Tyler Toffoli

Un moment « emballant »

« C’est un moment emballant pour être un membre du Canadien. »

Tyler Toffoli n’a résolument pas choisi Montréal au hasard pour y poursuivre sa carrière. Son agent, le Québécois Pat Brisson, lui a vanté la ville, certes. Mais le nouvel ailier du Canadien a aussi fait ses devoirs.

Les récentes acquisitions de Marc Bergevin ne sont pas passées inaperçues, pas plus que la bonne tenue de l’équipe en séries éliminatoires pendant l’été.

La possibilité d’évoluer à l’aile de l’un des trois principaux joueurs de centre du Tricolore – Phillip Danault, Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi – a été un facteur « décisif » pour Toffoli. Le fait d’avoir entendu plusieurs fois son nom lié à celui du Canadien dans les rumeurs d’échange, au cours des dernières années, « a aidé sa décision », a-t-il avoué en visioconférence, mardi.

« Ambiance électrique »

Et comme c’est le cas de tous les joueurs qui se sont amenés à Montréal depuis 1909, il a expliqué que l’ambiance « électrique » de l’aréna et la passion des partisans ont alimenté sa réflexion.

« J’ai très hâte de jouer pour ces partisans ! »

— Tyler Toffoli

Rien de surprenant, donc, à voir Toffoli, 28 ans, amorcer dans la métropole un nouveau chapitre dans sa carrière. Le club a annoncé lundi l’avoir embauché pour les quatre prochaines saisons, à un salaire annuel de 4,25 millions.

Prise isolément, cette somme constitue une baisse par rapport au salaire moyen de 4,6 millions que lui a rapporté son contrat précédent. L’ancien des Kings de Los Angeles et des Canucks de Vancouver s’est toutefois retrouvé joueur autonome sans compensation au pire moment imaginable, alors que la chute des revenus des équipes de la LNH attribuable à la pandémie de COVID-19 a stoppé l’inflation du plafond salarial.

Les derniers jours ont été « stressants », selon lui, et il n’est pas pressé de répéter l’expérience d’offrir ses services aux quatre coins de la ligue. Au moins une autre équipe l’a contacté.

Pour la première fois de sa carrière, il souhaitait signer un pacte de plus de trois ans.

« Évidemment, s’il n’y avait pas eu cette pandémie, les choses auraient été plus positives, mais personne n’aurait pu prévoir ce qui est arrivé », a-t-il dit à propos du marché baissier observé depuis son ouverture vendredi.

En effet, jamais, depuis des années, les offres n’ont été aussi modestes pour les joueurs devenus libres comme l’air. À l’exception de quelques joueurs vedettes, s’entend.

Les discussions entre le Canadien et le clan Toffoli se sont intensifiées au cours du week-end, a raconté celui qui portera le numéro 73 à Montréal. Et l’entente a été conclue tôt lundi. Les textos ont commencé à inonder son téléphone alors qu’il ne savait même pas que la nouvelle était publique.

Bienvenue à Montréal, répondra-t-on à ce sujet. Aucun problème, assure le Torontois d’origine.

Échangé des Kings aux Canucks au cours de l’hiver dernier, il a eu « un avant-goût de la pression qui vient avec un marché du genre ». « Mais Montréal est une bête différente, a-t-il convenu. C’est emballant. Je veux être celui qui fait le gros jeu au bon moment, celui à qui on peut se fier pour marquer le gros but. »

À gauche ou à droite ?

L’arrivée de Toffoli créera un heureux problème pour l’entraîneur-chef Claude Julien, qui se retrouve avec quatre ailiers droits qui peuvent évoluer dans un rôle offensif. Dans ce scénario, c’est vraisemblablement Joel Armia qui écoperait d’un poste sur le quatrième trio.

Même s’il a disputé l’essentiel de sa carrière sur le flanc droit, Toffoli, un droitier, affirme être prêt à changer d’aile si la situation l’exige. Il en a même déjà discuté avec la direction au moment de signer son contrat. « J’ai déjà joué à gauche, a-t-il rappelé. Je leur ai dit qu’en débarquant ici, j’étais prêt à faire n’importe quoi pour trouver la bonne chimie. On verra ce qui va arriver. »

Un peu plus tard, sans même qu’on lui pose la question, Marc Bergevin a d’ailleurs fait valoir que sa dernière acquisition pouvait jouer « à droite comme à gauche ».

Par ailleurs, même si Bergevin a vanté « un joueur qui peut produire offensivement » et qui arrive avec 5 saisons de 20 buts au compteur, c’est également un joueur soucieux de son jeu défensif qui s’ajoute à l’arsenal de l’entraîneur – rien pour déplaire à Julien, d’ailleurs. Toffoli a même reçu quelques votes en 2015 pour l’obtention du trophée Selke.

« C’est un aspect de mon jeu qui me rend très fier, a affirmé le principal concerné. Quand je suis arrivé dans la LNH, à Los Angeles, j’ai vite appris que je devais jouer de la bonne manière, sinon je ne jouerais pas du tout. C’est quelque chose que je garde en tête partout où je vais. »

À Montréal, il se voit bien devenir un exemple pour les jeunes joueurs de l’organisation. Gagner la Coupe Stanley, rappelle-t-il, procure « la meilleure des sensations », et il veut le rappeler à ses coéquipiers. Il en sait quelque chose, lui qui faisait partie de la formation des Kings qui a remporté les grands honneurs en 2014.

Son nouveau directeur général a d’ailleurs abondé dans le même sens : il aime que Toffoli ait « gagné la Coupe Stanley, joue sur le jeu de puissance, [écoule] des punitions et amène du leadership ». Il salue, en somme, un « gars d’expérience » en complément à « notre groupe de jeunes joueurs ».

Pour les prochaines saisons, Toffoli dit ne pas s’être fixé d’objectifs en termes de points ou de production offensive. « Ç’a l’air cliché, mais en vieillissant, on veut juste gagner et s’amuser. »

Le moment semble drôlement bien choisi pour réaliser ses deux souhaits.

Le Canadien

Une équipe transformée

Sept mois après le début de la pandémie, le Canadien a une équipe transformée.

Lors de l’interruption de la saison, le 11 mars, le Canadien occupait le 24e rang du classement général. Il venait de subir trois défaites de suite.

L’équipe était déjà éliminée. Marc Bergevin avait largué Nate Thompson, Ilya Kovalchuk, Nick Cousins et Marco Scandella à la date limite des transactions.

Jesperi Kotkaniemi n’était plus à Montréal depuis six semaines. Il avait montré des signes encourageants à Laval, mais une blessure à la rate avait mis fin à sa saison. Certains fans, plus impatients, le qualifiaient déjà de flop.

L’un des rares éléments positifs dans cette saison de misère, Nick Suzuki, avait frappé le mur, blanchi à ses huit derniers matchs.

Avec le départ de Kovalchuk, Brendan Gallagher, Joel Armia, Jordan Weal et Dale Weise constituaient les quatre ailiers droits de l’équipe.

L’entraîneur-chef Claude Julien avait replacé Max Domi au centre du deuxième trio le 10 mars contre les Predators de Nashville pour soustraire Suzuki aux gros trios adverses, entre Artturi Lehkonen et Weal.

Tomas Tatar était blessé. Jonathan Drouin aussi. Son retour au jeu, alors qu’il était encore diminué, avait été décevant. Mais il n’était pas en état de jouer.

En défense, Shea Weber tirait de la langue. Victor Mete avait eu une saison difficile, marquée par les blessures. Brett Kulak était encore inconstant au sein de la deuxième paire. Cale Fleury n’était plus une solution à court terme depuis la mi-saison. Xavier Ouellet et Christian Folin ont joué le dernier match avant la pandémie contre les Predators.

Le gardien Charlie Lindgren avait remplacé le lamentable Keith Kinkaid en catastrophe au cours de l’hiver. En cinq matchs en 2020, il avait accordé 18 buts. Il fallait en trouver un autre.

Il y avait peu d’espoir…

Pour les plus sceptiques, il y avait peu d’espoir, en cette fin de deuxième année de réinitialisation entamée en 2018. Peut-être la chance de remporter la loterie et repêcher Alexis Lafrenière ?

Alexander Romanov ? Allait-il finalement signer un contrat ? Était-il aussi bon qu’on le disait ? Jonathan Drouin allait-il revenir à son niveau de l’automne 2019 une fois en santé ?

Certains suggéraient même d’entamer une véritable reconstruction.

Mais une réinitialisation ne se fait pas sans heurts. Il faut de la patience, laisser les jeunes mûrir, profiter aussi de la chance. Le soleil n’était pas très loin, mais un gros nuage le dissimulait, tout simplement.

Le Canadien a finalement pu entrer en séries éliminatoires par la porte de derrière. Kotkaniemi a profité de la pause pour s’entraîner comme un spartiate en Finlande.

Weber, Price et même Suzuki ont retrouvé leur souffle. Des vétérans ont eu le temps de guérir.

Pour plusieurs, le Canadien devait subir l’élimination aux mains des Penguins de Pittsburgh afin d’obtenir la chance de remporter la loterie et, au pire, repêcher parmi les dix premiers.

Imaginons un Julien plus conservateur. Qui maintient Domi dans un rôle de premier plan. Qui hésite à confier des responsabilités à ses jeunes. Et une élimination hâtive contre les Penguins.

Le contraire est arrivé. Suzuki et Kotkaniemi ont reçu la confiance des entraîneurs dès le début du camp d’entraînement. Et ils ont grandi au fil des séries, au point de s’imposer au centre des deux trios offensifs.

Weber a montré qu’il pouvait encore être un défenseur dominant. Price a été fumant.

Malgré une élimination contre les Flyers de Philadelphie lors du premier tour officiel des séries, le Canadien a trouvé un élan. Et envoyé un message au reste de la ligue : après deux ans de réinitialisation, place aux choses sérieuses !

Bergevin n’a pas chômé. Un peu plus de sept semaines après l’élimination du Canadien aux mains des Flyers, on se demande même si on n’a pas halluciné.

Au début de septembre, le directeur général du Tricolore a déniché un auxiliaire de luxe, Jake Allen, des Blues de St. Louis, pour un choix de troisième tour. Allen a relancé sa carrière cet hiver. Au premier tour, contre les Canucks de Vancouver, il a même disputé trois des quatre derniers matchs des Blues, et remporté deux victoires.

Ses statistiques parlent d’elles-mêmes : fiche de 12-6-3 en saison, moyenne de 2,15 et taux d’arrêts de ,927, et fiche de 2-1-1 en séries, moyenne de 1,89 et taux d’arrêts de ,935…

Le défenseur Jeff Petry a confirmé sa confiance envers la direction et son plan le 25 septembre en signant une prolongation de contrat de quatre ans et 25 millions.

On lui a trouvé un partenaire à caractère défensif pour commencer la prochaine saison, Joel Edmundson, 6 pi 4 po et 215 lb. Edmundson ne gagnera jamais le trophée Norris, mais en séries, cet été, il a joué en moyenne presque 24 minutes pour les Hurricanes de la Caroline. Seuls Jaccob Slavin et Dougie Hamilton ont été utilisés davantage.

Bergevin a obtenu ses droits de négociations (à titre d’éventuel joueur autonome sans compensation) en retour d’un choix de cinquième tour, puis l’a convaincu de signer un contrat de quatre ans pour 14 millions.

L’arrivée d’Edmundson allait permettre à Kulak, solide en séries, de décaler d’une paire et d’entrer en compétition avec Victor Mete, Xavier Ouellet, Cale Fleury et Noah Juulsen pour le poste de sixième défenseur, et au jeune Romanov, nommé défenseur par excellence au Championnat du monde junior en 2018 et au sein de l'équipe d’étoiles du tournoi en 2018 et en 2019, et qui a désormais un contrat, d’entamer sa carrière dans la LNH sans trop de pression au sein d’une troisième paire.

Surprise !

La suite allait surprendre davantage. Max Domi, devenu un joueur indésirable à Montréal après avoir été refoulé sans trop de succès au centre du quatrième trio en séries, ne semblait pas faire saliver les autres équipes.

Bergevin avait déjà essuyé plusieurs refus d’homologues dans son cas. On connaissait l’intérêt du directeur général du Canadien pour l’attaquant de puissance Josh Anderson, mais Jarmo Kekäläinen s’était montré gourmand plus tôt cette année, et Domi ne semblait pas le type de joueur affectionné par l’entraîneur-chef John Tortorella.

Mais, surprise, Kekäläinen a accepté de recevoir Domi, en plus d’un choix de troisième tour, pour Anderson la semaine dernière.

En santé, Anderson peut marquer plus de 25 buts et intimider l’adversaire par ses mises en échec percutantes. Il n’a pas les mains souples d’un Drouin ou d’un Suzuki. Mais il amène un ingrédient essentiel à une équipe : une combinaison de robustesse et de talent.

Bergevin lui a offert 38,5 millions pour sept ans. Kekäläinen a été plus prudent avec Domi en lui accordant 10,6 millions pour deux ans.

La dernière acquisition du Canadien, lundi sur le marché des joueurs autonomes, constitue la cerise sur le gâteau. Tyler Toffoli est un marqueur. Un vrai. Un genre de Michael Ryder, en plus responsable défensivement.

Toffoli, 28 ans, un ailier droit, a marqué 24 buts en 68 matchs. Une production de 29 buts sur une saison complète. Il a connu une saison difficile en 2018-2019 avec seulement 13 buts, mais compté 24 buts l’année précédente, et 31 buts en 2015-2016.

Cet ancien attaquant des Kings de Los Angeles est opportuniste et ne craint pas de se rendre à l’orée du filet, là où les défenseurs peuvent être sauvages. Il est aussi l’un des rares attaquants à utiliser le revers pour marquer. Toffoli en a marqué quatre de cette façon l’an dernier.

Toffoli a coûté cher aux Canucks comme joueur de location à la date limite des transactions : un choix de deuxième tour et l’un des bons espoirs de l’organisation, Tyler Madden, 37 points, dont 19 buts, en 27 matchs à l’Université Northeastern et membre de l’équipe américaine au Championnat du monde junior en 2019.

La nouvelle acquisition du Canadien a marqué six buts en dix matchs à l’aile droite du premier trio des Canucks, avec Elias Pettersson et J. T. Miller.

Au final, Allen, Edmundson, Anderson et Toffoli ont coûté en actifs deux choix de troisième tour, un choix de cinquième tour et Domi.

Longtemps un souci, le Canadien a enfin trois premiers centres de qualité avec Suzuki, Kotkaniemi et Danault. L’attente a duré longtemps. À l’arrivée de Bergevin en 2012, David Desharnais, Tomas Plekanec et Scott Gomez constituaient les trois premiers centres de l’équipe.

Julien n’aura plus à utiliser Joel Armia ou Jordan Weal par défaut en supériorité numérique parce qu’ils sont droitiers. Le CH compte désormais à droite Gallagher, Anderson, Toffoli et Armia. À gauche, on pourra compter sur Drouin et Tatar sur des trios offensifs. Artturi Lehkonen et Paul Byron pourront être placés dans des chaises qui leur conviennent mieux, à moins que Byron ne soit échangé pour alléger la masse salariale.

Le Canadien est compétitif. Les lacunes sont presque toutes comblées. Les espoirs de l’équipe pourront se développer à leur rythme et ne recevront pas de faveur.

Là aussi, la profondeur est intéressante : Cayden Primeau devant le filet, Mattias Norlinder, Kaiden Guhle, Jordan Harris, Jayden Struble, Cale Fleury, Noah Juulsen et Josh Brook en défense, Cole Caufield, Jesse Ylonen, Ryan Poehling, Luke Tuch, Jan Mysak en attaque, et peut-être aussi des surprises parmi Sean Farrell, Gianni Fairbrother, Rhett Pitlick, Jacob Olofsson, Cam Hillis ou Brett Stapley.

Cette participation providentielle en séries, et l’aplomb de l’équipe contre les Penguins, puis les Flyers, a sans doute accéléré le processus. Reste à se rapprocher du clan Gallagher…

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