Violence sexuelle

Comment aborder la sexualité avec les tout-petits  ?

«  Lorsqu’on éduque un enfant au sujet de la sexualité, on enlève le tabou ; on lui enseigne les mots dont il a besoin pour s’exprimer  », explique Mélissa Désormeaux-Poulin, actrice et porte-parole de la Fondation Marie-Vincent. Cet enseignement peut se faire naturellement, à travers les petits moments du quotidien, pour préparer l’enfant à reconnaître les situations à risque et pour prévenir la violence sexuelle. En voici quelques exemples.

Nommer les parties du corps — avec les vrais mots

«  Les enfants naissent sans gêne par rapport à la sexualité : c’est nous qui l’inculquons  », observe Annie Fournier, directrice des services professionnels à la Fondation Marie-Vincent. Alors qu’il n’y a aucune hésitation à appeler un nez  un nez et un bras un bras, certains parents ont recours à des mots comme «  zizi  » ou «  foufounes  » pour désigner les parties sexuelles et, ainsi, camoufler leur malaise. «  Utiliser les vrais mots brise le tabou : cela enseigne à l’enfant qu’il a le droit de parler de ces parties-là  », poursuit Mme Fournier. Si un tout-petit vit une situation problématique, il sera en effet plus simple de se faire comprendre en utilisant le vocabulaire adéquat.

Développer l’autonomie à la salle de bains

Les tout-petits dépendent des adultes pour combler une foule de besoins, comme se laver et aller à la toilette. «  Il est facile pour un agresseur potentiel d’entrer dans l’espace personnel d’un enfant et de profiter de la situation  », met en garde Annie Fournier. En lui enseignant qu’on ferme la porte lorsqu’on fait pipi, on aide l’enfant à comprendre qu’il s’agit là d’un moment intime. Lui apprendre à se laver seul, c’est lui faire prendre conscience que son corps n’appartient qu’à lui et qu’il peut en prendre soin par lui-même.

Définir les frontières interpersonnelles

Il est important d’enseigner tôt la notion de « parties intimes » — bref, tout ce que l’on trouve sous le maillot de bain. « Rappelez à l’enfant que personne n’a le droit de regarder, de toucher ou de photographier ses parties intimes, même si c’est quelqu’un qu’il aime et qui présente le tout comme un jeu ou un secret », insiste Annie Fournier. Il importe toutefois de nuancer en présentant au petit certaines situations où c’est nécessaire, comme chez le médecin ou au moment du bain.

Pour que le message soit cohérent, il faut accepter qu’un enfant puisse refuser de donner des bisous ou des câlins. Cela lui démontre qu’il a le droit de protéger son espace personnel.

Éviter les stéréotypes chez les tout-petits…

L’éducation à la sexualité commence même avant la naissance, lorsqu’on choisit la couleur de la chambre du bébé. «  Pour promouvoir des rapports égalitaires, il ne faut pas catégoriser ses choix en fonction de critères "garçon" ou "fille"  », recommande la directrice des services professionnels à la Fondation Marie-Vincent. Chez les jeunes filles, on valorise souvent l’apparence, le calme et la douceur, alors que chez les garçons, on encourage la force et le caractère — des stéréotypes qui se reflètent même dans les slogans qu’on trouve sur les vêtements pour enfants. «  On doit trouver de la mixité dans les compliments ; on peut dire à une fille qu’elle est forte et à un garçon qu’il est beau  », ajoute la spécialiste.

… et chez les grands  !

Les enfants voient les adultes comme des modèles, et l’attribution des tâches domestiques influence leur perception des rôles. «  Si c’est toujours papa qui tond la pelouse et maman qui fait le ménage, cela encourage des stéréotypes  », fait valoir Annie Fournier. Un père qui fait montre de ses talents en cuisine ou une mère qui s’occupe de certains travaux manuels est la preuve que tout est possible et que les responsabilités de chacun ne sont pas définies en fonction de son sexe.

Qu’on en ait conscience ou non, les petits gestes du quotidien façonnent la compréhension qu’ont les tout-petits de ce vaste concept qu’est la sexualité. En adoptant et en encourageant des comportements sains, chaque personne peut contribuer à bâtir un monde sans violence sexuelle.

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