43e Festival international du film de Toronto

D’Allemagne et d’Hollywood

Onze ans après avoir remporté un Oscar grâce à La vie des autres, et huit ans après un passage hollywoodien moins concluant, Florian Henckel von Donnersmarck est de retour avec Never Look Away, un film ambitieux dans lequel il fait ce qu’il sait le mieux faire : parler de l’histoire de l’Allemagne.

Toronto — Vu de l’extérieur, on pourrait croire que Florian Henckel von Donnersmarck fait partie de ces cinéastes qui, après avoir été révélés de façon spectaculaire sur la scène internationale, ont répondu à l’appel des sirènes hollywoodiennes pour mieux se faire jeter ensuite. Trois ans après avoir reçu l’Oscar du meilleur film en langue étrangère grâce à La vie des autres, le cinéaste allemand a en effet accepté de réaliser The Tourist, une production hollywoodienne entièrement tournée en Europe, dont les têtes d’affiche étaient Angelina Jolie et Johnny Depp.

Les critiques ont été assassines, et ce thriller romantique a aussi été pris dans un étrange imbroglio aux Golden Globes, où il a été cité dans trois catégories, dont celui de la meilleure comédie. Même s’il a disparu pendant quelques années après cette aventure, le cinéaste ne regrette aucunement cette expérience hollywoodienne.

« Il y a des standards très élevés à Hollywood sur le plan de la fabrication des films, même si le contenu est parfois un peu plus mince, explique-t-il en français au cours d’un entretien accordé à La Presse. Même si on mise davantage sur des projets aux formules bien établies là-bas, je crois qu’il faut tenter d’appliquer les mêmes critères, peu importe dans quel système un film est produit.

« Quand je contemple un projet, poursuit-il, je me demande toujours s’il y a assez de matière pour me tenir éveillé pendant tout le temps qu’il prendra à se concrétiser. Mon cauchemar serait de commencer un film et d’y perdre intérêt en cours de route. Et aussi de manquer d’essence au beau milieu de l’Autobahn ! Tout ça pour dire qu’on m’a donné 11 mois pour écrire The Tourist, le tourner et le compléter. Donc, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. J’ai aussi eu l’occasion de travailler avec Angelina Jolie et Johnny Depp, deux des plus charmantes personnes qui existent sur Terre, et de tourner le film à Venise, l’une des plus belles villes du monde. Comment pourrais-je regretter ? »

Florian Henckel von Donnersmarck comprend d’autant plus mal la férocité de l’accueil à l’époque qu’il dit avoir reçu des messages venus du monde entier le remerciant d’avoir réalisé un film qui, ont-ils dit, leur a fait du bien.

« Je crois que la réaction négative des critiques a plus à voir avec leurs attentes. Ils devaient penser que je leur offrirais un plat gastronomique et ils se sont retrouvés avec une friandise, uniquement faite pour divertir. C’était là mon intention. À mes yeux, ce film était un hymne à la vie. Je l’assume complètement et je suis très heureux de l’avoir fait. »

— Le cinéaste Florian Henckel von Donnersmarck

Une fresque historique

Never Look Away ne pourrait cependant être plus différent. Cette fresque d’un peu plus de trois heures relate les parcours d’un artiste peintre et d’un médecin qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, croiseront le fer dans la tourmente de l’histoire de leur pays, l’Allemagne de l’Est. À cet égard, le film est beaucoup plus en phase avec La vie des autres. De l’écriture du scénario, pour lequel il s’est inspiré de la vie de l’artiste contemporain Gerhard Richter, jusqu’à la postproduction, le cinéaste y a mis quatre ans de sa vie.

« J’y ai mis le temps qu’il fallait, car à travers cette histoire d’une famille allemande, où les meurtriers et les victimes vivent sous un même toit, j’ai aussi voulu faire une biographie de l’Allemagne sur le cours de trois décennies. J’ai fait beaucoup de recherches, et autant de rencontres avec différents artistes. Je me sentais une responsabilité de bien faire les choses. »

Florian Henckel von Donnersmarck estime qu’à une époque où l’Europe est en proie à céder à de vieux démons, il est plus que jamais pertinent de revisiter le passé.

« L’Allemagne est à un tournant de son histoire, dit-il. L’Occident aussi, en fait. Chez nous, la question de l’accueil des immigrants a poussé beaucoup de gens vers l’extrême droite. C’est dangereux. On doit réfléchir aux questions liées à l’identité et se demander ce qu’est un pays, ce qu’est une nation. Je suis encouragé par le fait que les jeunes semblent plus intéressés par l’histoire que les politiciens ! »

Mettant en vedette Tom Schilling, Sebastian Koch et Paula Beer, Werk ohne Autor (Never Look Away est le titre international) est le film qu’a choisi l’Allemagne pour la représenter aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Il sortira chez nous en 2019.

Assassination Nation : percutant !

Sam Levinson (Another Happy Day) porte à l’écran un scénario original qu’il a écrit lui-même, dans lequel il nous entraîne dans ce qui pourrait être une relecture hardcore des Sorcières de Salem. Dans Assassination Nation, le cinéaste s’attarde à décrire les malheurs de quatre adolescentes qui, faussement accusées d’avoir exposé des données privées sur les réseaux sociaux, sont prises à partie par leur communauté – elles vivent à Salem – dans un déferlement de haine sans nom. 

Cette violence outrancière et sanglante fait évidemment basculer le film dans la satire, mais il reste que cette histoire fait quand même écho à l’air du temps, ainsi qu’à un état d’esprit collectif où l’intolérance est désormais exprimée sans aucun complexe. Levinson nous lance au visage un cocktail explosif, à l’heure où une société basée sur la culture des armes affronte les fausses nouvelles et les dérapages en tous genres sur les réseaux sociaux. Bienvenue en Amérique.

Assassination Nation prendra l’affiche le 21 septembre.

43e Festival international du film de Toronto

Des nouvelles du TIFF

Fraîchement couronné du Lion d’or à la Mostra de Venise, le nouveau film d’Alfonso Cuarón, Roma, a été hier l’un des plus courus du TIFF. Tourné en noir et blanc, ce drame familial et social, sans aucune vedette, raconte l’histoire d’une gouvernante au service d’une famille de Mexico au tout début des années 70, à la manière des grands chefs-d’œuvre néo-réalistes italiens. C’est à pleurer de beauté. Le réalisateur d’Y tu mamá también, lauréat de l’Oscar de la meilleure réalisation en 2014 grâce à Gravity, signe d’ailleurs lui-même les images de ce film dont il a écrit seul le scénario, à partir de ses propres souvenirs d’enfance. Netflix en étant le diffuseur, nous ne serons malheureusement qu’une poignée de privilégiés à avoir pu apprécier à sa juste valeur, sur grand écran, ce que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de chef-d’œuvre cinématographique. Cela dit, le diffuseur en ligne sortira bien sûr le long métrage dans quelques salles aux États-Unis, une vingtaine peut-être, afin qu’il puisse concourir à la prochaine course aux Oscars (dont il pourrait être l’un des candidats les plus sérieux). Mais c’est quand même dommage. 

— Marc-André Lussier, La Presse

Le film de Kim Nguyen vendu aux États-Unis

À peine deux jours après la toute première projection de The Hummingbird Project, film de Kim Nguyen qui met en vedette Jesse Eisenberg, Alexander Skarsgård et Salma Hayek, une entente de distribution aux États-Unis a été conclue avec la société The Orchard, une filiale de Sony. « Le deal a été signé à 1 h 15 dans la nuit de lundi à mardi !, a fièrement expliqué le producteur Pierre Even à La Presse. Plusieurs autres distributeurs ont été intéressés, mais lors de la rencontre avec les gens de The Orchard, Kim et moi avons beaucoup aimé leur approche et ce qu’ils envisageaient pour bien positionner le film. » Il a cependant été impossible de savoir la somme qu’a dû débourser le distributeur américain pour obtenir les droits d’exploitation de cette comédie dramatique. Distribué au Canada par Elevation Pictures, et au Québec par Entract Films, The Hummingbird Project sortira en salle au début de la prochaine année. 

— Marc-André Lussier, La Presse

Un accueil critique plutôt tiède pour Dolan

Toujours orphelin de distributeur américain, The Death and Life of John F. Donovan doit maintenant composer aussi avec un accueil critique plutôt mitigé de la part des journaux spécialisés. Sur les sept médias recensés par Rotten Tomatoes, seul le journal britannique Screen lui donne un avis plus favorable. Les six autres vont du tiède (The Hollywood Reporter) au carrément violent (The Guardian) : le critique Benjamin Lee, du journal britannique, a en outre écrit que « Dolan commençait à parodier un film de Dolan ». De son côté, le critique de The Playlist estime que ce film ne changera en rien la polarisation que suscite le cinéma du cinéaste québécois. Il n’est pas dit que cette presse peu enthousiaste ait un impact direct sur la suite des choses, mais tout cela annonce quand même un avenir plus incertain. 

— Marc-André Lussier, La Presse

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