Musique/Lykke Li

Essayer de nouvelles choses

Après le grand chagrin d’amour de son album I Never Learn, paru en 2014, c’est sous un tout autre jour que Lykke Li se présente avec son nouvel album so sad so sexy, sorti hier. Elle a ouvert la porte à de nombreux collaborateurs de la scène américaine pop (Rostam, T-Minus, Malay) pour embrasser un son plus R & B. Entrevue.

Depuis son dernier album, Lykke Li a beau avoir donné naissance à un petit garçon, avoir signé un contrat avec la filiale RCA de Sony et avoir saisi l’occasion de travailler avec des bonzes de la pop, c’est encore dans l’adversité qu’elle a créé son quatrième album, so sad so sexy, sorti hier. Tout en étant une grande source de bonheur, la maternité lui a causé de grands doutes et des remises en question.

Point positif : tous ces tourments ont mené Lykke Li dans une certaine direction artistique. 

« Avant de faire un album, j’ai toujours un son en tête. Parce que je vivais des choses difficiles, je voulais, pour la première fois de ma vie, incorporer des sons plus contemporains qui me font me sentir bien. C’est ce dont on a besoin quand on est triste. »

— Lykke Li

Résultat : on retrouve dans les chansons de Lykke Li la mélancolie et les sentiments à fleur de peau qui lui sont propres, mais c’est porté par des sonorités plus rythmées et R & B, voire trap. Lykke Li s’offre même un duo avec le rappeur Aminé.

Sur papier, on n’y croyait pas. Or, le virage de l’auteure-compositrice-interprète suédoise s’avère réussi, car il est fait avec le raffinement et l’extrême bon goût propres à Lykke Li.

Depuis I Never Learn, sorti en 2014, Lykke Li a déménagé en Californie. « Mon album est un peu comme un film sur ma vie à Los Angeles, souligne-t-elle. Je voulais un son qui rende la solitude et l’étrangeté que je ressens avec des influences de la pop moderne qui sont psychédéliques et d’un autre niveau [next level]. »

Sa chanson deep end s’ouvre avec une instrumentation à la Twin Peaks, pour se transformer en tube pop d’une grande vulnérabilité.

Lors de sa tournée précédente, Lykke Li a repris Hold On, We’re Going Home de Drake. La musique urbaine est une inclination naturelle pour elle.

« Honnêtement, cela a toujours été le genre de musique que j’écoute et que je chante sous la douche. J’ai même une version de Little Bit qui est complètement R & B. Avec les gens avec qui j’ai collaboré, c’est venu naturellement sans que je le décide. »

— Lykke Li

C’est la première fois que Lykke Li s’associe à autant de collaborateurs pour un album, pour ne pas dire des fabricants de tubes. Elle a confié le gros de la réalisation à Malay (Lorde, Frank Ocean), mais T-Minus et Jeff Bhasker ont aussi mis la main à la pâte, sans compter Rostam… et même Skrillex.

« Je n’avais jamais fait cela auparavant. Depuis le début de ma carrière, j’avais surtout travaillé avec Björn  [Yttling, de Peter Bjorn and John] et les membres de mon band, souligne-t-elle. Avec mon déménagement à Los Angeles, j’ai une nouvelle vie et une nouvelle famille et je voulais que ça se reflète avec des nouveaux collaborateurs. Il vient un temps où il faut être ouvert, essayer de nouvelles choses et voir où cela nous mène. »

L’amoureux de Lykke Li, le réalisateur émérite Jeff Bhasker, avec qui elle a eu un garçon, a travaillé avec les Lana Del Rey, Harry Styles et Bruno Mars. Il est derrière le tube Uptown Funk. Il coréalise quelques titres de so sad so sexy, mais pas l’ensemble de l’album. « Nous avons essayé, mais c’était difficile…je pense qu’il faut faire ses propres trucs dans la vie… »

Devenir mère, perdre la sienne

Le clip de son extrait utopia, sorti à la fête des Mères, montre Lykke Li avec son fils de 2 ans et son père. On voit aussi des images de son enfance en Suède. « C’est ma mère qui a filmé ces images et elle est décédée l’été dernier. »

utopia porte sur le meilleur qu’on voit dans les yeux de l’autre. « Quand j’ai écrit la chanson, ce n’était pas à propos de mon fils, précise-t-elle. Après coup, je me suis dit : “Wow, c’est la chanson la plus positive que j’ai jamais écrite…” Une année plus tard, mon amie Clara Cullen, qui a fait la vidéo, m’a dit : “Refile-moi une chanson de ton album qui n’est pas le big hit.”  […] Elle m’avait beaucoup filmée avec Dion [son fils], et je lui ai monté de vieilles images de vidéos de famille. C’est elle qui m’a dit : “Cette chanson est à propos de ton enfant.” Je lui ai dit non… mais quand elle m’a montré la vidéo, j’ai explosé en larmes. »

Fait rarissime, Lykke Li a écrit une chanson liée à la maternité avec bon goût, sans être mièvre.

« Pour moi, cette chanson porte sur le fait que tout ce que tu veux pour ton enfant est que le monde soit un endroit parfait. Tu veux tout lui donner. Ma mère a voulu cela aussi.  […] Il y a une grande pureté dans la volonté de tout donner à quelqu’un. »

— Lykke Li

L’artiste apprivoise par ailleurs sa nouvelle vie de mère aux États-Unis. « Le système est complètement dysfonctionnel. Surtout pour moi qui viens d’un pays calme et progressif où les mœurs sont complètement différentes. »

Au cours des prochains mois, Lykke Li devra aussi apprivoiser la vie de tournée. « Je ne tournerai pas autant qu’avant, car je ne peux pas partir longtemps. J’ai peur, car c’est nouveau… je me lance dans la gueule du loup », lance l’artiste qui a choisi Osheaga comme rare festival où elle se produira è l’été.

Pop

Lykke Li

so sad so sexy

RCA

Musique / Lykke Li

« Essayer de nouvelles choses »

Après le grand chagrin d’amour de son album I Never Learn, paru en 2014, c’est sous un tout autre jour que Lykke Li se présente avec son quatrième opus so sad so sexy, sorti hier. L’artiste suédoise a ouvert la porte à de nombreux réalisateurs de la scène américaine pop pour embrasser un son plus R & B. Nous avons eu le privilège de lui parler au téléphone. Entrevue.

Depuis son troisième album, la star indie-pop suédoise Lykke Li a beau avoir donné naissance à un petit garçon, avoir obtenu un contrat avec la filiale RCA de Sony et avoir saisi l’occasion de travailler avec des bonzes de la pop, c’est encore dans l’adversité qu’elle a créé son plus récent album, so sad so sexy, sorti hier.

On doit à Lykke Li les tubes Little Bit et I Follow Rivers. Elle a inspiré et influencé un tas de ses contemporaines (dont Cœur de pirate et Milk & Bone). Or, la maternité a occasionné chez elle de grands doutes et des remises en question.

Point positif, tous ces tourments ont mené Lykke Li dans une direction artistique.

« Avant de faire un album, j’ai toujours un son en tête. Parce que je vivais des choses difficiles, je voulais pour une première fois dans ma vie incorporer des sons plus contemporains qui me font sentir bien. »

 – Lykke Li

Résultat : on retrouve dans les chansons de Lykke Li la mélancolie et les sentiments à fleur de peau qui lui sont propres, mais portés par des sonorités rythmées et R & B, voire trap. Lykke Li s’offre même un duo avec le rappeur Aminé.

Sur papier, on n’y croyait pas. Or, le virage de l’auteure-compositrice-interprète suédoise s’avère réussi, car il est fait avec le raffinement et l’extrême bon goût propres à Lykke Li.

Depuis I Never Learn, sorti en 2014, Lykke Li a déménagé en Californie. « Mon album est un peu comme un film sur ma vie à Los Angeles, souligne-t-elle. Je voulais un son qui capture la solitude et l’étrangeté que je ressens avec des influences de la pop moderne qui sont psychédéliques et d’un autre niveau. »

Sa chanson deep end s’ouvre avec une instrumentation à la Twin Peaks, pour finalement se transformer en tube pop d’une grande vulnérabilité.

Lors de sa tournée précédente, Lykke Li a repris Hold On, We’re Going Home de Drake. La musique urbaine est une inclination naturelle pour elle.

« Honnêtement, cela a toujours été le genre de musique que j’écoute et que je chante sous la douche. J’ai même une version de Little Bit qui est complètement R & B. Je l’ai toujours fait… Avec les gens avec qui j’ai collaboré, c’est venu naturellement sans que je le décide. »

 – Lykke Li

C’est la première fois que Lykke Li s’associe à autant de collaborateurs pour un album, pour ne pas dire des fabricateurs de tubes. Elle a confié le gros de la réalisation à Malay (Lorde, Frank Ocean), mais T-Minus et Jeff Bhasker ont aussi mis la main à la pâte, sans compter Rostam… et même Skrillex.

« Je n’avais jamais fait cela auparavant. Depuis le début de ma carrière, j’avais surtout travaillé avec Björn [Björn Yttling de Peter Bjorn and John, avec qui Cœur de pirate a travaillé en Suède pour son album Rose) et les membres de mon band, souligne-t-elle. Avec mon déménagement à Los Angeles, j’ai une nouvelle vie et une nouvelle famille et je voulais que cela se reflète avec des nouveaux collaborateurs. Il arrive un temps où il faut être ouvert, essayer de nouvelles choses et voir où cela nous mène. »

L’amoureux de Lykke Li, le réalisateur émérite Jeff Bhasker (sacré aux Grammy en 2016), avec qui elle a eu un garçon, a travaillé avec les Lana del Rey, Harry Styles et Bruno Mars. Il est derrière le tube Uptown Funk. Il coréalise quelques titres de so sad so sexy, mais pas l’ensemble de l’album. « Nous avons essayé, mais c’était difficile… Je pense qu’il faut faire ses propres trucs dans la vie. »

Devenir mère, perdre la sienne

Le clip de son extrait utopia, sorti à la fête des Mères, montre Lykke Li avec son fils de 2 ans et son père. On voit aussi des images de son enfance en Suède. « C’est ma mère qui a filmé ces images et elle est décédée l’été dernier. »

utopia porte sur le meilleur qu’on voit dans les yeux de l’autre. « Quand j’ai écrit la chanson, ce n’était pas à propos de mon fils, précise-t-elle. Après coup, je me suis dit : “Wow, c’est la chanson la plus positive que je n’ai jamais écrite…” Une année plus tard, mon amie Clara Cullen, qui a fait la vidéo, m’a dit : “Refile-moi une chanson de ton album qui n’est pas le big hit.” […] Elle m’avait beaucoup filmé avec mon fils Dion, et je lui ai monté de vieilles vidéos de famille. C’est elle qui m’a dit : “Cette chanson est à propos de ton enfant.” Je lui ai dit non… mais quand elle m’a montré le clip, j’ai explosé en larmes. »

Fait rarissime, Lykke Li a écrit une chanson liée à la maternité avec bon goût, sans être mièvre.

« Pour moi, cette chanson est à propos du fait que tu veux un monde parfait pour ton enfant. Tu veux tout lui donner. Ma mère a voulu cela aussi. […] Il y a une grande pureté dans la volonté de tout donner à quelqu’un. »

 – Lykke Li

Lykke Li apprivoise par ailleurs sa nouvelle vie de mère aux États-Unis. « Le système est complètement dysfonctionnel, lance-t-elle. Surtout pour moi qui viens d’un pays calme et progressif où les mœurs sont complètement différentes. »

Au cours des prochains mois, Lykke Li devra aussi réapprivoiser la vie de tournée. « Je ne tournerai pas autant qu’avant car je ne peux pas partir longtemps. J’ai peur car c’est nouveau… Je me lance dans la gueule du loup », lance l’artiste, qui a choisi Osheaga comme rare festival où elle se produira cet été.

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