Courrier

L’éditorial de François Cardinal publié dimanche, « Pourquoi tant de laideur ? », a suscité son lot de commentaires. Un aperçu du courrier reçu.

Vous avez très bien expliqué la préoccupation de beaucoup d’architectes, de designers et d’urbanistes : la laideur de tous ces éléments « ajoutés » au paysage urbain sans intégration visuelle.

— Carole Scheffer, architecte

Courrier

Chacun à sa place

Posons la question autrement : pourquoi le viaduc surplombant l’autoroute métropolitaine au niveau de l’Acadie et Rockland est-il un des rares exemples d’esthétisme remarquable ? Réponse : il y avait un architecte d’impliqué lors de sa conception. Autre exemple : le pont de l’Île-aux-Tourtes sur l’autoroute 40 vers Vaudreuil. Avant sa réfection, le garde-fou en acier ajouré donnait une vue spectaculaire sur le lac des Deux-Montagnes d’un côté et sur la baie de Vaudreuil vers Sainte-Anne-de-Bellevue de l’autre côté. Après sa réfection, il est maintenant constitué d’un muret de béton massif qui bloque totalement la vue sur ces deux perspectives remarquables. Les concepteurs de cette restauration sont, comme pour l’ensemble des infrastructures du Québec… des ingénieurs. Chacun à sa place et les cochons seront bien gardés.

— Pierre Laurin, Saint-Lazare

Triste constat

Vous avez tellement raison ! J’ai quitté ma profession d’urbaniste par découragement de voir combien on planifie peu et toujours à court terme. On gère en fonction d’être réélu dans quatre ans, sans vision, contrairement à nos voisins du « Rest of Canada » qui ont une perspective à long terme beaucoup plus ancrée que la nôtre… Triste constat, mais c’est à peu près partout pareil au Québec. De mon groupe de finissants à la maîtrise à McGill, un seul est resté au Québec, les autres sont partis pour une autre province, ou ont abandonné la profession. Dommage ! J’ai maintenant beaucoup plus de satisfaction dans ce que je fais aujourd’hui : j’aide des gens à faire le bon choix et à améliorer leur vie.

— Suzanne Girard, courtière immobilière

Au sujet du design

Le design du mobilier urbain et toutes les autres formes de design ne coûtent pas cher et souvent font épargner des coûts, par une économie de matériaux et de composants. Un beau design remplit la fonction de la façon la plus simple possible, c’est la preuve de sa réussite. 

À l’échelle d’une production massive, le bon design ne coûte presque rien, puisque toutes les études, les recherches et les itérations créatives sont réparties dans le coût de chaque objet produit. Souvent, le bon design rend l’objet moins cher. Toutefois, pour un projet unique, comme l’aménagement d’un stationnement où la disposition de supports à BIXI (des objets bien conçus, par ailleurs), nous ne voulons pas payer pour le travail de recherche qui ne sera valide qu’à un seul endroit. Le coût du design n’est pas amorti sur une répétition à grande échelle, alors on se contente de gérer les nombreuses contraintes pratiques (l’espace disponible, la sécurité de tous, etc.) pour finir par des installations improvisées, sans cohérence et sans réelle préoccupation d’ensemble.

Il y a aussi deux autres enjeux : qui est bien placé pour imposer le bon design (pas de permis de construction ni de comité d’urbanisme pour les travaux de voirie) ? Et, quand il y a design, qui est arbitre du bon design ?

— Martin Allaire

Mal à ma ville

Et que dire, M. Cardinal, de l’extrême laideur de l’avenue Pierre-De Coubertin, sinon que c’est un amalgame de blocs de béton, d’affiches de toutes sortes, de pots de fleurs minimalistes et disposés çà et là, de trottoirs fissurés et de chaussée qu’on pourrait qualifier de « texturée » ? C’est d’une laideur à pleurer, et une honte pour moi qui réside tout près de ce stade supposé être l’image de marque de Montréal ! J’ai mal à ma ville et je n’ai pas beaucoup d’espoir pour la suite. À Montréal, on laisse faire n’importe quoi. Suffit d’aller faire un tour dans la magnifique ville de Québec pour le constater. En fait, non, même pas besoin, juste ouvrir les yeux ! 

— Hélène Perrotte

Un architecte en chef ?

Enfin, une voix qui s’élève, à mon grand désespoir, pour attirer l’attention sur ces horreurs qui poussent comme des champignons. C’est comme si tous les services de la Ville peuvent installer ce qui veulent sur les trottoirs sans aucune considération pour les piétons, les vélos ou pour leur impact visuel. Pourquoi chaque conseiller de quartier ou maire d’arrondissement ne signe pas pour autoriser l’installation de cette pollution ? Nous les avons élus ! Ils devraient servir de garde-fou pour éviter ces erreurs. Ou devrions-nous avoir un poste d’architecte en chef à la Ville pour éviter ces dérives.

— Stéphane Couture

Courrier

Bien pire à Longueuil

C’est vrai que Montréal n’est pas une ville parfaite et qu’elle semble être un collage de plusieurs styles les uns sur les autres. Mais c’est une ville dynamique, multiculturelle et en constante effervescence.

J’ai habité quelques années à Longueuil avant de revenir m’installer dans Rosemont l’an dernier. Et quand je pense à un développement horrible, Longueuil est une référence. Un peu de beauté autour de la rue Saint-Charles, mais partout autour, des artères commerciales horribles comme le boulevard Chambly ou Taschereau, plusieurs secteurs qui sont des déserts alimentaires et peu de commerces de proximité.

Et malgré le fait qu’on parlait des quelque 200 microbrasseries en activité au Québec, Longueuil n’en possède aucune en raison de règlements d’urbanisme désuets et rétrogrades. Et on ne parle pas d’environnement. Jusqu’à tout récemment, aucune collecte des matières compostables alors que des villes comme Sherbrooke et Saint-Donat le font depuis plus de 10 ans. Et la reine, au milieu de ce développement immonde : l’automobile, essentielle pour se déplacer dans toutes nos courses.

Vraiment, quand je regarde ça, les points que vous mentionnez me semblent mineurs en comparaison de la laideur organisée de Longueuil.

— Mathieu Trudelle

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