Commerce électronique

Lightspeed devra demeurer au Québec

La Caisse impose des conditions à son entrée en Bourse

Comme pour SNC-Lavalin, la Caisse de dépôt impose à Lightspeed – qui s’apprête à faire le saut en Bourse le mois prochain – des conditions strictes liées à l’exploitation de l’entreprise et au maintien de son siège social au Québec.

Une clause restrictive limitant la capacité de Lightspeed de transférer son siège social hors de la province s’appliquera pendant sept ans après le placement réalisé cet hiver dans le cadre du premier appel public à l’épargne du fournisseur de logiciels de commerce électronique.

Cette clause restera en vigueur tant que la Caisse détiendra au moins 15 % des actions de Lightspeed, est-il précisé dans le prospectus provisoire déposé par l’entreprise auprès des autorités boursières.

« Chaque fois que la Caisse est en mesure d’obtenir des clauses qui sont dans l’intérêt de l’économie québécoise, elle le fait », commente le porte-parole de la Caisse, Jean-Benoît Houde.

« Lightspeed n’est pas un cas unique. Ces clauses-là sont fréquentes dans les transactions privées. »

— Jean-Benoît Houde, porte-parole de la Caisse

La Caisse de dépôt et placement du Québec est le plus important actionnaire externe de l’entreprise. La Caisse est devenue actionnaire de Lightspeed après avoir participé à des rondes de financement en 2015 et en 2017. Le nombre exact d’actions détenues sera précisé dans une mise à jour prochaine du prospectus déposé par Lightspeed.

Selon nos informations, la Caisse a jusqu’ici injecté entre 200 et 300 millions dans Lightspeed, dont le siège social est situé à la gare Viger, rue Saint-Antoine à Montréal.

Les actions de Lightspeed doivent en principe être inscrites à la Bourse de Toronto à la mi-mars. Fondée il y a une quinzaine d’années par l’entrepreneur Dax Dasilva, Lightspeed a vu ses revenus augmenter à 72 millions l’année dernière alors qu’ils étaient de 31 millions lors de l’exercice financier 2016. La forte croissance de Lightspeed – dont les produits sont principalement conçus pour les détaillants et les restaurateurs – en fait une candidate de choix pour intéresser les investisseurs.

SNC-Lavalin s’est aussi pliée aux exigences de la Caisse lorsque le plus important investisseur institutionnel de la province a prêté 1,5 milliard au cabinet montréalais de génie il y a trois ans pour l’aider à acheter la firme britannique Atkins. Plus important actionnaire de SNC-Lavalin avec une participation d’environ 20 %, la Caisse avait notamment fait inscrire dans des documents juridiques que SNC devait maintenir le siège social et la prise de décisions stratégiques à Montréal au moins jusqu’en 2024.

« C’est une stratégie qui permet de contribuer à protéger les sièges sociaux du Québec tout en ne constituant pas un frein au fonctionnement d’une entreprise, commente Yvan Allaire, président exécutif du conseil de l’Institut sur la gouvernance. Contribuer à l’essor économique du Québec fait tout de même partie du mandat de la Caisse. »

Lightspeed n’a pas rappelé La Presse.

Qu’en pensent les experts ?

Mesure anti-OPA

« Une telle clause peut réduire légèrement la valeur en Bourse d’une entreprise en lui enlevant une prime de cible potentielle (cela devient un peu une mesure anti-offre publique d’achat), ce que les actionnaires institutionnels ne prisent pas en général. »

— Michel Magnan, expert en gouvernance et professeur à l’Université Concordia

« C’est débile »

« Tu achètes une entreprise parce qu’elle est bonne, peu importe où elle est. Si, demain matin, le gouvernement du Québec double le taux d’imposition et qu’on ne trouve plus personne pour travailler ici, l’entreprise doit engager des gens ici quand même. C’est débile. Techniquement, ça ne devrait pas exister. Politiquement, ça sonne bien pour que la Caisse puisse investir. »

— Alain Chung, gestionnaire de portefeuille de la firme Claret

Siège social déguisé

« Je ne crois pas trop à ce genre de clause dans la mesure où le siège social légal peut rester au Québec alors que le siège administratif est ailleurs. Les cas de la Banque Royale et de la Banque de Montréal sont des exemples à cet égard. De la même façon que Rio Alcan Aluminium a toujours un siège social ici, mais de quelle ampleur par rapport à avant ? »

— Michel Magnan, expert en gouvernance et professeur à l’Université Concordia

Le véritable « frein »

« Les investisseurs aiment toujours savoir qu’une entreprise peut être achetée à tout moment. Ils vont cependant plus grimacer sur les actions à droit de vote multiple du fondateur que sur cette clause, car le contrôle n’appartient pas au marché. »

— Yvan Allaire, président exécutif du conseil de l’Institut sur la gouvernance

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