derek aucoin

« Apprécions le moment, aimons-nous »

Il y a quelques semaines, Derek Aucoin a dressé une bucket list. Vous savez, cette liste de choses que vous voulez absolument faire dans votre vie ?

« C’est la Dre Sarah Lapointe, ma neurologue, qui m’a donné le défi de faire cette liste-là. Elle voulait 10 items, et elle voulait des dates. Mais j’avais de la misère avec mes dates. »

C’est alors que Michel Therrien lui a donné sa première date : le 30 novembre. C’était le premier match de Therrien au Centre Bell depuis son départ du Canadien. Et l’ancien entraîneur-chef y voyait le moment parfait pour qu’Aucoin renoue avec ses auditeurs du 98,5 FM. Ce qu’il a fait.

Aucoin et Therrien ont aussi renoué en personne. Therrien répondait aux questions de trois journalistes montréalais, une heure avant le match de samedi, quand il a aperçu la grande silhouette d’Aucoin. « Là, je dois mettre fin à l’entrevue parce qu’il y a quelqu’un de très important ici », a lancé Therrien. Et les deux hommes de s’étreindre pendant de longues secondes.

« Jusqu’à quelques heures avant mon opération, il était avec moi et me tenait la main », raconte Aucoin, rencontré sur la passerelle de presse du Centre Bell.

« Il me coache à travers ma maladie, il m’encourage, il me texte presque tous les jours ! »

— Derek Aucoin, à propos de Michel Therrien

New York, Vegas…

Derek Aucoin a reçu l’été dernier un diagnostic de glioblastome multiforme, forme de cancer du cerveau très difficile à soigner. D’où l’idée de créer cette liste, inspirée du film The Bucket List, mettant en vedette Jack Nicholson et Morgan Freeman.

« Au début, la bucket list me faisait peur parce que un, j’ai vu le film, je sais comment ça finit, et deux, je voyais trop une finalité derrière la liste, au lieu de profiter du moment présent. »

Décidément, on ne l’accusera pas de procrastiner. Samedi, en mettant les pieds au Centre Bell pour couvrir le match Flyers-Canadien et ensuite animer Bonsoir les sportifs, il cochait un troisième élément sur sa liste. Plus exactement, il en est maintenant à « deux et demi », comme il aime dire !

Le premier : se lancer la balle avec son fils à Central Park, ce qu’il a fait cet automne. Et le demi-élément ?

« Je voulais renouveler mes vœux de mariage avec ma femme. Parce que dans nos vœux, il y a un passage qui dit “through sickness and health” [dans la maladie comme dans la santé], et ça, on l’a usé pas mal ! Donc je l’ai redemandée en mariage. J’aimerais ça qu’on se remarie l’été prochain, au Mirage. »

Dans les prochains mois, il espère cocher un autre élément. « Pour sa fête de 6 ans, notre fils nous avait demandé si on pouvait inviter Aerosmith à la maison ! lance-t-il en riant. J’ai vu qu’ils sont en résidence à Vegas, donc c’est sur ma liste d’amener mon fils les voir là-bas. »

Un rituel

Aucoin respirait le bonheur à son retour au Centre Bell. À son arrivée au salon Jacques-Beauchamp, tout le monde s’arrêtait pour le saluer. Idem pendant les entractes, quand il y avait beaucoup de va-et-vient sur la passerelle.

Après le match, une fois le vestiaire vidé, il a passé quelques minutes en compagnie de Shea Weber. Aucoin tenait à remercier le capitaine pour une vidéo d’encouragement que les joueurs du CH lui avaient préparée.

Et pendant notre entrevue, Aucoin martelait continuellement son message positif. Un beau moment d’humanité qui permet de relativiser nos problèmes.

« Là, je profite du moment. Mon fils est ici avec son parrain. Ma femme voulait être ici. J’ai jasé avec Ian Laperrière, avec Michel Therrien, avec mes collègues. J’ai été faire une petite intervention avec Dany [Dubé] et Martin [McGuire]. »

« Je suis juste content d’être ici. J’ai hâte d’aller dans le vestiaire, d’attendre devant la porte, de peut-être voir Mme Béliveau. »

— Derek Aucoin

Une personne qu’il n’a pas vue, c’est André Lemoyne. M. Lemoyne travaille pour le Canadien depuis plus de 40 ans comme préposé à l’accueil média. Mais il s’est blessé en faisant une chute il y a quelques semaines et est actuellement hospitalisé.

« J’étais triste de ne pas le voir. L’an passé, au dernier match, j’avais pris une photo avec lui. Pas parce que j’avais un mauvais pressentiment, mais je savais qu’il avait eu des troubles de santé. Il y a des choses qu’on tient pour acquises. C’est pour ça qu’il faut vivre le moment présent, s’apprécier, s’aimer les uns les autres. Je ne veux pas rentrer dans le gospel. Mais c’était le message que je voulais partager avec toi aujourd’hui. Si quelqu’un peut comprendre le message en te lisant, bravo ! Arrêtons de nous chicaner pour des pacotilles. Apprécions le moment, aimons-nous. »

À cet effet, Aucoin a commencé récemment un rituel qu’il accomplit au quotidien.

« Chaque jour, je vais prendre une marche et j’invite quelqu’un d’important dans ma vie. Parce que c’est important que cette personne-là sache à quel point elle est importante. Parce qu’on ne sait pas combien de jours il nous reste. J’ai quand même une maladie assez agressive et, des fois, ça change vite. Je ne veux pas que qui que ce soit ait un doute et se demande : qu’est-ce que Derek Aucoin pensait de moi ? »

Il y a donc 58 personnes, jusqu’ici, qui savent qu’elles sont importantes aux yeux de Derek Aucoin. « J’ai une liste à la maison. Ce sont des moments précieux. » Et il a bien l’intention d’y ajouter des noms et des noms.

« Ma vie est loin d’être terminée. Parce que je vais continuer à me battre. À ma façon, j’ai encore beaucoup de monde à aider. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.