MON CLIN D’ŒIL

Il y a maintenant du maïs caché dans les champs de plants de pot.

Témoignage

La résistance silencieuse au temps de #moiaussi 

Il y a près d’une dizaine d’années, alors que ma trentaine approchait, j’ai reçu un appel pour une invitation à un party. D’aussi loin que je me souvienne, le gars au bout du fil a toujours fait partie de mon entourage. Sans dire qu’il s’agit d’un ami, je l’ai toujours considéré comme une « bonne personne ». 

Ce fut son premier et dernier appel. 

— Hey à part ça, je voulais te dire… j’ai toujours été mal à l’aise avec toi… 

— Ben oui ! C’est vrai, je suis tellement malaisante ! Ha ! Ha ! Ha ! 

Je croyais vraiment qu’il niaisait. Mais non, il ne rigolait pas du tout… 

— C’est parce que je me tenais avec X au secondaire et j’ai toujours eu peur que tu m’associes à lui… 

Sidérée, j’ai alors compris entre les lignes que X, avec qui j’étais sortie quelques mois à peine à l’adolescence, s’était vanté à ses amis de m’avoir sexuellement agressée. 

Cet appel n’a pas eu exactement l’effet d’un baume… Je l’ai plutôt vécu comme une nouvelle intrusion.

Comme si on avait ouvert la porte sur une honte devenue soudainement béante puisqu’exposée au regard des autres. De combien d’autres ? Qui d’autre savait ? À mon insu, qui avait posé sur moi un regard chargé de pitié ? 

Jusqu’ici observatrice de #moiaussi, je réalise que cet incident révèle un bénéfice collatéral. Trump disait récemment que nous vivons à une époque terrifiante pour les jeunes hommes… 

Pas pour tous… Pas pour le gars qui m’a appelée ce jour-là... 

Ce mouvement social permet d’offrir une reconnaissance et une visibilité nouvelle à tous ceux qui ne cautionnent pas le sexisme ordinaire et les gestes de violence à caractère sexuel. Il peut leur permettre de sortir de l’ombre en exprimant une voix restée trop longtemps silencieuse. Parce que cette honte, j’ai compris qu’il l’a portée avec moi.

Sans céder aux remords stériles de n’avoir pas su quoi dire ou quoi faire à temps, ces gars-là peuvent se sentir aujourd’hui légitimes d’agir en modèles pour d’autres. Ne serait-ce qu’en refusant de demeurer silencieux. 

Bien qu’un silence soit aussi l’expression d’une résistance. 

Par leur dissidence à cette vision enfin ternie de la virilité et des rapports hommes-femmes, je tiens à les saluer et à souligner que leur voix, aux côtés de la nôtre, mérite d’être entendue.

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