Planète bleue, idées vertes Comment ils sont passés de la parole aux actes

Quand le confinement accélère le recyclage

Québec — Bonne nouvelle : les contenants multicouches de lait, de jus et d’autres liquides envoyés à la collecte sélective peuvent maintenant être recyclés au Québec plutôt qu’expédiés à l’étranger. Un projet démarré à Lévis, sur la rive sud de Québec, qui s’est accéléré avec le confinement.

Papier de bureau, circulaires, magazines, billets de loterie, rejets d’imprimerie... Pour produire sa pâte recyclée qui servira à fabriquer de nouveaux papiers, Fibres Breakey, filiale de Fibres Sustana, utilise plus d’une dizaine de grades de papiers récupérés. Et depuis quelques mois, elle en achète une nouvelle catégorie : les contenants multicouches utilisés pour les liquides vendus réfrigérés ou à la température de la pièce.

Dans cette usine de Sainte-Hélène-de-Breakeyville, un secteur de la ville de Lévis, les gigantesques ballots de 500 à 1000 kg s’empilent jusqu’au plafond. Bariolée et un peu informe, la masse de cartons de lait et de jus est moins agréable à l’œil que le beau cube de papier de bureau tout blanc qui trône à ses côtés.

Il faut se méfier des apparences. « La fibre de carton de lait, au final, quand on a retiré les plastiques, c’est plus beau : c’est vraiment blanc, et très épais », souligne le vice-président des opérations et directeur de l’usine, Jean-Sébastien Foisy.

Sauf que pour récupérer cette fibre de papier, il faut la séparer des pellicules qui l’emprisonnent. Les cartons de lait et autres contenants réfrigérés renferment environ 20 % de polyéthylène. Les contenants de longue conservation, dans lesquels on retrouve par exemple des bouillons et certaines boissons, recèlent en moyenne 22 % de polyéthylène et 4 % d’aluminium. Aucun recycleur canadien n’étant équipé pour traiter ces contenants, ils sont envoyés à l’étranger, surtout en Asie, souvent dans des ballots de papier mixte.

Lévis se lance

À Lévis, toutefois, cela fait près de deux ans qu’on s’intéresse à cette matière.

« Un jour, on le sait, le papier d’écriture va diminuer et le magazine, les gens se tournent vers l’internet. On se disait qu’il allait falloir diversifier notre source de papier. »

— Jean-Sébastien Foisy

Fibres Breakey ne partait pas de zéro, puisqu’une autre usine de Sustana, située au Wisconsin, recycle ce type d’emballage depuis une dizaine d’années. Déchiqueter la fibre pour permettre à l’eau de l’atteindre, en retirer le polyéthylène et l’aluminium, la désencrer, ajuster la composition de la pâte et le traitement des eaux : l’usine de Lévis a commencé à faire des tests pour mettre au point ses procédés.

Puis est arrivé le confinement. « Quand on a su que l’économie allait fermer, en mars, on s’est dit : “c’est sûr que ça va avoir un impact sur l’approvisionnement” », raconte M. Foisy. Avec la majorité des entreprises et la totalité du réseau scolaire en pause pour une durée indéfinie, le papier de bureau usagé allait se faire rare. Le recyclage de contenants multicouches, encore à l’étape de projet, est soudainement devenu très attrayant. « La COVID-19 a fait un peu accélérer les choses », résume le directeur de l’usine.

Restait à trouver des quantités suffisantes. L’entreprise a contacté le Conseil canadien des manufacturiers de contenants multicouches et Recyc-Québec pour savoir quels centres de tri avaient la capacité de lui fournir des ballots exempts d’autres matières. Elle en a notamment trouvé dans la région de Québec, à Drummondville et à Lachine. « Dans une perspective d’économie circulaire sobre en carbone, plus on peut recycler nos matières à proximité, mieux c’est », note la directrice générale du Conseil, Isabelle Faucher.

Depuis le 10 avril, c’est ce qui se fait à Lévis. Les contenants multicouches sont incorporés à des recettes de pâte recyclée, laquelle est ensuite livrée sous forme d’immenses feuilles à des fabricants de papier fin (papier d’impression, emballages) et de papier dit « tissu » (papier de toilette, essuie-tout, papier à mains, etc.).

L’usine peut traiter de 3000 à 4000 tonnes de contenants par année. Mais comme à peine plus du tiers des centres québécois ont pu lui fournir cette matière triée jusqu’ici, elle doit en faire venir des Maritimes et de l’Ontario. « La journée où j’ai de 3000 à 4000 tonnes à côté de l’usine, je vais les prendre là avant d’aller à Toronto », assure M. Foisy.

La présence d’un client local, qui peut offrir un prix négocié et constant, pourrait convaincre d’autres centres québécois de trier cette matière, croit-il.

La consigne, annoncée par Québec pour 2024, pourrait aussi changer la donne. Si l’Alberta, avec sa consigne sur ces contenants, en récupère environ 3000 tonnes par année, le Québec en aura pas mal plus, donc davantage que la capacité actuelle de Fibres Breakey, prévoit le directeur de l’usine. Que faire avec le reste ? M. Foisy aimerait pouvoir traiter au moins 15 000 tonnes de contenants par année. Mais pour ça, il faudrait investir. « Il va falloir s’asseoir avec Recyc-Québec, éventuellement », dit-il.

Sur l'écran radar

Québec

Abitibi-Montréal en voiture électrique

Lancé sans tambour ni trompette en octobre dernier, le projet de doter la Réserve faunique La Vérendrye de bornes de recharges pour véhicules électriques est maintenant terminé. Hydro-Québec a annoncé le 18 juin la mise en service de deux bornes de recharge intermédiaires (25 kW) à l’endroit où se trouvait auparavant l’aire de restauration Le Domaine. « Les deux bornes permettront aux propriétaires de voitures électriques de traverser la réserve faunique sans inquiétudes, indique la porte-parole d’Hydro, Sylviane Legault. Il était cependant impossible d’offrir des bornes à recharge rapide, en raison de la configuration du réseau électrique dans ce secteur. » Les bornes intermédiaires permettront tout de même une recharge quatre fois plus rapide que les bornes ordinaires. Par exemple, pour une autonomie de 75 km, il faudra 30 minutes de recharge avec les bornes de la Réserve faunique, comparativement à deux heures pour une borne conventionnelle. Simultanément, la Ville de Malartic inaugurait quant à elle trois nouvelles bornes, dont une à recharge rapide (50 kW), au Centre Michel-Brière.

— d'après La Presse canadienne

Japon

Remplacer les abeilles par... des bulles de savon

Des drones lançant des bulles de savon peuvent servir à polliniser des arbres fruitiers, en danger face au déclin sans précédent des abeilles, selon une étude japonaise publiée mercredi dans la revue américaine iScience. Professeur au Japan Advanced Institute of Science et auteur de l’étude, Eijiro Miyako travaille depuis plusieurs années sur des robots pollinisateurs, mais ces derniers avaient tendance à écraser les fleurs. Le scientifique a alors l’idée d’utiliser des bulles de savon en jouant dans un parc avec son fils de 3 ans. Les experts ont testé les effets de cinq agents de surface vendus en magasin pour faire des bulles, notamment le lauramidopropyl bétaïne utilisé dans l’industrie cosmétique pour ses propriétés moussantes. Ils ont mis la solution moussante dans une machine à bulles et projeté ces bulles chargées de pollen dans un verger de poiriers. Cette méthode, à raison de 2000 grains de pollen par bulle, a permis de polliniser 95 % des fleurs ciblées qui ont ensuite donné des fruits. « Cela a l’air un peu fantaisiste, mais la bulle de savon permet une pollinisation efficace et garantit des fruits d’une qualité équivalente à celle de la pollinisation manuelle conventionnelle », souligne Eijiro Miyako. Les chercheurs ont par la suite tourné leurs expérimentations vers le ciel, équipant un petit drone au parcours programmé avec un lanceur de bulles de savon.

— Agence France-Presse

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