Cour suprême

Tensions au Sénat à l’audition de la juge Amy Coney Barrett

Washington — Le Sénat a entamé lundi l’audition de la juge Amy Coney Barrett, nommée par Donald Trump à la Cour suprême, par un dialogue de sourds entre des républicains admiratifs de cette « brillante » juriste et des démocrates fustigeant un calendrier « irresponsable » en pleine pandémie et « illégitime » si près des élections.

Le même antagonisme s’est manifesté à l’extérieur du Congrès, où partisans et opposants de la magistrate conservatrice se sont défiés, avant que la police ne procède à une vingtaine d’interpellations.

« Cela va être une longue semaine de querelles », a reconnu d’emblée le chef de la commission judiciaire du Sénat, le républicain Lindsey Graham, qui a prévu de consacrer quatre jours à l’examen de cette candidature.

La juge Barrett, 48 ans, a été choisie par le président républicain le 26 septembre pour succéder à l’icône féministe et progressiste Ruth Bader Ginsburg, morte huit jours plus tôt des suites d’un cancer.

Lundi, à 22 jours du scrutin présidentiel, elle s’est présentée au Sénat, qui est chargé par la Constitution d’avaliser sa nomination, un exercice considéré comme acquis compte tenu de la majorité républicaine dans cette enceinte.

Après avoir écouté chaque sénateur, elle a retiré son masque noir et juré, main levée, de dire « toute la vérité ». Assis derrière elle, six de ses sept enfants l’ont écoutée promettre d’« appliquer la Constitution et les lois telles qu’elles sont écrites ».

Cette lecture du droit, dite « textualiste », est prisée dans les milieux les plus conservateurs qui reprochent à la Cour suprême de s’être éloignée de la pensée des pères fondateurs des États-Unis pour faire évoluer certains droits, concernant notamment l’avortement ou le mariage homosexuel.

Ils espèrent que l’arrivée d’Amy Barrett au sein de la haute juridiction freinera, voire inversera la tendance.

Lors d’un discours en Floride, lundi, Donald Trump a tenté de galvaniser sa base électorale en vantant son choix de la juge Amy Coney Barrett pour la Cour suprême. « Elle va être une juge fantastique », a-t-il prédit.

« Nous en sommes déjà à trois ! », a-t-il martelé, tout sourire, évoquant les juges qu’il a nommés à la plus haute cour depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2017.

« Je crois au pouvoir des prières »

La magistrate est également très bien vue de la droite religieuse parce qu’elle est une catholique pratiquante et partage la vision traditionnelle de la famille prônée par le Vatican. « Je crois au pouvoir des prières », a-t-elle encore déclaré lundi.

Sa foi et sa grande famille ont été louées par les républicains, au même titre que ses qualités de juriste. « C’est un titan du Droit qui conduit un minibus », a lancé le sénateur Mike Brown en référence à son monospace familial.

Dans un pays où seul un quart de la population se dit athée ou sans religion, les démocrates se sont bien gardés d’avancer sur ce terrain miné.

« Sa foi ne doit pas entrer en considération », a déclaré à la presse Joe Biden, rival de Donald Trump, en marge d’un déplacement, en optant pour un autre angle d’attaque : les critiques exprimées par la juge contre la loi de l’ex-président Barack Obama qui a étendu la couverture maladie de millions d’Américains.

Elle « a dit qu’elle voulait se débarrasser » de l’Obamacare, a estimé le candidat démocrate, en rappelant que, dans un mois, la Cour suprême allait examiner un recours des républicains contre cette loi.

Dans l’enceinte du Sénat, les sénateurs démocrates lui ont emboîté le pas, donnant tous l’exemple de bénéficiaires de cette loi. Grandes photos à l’appui, ils ont assuré que ces Américains malades seraient les grands perdants d’une Cour suprême remaniée.

« Priorités »

Conscients d’avoir peu de leviers pour empêcher le Sénat de confirmer Mme Barrett, les démocrates ont également utilisé cette tribune pour recentrer le débat sur la pandémie, qui a fait plus de 210 000 morts aux États-Unis.

La sénatrice Kamala Harris, colistière de Joe Biden, a ainsi fustigé l’attitude selon elle « irresponsable » de ses confrères républicains qui ont décidé d’organiser ces auditions bien que trois élus aient été déclarés positifs il y a une dizaine de jours.

Notant que plus de 50 personnes étaient réunies à l’intérieur pour de longues heures, la sénatrice, qui s’exprimait par lien vidéo, leur a reproché de « mettre en danger » le personnel du Congrès.

« Le Sénat devrait plutôt avoir pour priorité un plan de sauvetage pour les familles », a ajouté Kamala Harris. Elle a également jugé « illégitime » un processus si près du scrutin.

Mais pour le sénateur républicain Lindsey Graham, « le Sénat effectue son devoir constitutionnel ». Ce proche du président mise sur un vote en séance plénière la semaine prochaine.

Trump de retour en campagne

« Je me sens si puissant ! »

Privé de déplacement pendant 10 jours par la COVID-19, Donald Trump a retrouvé lundi les estrades de campagne en Floride, assurant être en « pleine forme » à 22 jours de l’élection qui l’opposera à Joe Biden.

« Je l’ai eue. Maintenant, ils disent que je suis immunisé. Je me sens si puissant ! », a lancé, combatif et provocateur, le président américain de 74 ans devant une foule enthousiaste dans laquelle peu de personnes portaient des masques.

« Je peux marcher dans cette foule, […] embrasser tout le monde, embrasser les hommes et les magnifiques femmes », a-t-il ajouté dans les rires.

En net retard dans les sondages sur son rival démocrate Joe Biden, le locataire de la Maison-Blanche espère le combler dans la dernière ligne droite en sillonnant l’Amérique.

Affichant une forme indéniable, une semaine après sa sortie de l’hôpital, il a déroulé, dans un discours d’un peu plus d’une heure, tous les « classiques » de sa campagne.

Virulentes attaques contre « Hillary [Clinton] la crapule », violentes diatribes contre la presse « corrompue », mises garde alarmistes contre la « gauche radicale » et « le cauchemar socialiste ».

Saluant la foule venue l’écouter, il a ironisé sur l’ancien vice-président démocrate de Barack Obama, qu’il surnomme « Sleepy Joe », assurant qu’il ne rassemblait « presque personne ».

Joe Biden n’a participé à aucun grand rassemblement depuis plusieurs mois, mettant en avant la nécessité de respecter les consignes des autorités sanitaires.

Rôle crucial de la Floride

« J’adore la Floride ! », a lancé Donald Trump dans cet État qui pourrait jouer un rôle crucial au soir du 3 novembre, balayant d’un revers de manche les sondages défavorables.

« Il y a quatre ans, c’était pareil, ils disaient que nous allions perdre la Floride. Dans 22 jours, nous allons gagner cet État et gagner quatre ans de plus à la Maison-Blanche !  »

— Donald Trump, président des États-Unis

Lors de son départ depuis la base militaire d’Andrews, proche de Washington, le président américain ne portait pas de masque, contrairement à tous les agents des services secrets chargés de sa sécurité l’entourant.

Peu après l’envol d’Air Force One, le médecin de la Maison-Blanche, le DSean Conley, a affirmé, dans un communiqué particulièrement alambiqué, que Donald Trump avait été déclaré négatif à la COVID-19 « plusieurs jours de suite » en utilisant un test rapide.

Ce test Abbott, dit antigénique, est cependant moins sensible que les tests moléculaires traditionnels (PCR).

Après la Floride lundi, il se rendra en Pennsylvanie mardi et dans l’Iowa mercredi. Et devrait poursuivre sur un rythme extrêmement soutenu sur les trois semaines à venir.

« Immunité »

Si Donald Trump met désormais en avant son « immunité » face à la COVID-19, cette question reste entourée de nombreuses inconnues : on ne connaît avec précision ni sa durée ni le degré de protection qu’offrent les anticorps.

Selon une étude publiée mardi dans la revue médicale The Lancet Infectious Diseases, un Américain a attrapé deux fois la COVID-19 à un mois et demi d’intervalle, et la deuxième infection était plus grave que la première.

L’ancien homme d’affaires de New York, qui n’a de cesse de présenter Joe Biden, 77 ans, comme une marionnette manipulée par l’aile gauche de son parti, a par ailleurs insinué qu’il pourrait être malade.

« Si vous regardez Joe, il toussait terriblement hier [samedi], puis il attrapait son masque, puis il toussait… », a-t-il déclaré. « Je ne sais pas ce que cela veut dire, mais la presse n’en a pas beaucoup parlé. »

Depuis l’annonce, le 1er octobre, du test positif de Donald et Melania Trump, l’équipe de campagne de Joe Biden publie tous les jours ses résultats de tests de COVID-19, qui ont été négatifs jusqu’ici.

Une plus grande opacité entoure en revanche le président des États-Unis. Son équipe médicale refuse obstinément de dire à quand remonte son dernier test négatif.

Cette posture alimente les soupçons sur la possibilité qu’il n’ait pas effectué de test pendant plusieurs jours avant son test positif.

Un participant malade, l’essai du vaccin de Johnson & Johnson interrompu

Le groupe pharmaceutique Johnson & Johnson a annoncé lundi la suspension de son essai clinique d’un vaccin contre la COVID-19, l’un des participants étant tombé malade. « Nous avons interrompu temporairement le dosage supplémentaire dans tous nos essais cliniques d’un vaccin expérimental contre la COVID-19, y compris l’ensemble de l’essai de phase 3, en raison d’une maladie inexpliquée chez un participant », a déclaré le groupe dans un communiqué. Cette suspension entraîne la fermeture du système d’inscriptions en ligne mis en place fin septembre pour recruter 60 000 participants dans le cadre de la phase 3 de l’essai, tandis que le comité indépendant pour la sécurité des patients a été saisi. Des évènements indésirables graves sont « une composante attendue de toute étude clinique, spécialement les études d’ampleur », a indiqué Johnson & Johnson. Les protocoles en vigueur dans l’entreprise prévoient la suspension d’une étude afin de déterminer si l’évènement indésirable grave est lié au médicament évalué et s’il est possible de reprendre l’essai. — Agence France-Presse

Dix millions d’Américains ont déjà voté

Plus de dix millions d’Américains ont déjà voté à l’élection présidentielle du 3 novembre, par courrier ou en vote anticipé, selon un comptage publié lundi. « Les électeurs ont déposé un total de 10 296 180 bulletins de vote dans les États concernés », un record, a indiqué l’US Elections Project de l’Université de Floride sur son site internet. Selon le décompte, le niveau de votes anticipés pour le scrutin opposant le président Donald Trump au démocrate Joe Biden est bien supérieur à celui de 2016, de nombreux Américains se ruant sur le vote par correspondance pour éviter de voter en personne en pleine pandémie de coronavirus.

— Agence France-Presse

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