, distributeur de produits naturels cosmétiques et de super aliments chez TAU et Avril, a profité de la pandémie pour créer un site internet transactionnel : akovigunn.com. Tous ses produits importés sont dorénavant disponibles en ligne. « J’ai suivi un cours gratuit offert par la Ville de Montréal, raconte le propriétaire, Akovi Gunn. Il a fallu beaucoup de temps pour prendre des photos de chaque produit, les refaire quand elles n’étaient pas parfaites. Je travaillais souvent 12 heures par jour. » Pour l’instant, M. Gunn, qui a exploité la boutique Couleur d’Afrique sur l’avenue du Mont-Royal de 2005 à 2012 avant de devenir distributeur, ne peut pas estimer la rentabilité de l’aventure. « C’est un plus pour l’instant, car les ventes en magasin (TAU et Avril) ont diminué, et je peux atteindre une clientèle jusqu’aux États-Unis. Je sais qu’il faut miser sur le site, mais je n’ai que 24 heures dans une journée », conclut-il avec humour.

« Il faut s’adapter, on n’a pas le choix »

Avant mars, le site internet d’Endorphine nutrition sportive servait principalement à promouvoir les services de l’entreprise et à faire partager des recettes et des articles. Pendant le confinement, les nutritionnistes ont décidé de créer un cours en ligne de huit semaines « L’alimentation végétale pour sportif », qui a connu un grand succès. Le service de consultation virtuelle, qui ne suscitait que peu d’intérêt, a quant à lui littéralement explosé. Les clients proviennent maintenant de toutes les régions et n’exigent plus des rendez-vous en soirée seulement. « Comme il y a moins de frais fixes reliés aux locaux de consultation, c’est plus rentable pour l’entreprise, constate la nutritionniste et cofondatrice Karine Paiement. Pour ce qui est de la formation en ligne, avec tout le temps investi dans la maîtrise de la technologie, ce n’est pas rentable. Mais il faut le voir à moyen et long termes, poursuit-elle. La notoriété des formations amène de la clientèle pour la consultation privée. Je pense que ça va [aider] mon entreprise. De toute façon, il faut s’adapter, on n’a pas le choix. »

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