Exploration spatiale

Embouteillage sur la Lune

La Chine a été, en janvier, le premier pays à poser une sonde sur la surface cachée de la Lune. La NASA multiplie de son côté les annonces de retour de ses astronautes sur la Lune. Même l’Inde se met de la partie. Survol des projets lunaires.

Un dossier de Mathieu Perreault

Rivalité sino-américaine

Une station spatiale chinoise robotisée devrait être installée sur la Lune en 2027. Qu’à cela ne tienne, le président Donald Trump a, au printemps, appuyé un calendrier accéléré de retour des astronautes sur la Lune, dès 2024. Au-delà de cette rivalité, l’objectif à long terme est d’établir une station spatiale lunaire qui utiliserait les minerais de notre satellite pour construire des vaisseaux spatiaux destinés à explorer Mars.

Les plans américains

S’ils sont financés par le Congrès, les derniers plans lunaires de la NASA verront le retour des astronautes dès 2024, 55 ans après Apollo. Trois alunisseurs privés devraient apporter sur la Lune des instruments de la NASA dès 2020 et une version préliminaire de la station lunaire Gateway a été proposée. Voici les grandes dates prévues par le plus récent programme lunaire, Artemis.

2020-2021

Tests d’instruments et de technologies avec des alunisseurs privés

2020

Survol lunaire non habité de la capsule Orion, lors du premier vol de la fusée SLS, en développement depuis 2011

2022-2024

Construction par des sociétés privées de la station spatiale préliminaire Gateway, seulement destinée à une mission lunaire

Survol lunaire habité de la capsule Orion

2024

Mission humaine sur la Lune

2026

Premier équipage dans la station Gateway, selon les plans de la NASA de 2017

2028

Base américaine habitée sur la surface, selon les plans de la NASA de 2017

En chiffres 

21 milliards US

Budget actuel de la NASA

8 milliards US

Budget annuel du programme Artemis

1,6 milliard US

Demandes budgétaires additionnelles de la NASA pour 2019 afin de lancer Artemis

SOURCE : The Verge

Les plans chinois

La Chine a été le berceau des fusées, il y a déjà un millénaire. Le programme lunaire de l’empire du Milieu se distingue par un respect tyrannique des échéanciers. Le nom des sondes lunaires, Chang’e, est celui de la déesse de la Lune.

2007

Première mission chinoise en orbite lunaire, Chang’e 1

2013

Première sonde chinoise à se poser sur la surface, Chang’e 3

2018

Lancement du satellite de navigation lunaire Queqiao (pont de la Pie, en chinois)

2019

Première sonde à se poser sur la face cachée, Chang’e 4, en janvier

Première mission chinoise comportant un retour d’échantillons lunaires sur Terre, Chang’e 5, en décembre

2027

La mission chinoise Chang’e 8 construit un prototype de base sur la surface à partir des matériaux de la Lune

2030 ou après

Première mission habitée chinoise vers la Lune

SOURCE : Spacenews

Les alunissages

(carte de la Lune)

Face de la Lune faisant face à la Terre

– États-Unis

– Russie

– Chine

– Inde

Face cachée de la Lune

– Chine

Le far west dans l’espace

Aucun traité n’encadre les bases lunaires ou l’exploitation minière sur la Lune et les astéroïdes. Un traité a été négocié par l’Organisation des Nations unies il y a 40 ans, mais seuls 17 pays l’ont signé et aucun d’entre eux n’a de tels projets, selon Kuan-Wei Chen, de l’Institut de droit aérien et spatial de l’Université McGill.

Pourquoi n’y a-t-il aucun traité international pour encadrer l’exploitation commerciale de la Lune, comme cela existe pour les fonds marins ?

Le Traité de l’espace a été négocié dans les années 60 dans le contexte de la guerre froide. Il ne porte que sur la militarisation de l’espace, qui est interdite. Est interdite également l’interférence avec les activités spatiales des autres États, qui est assimilée à une agression. Le Traité de la Lune prévoit le partage des profits de l’exploitation commerciale des astres comme la Lune et les astéroïdes, mais les puissances spatiales ne l’ont pas signé pour assurer que leurs firmes nationales puissent tirer pleinement profit de leurs investissements. Certains États ont d’ailleurs commencé à légiférer pour encadrer l’exploitation minière spatiale.

Pourquoi alors n’y a-t-il pas plus de conflits entre les exploitants de satellites en orbite autour de la Terre ?

L’orbite géostationnaire, par exemple, est en train de se remplir complètement. Mais heureusement, l’Union internationale des télécommunications, un groupe intergouvernemental chargé d’assigner les fréquences radio, gère les interférences. Ça limite les conflits. C’est un peu le concept du Traité de la Lune ou de celui qui gère les fonds marins, en fait.

Si on se rendait compte qu’un endroit spécifique près du pôle Sud de la Lune est le seul endroit où l’exploitation de la glace lunaire est possible et que les États-Unis y installaient une base, d’autres pays pourraient-ils invoquer le Traité de l’espace en arguant qu’il s’agit d’une interférence avec leurs activités ?

Ça serait étirer la sauce que d’invoquer le Traité de l’espace. Le Traité de la Lune s’appliquerait, mais peu de pays l’ont signé.

Le privé à la conquête de la Lune

L’automne dernier, la NASA a choisi neuf projets lunaires privés qui recevront du financement public. Trois des missions partiront à l’automne 2020. Les sondes privées transporteront une douzaine d’instruments de la NASA et testeront deux technologies utiles pour une mission lunaire, un système GPS et des panneaux solaires adaptés à notre satellite.

Astrobotic Technology

Fondée par des experts en robotique de l’Université Carnegie Mellon, de Pittsburgh, aussi connue comme un centre important de recherche sur les voitures autonomes, Astrobotic a mis au point deux alunisseurs, Griffin et Peregrine, et travaille sur un dérivé de la foreuse lunaire Scarab élaborée pour la NASA. Astrobotic a été choisie l’hiver dernier pour des missions au cratère lunaire Lacus Mortis.

Deep Space Systems

Fondée il y a près de 20 ans par un couple d’ingénieurs du Colorado, Deep Space Systems a conçu des composants pour une demi-douzaine de missions de la NASA, notamment Juno et Insight, et travaille sur un robot motorisé qui explorerait le pôle Sud de la Lune, qui abrite probablement de l’eau glacée.

Draper

Cet OBNL de recherche aéronautique fondé en 1932 par un ingénieur du MIT, Charles Stark, a reçu le mandat de la NASA de mettre au point un alunisseur flexible tant sur le plan de sa charge utile que du type de terrain où il peut opérer.

Firefly Aerospace

Cette société texane financée par une firme de capital de risque spécialisée dans l’espace, Noosphere, veut concurrencer SpaceX dans les lancements à bas prix. Elle a été choisie pour construire une fusée plus grosse capable d’envoyer des sondes sur la Lune.

Intuitive Machines

Fondée à Houston par d’anciens officiers de haut rang de la NASA, Intuitive Machines mise sur l’alunisseur Nova-C, doté d’une grande autonomie, pour explorer Oceanus Procellarum, un immense cratère lunaire aux origines mystérieuses.

Lockheed Martin Space

Le géant aéronautique, qui est chargé de la capsule lunaire Orion, a proposé en avril de construire plus tôt la station spatiale lunaire Gateway rudimentaire afin de permettre une mission humaine dès 2024.

Masten Space Systems

Fondée en 2004 en Californie par un pionnier des fusées réutilisables, Masten a mis au point des alunisseurs capables de se déplacer par bonds sur la surface lunaire, ce qui élimine la nécessité d’avoir des sondes robotisées.

Moon Express

Cette jeune pousse de Floride avait déjà un plan d’action lunaire détaillé, avec trois missions culminant avec le retour d’un échantillon de glace lunaire sur Terre, quand elle a été choisie l’automne dernier par la NASA pour son programme d’exploration lunaire public-privé.

Orbit Beyond

Cette firme du New Jersey se concentre sur l’ingénierie : elle fera fabriquer ses sondes lunaires en Inde et les lancera sur des fusées SpaceX. La NASA l’a choisie pour les premières missions publiques-privées, vers le cratère Mare Imbrium, l’un des plus explorés de notre satellite.

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