Immobilier

Locataires pour la vie

Ils ont les moyens d’acheter un condo ou une maison. Pourtant, ils ont opté pour la location à long terme. Pour eux, un loyer, c’est plus de flexibilité, la liberté de déménager, la possibilité de voyager et pas d’engagement financier à long terme. Portrait de locataires pour qui l’accès à la propriété n’a rien d’un rêve à réaliser.

Roxane Fafard, 37 ans et directrice dans une fondation, a fait le choix de rester locataire. Après avoir terminé ses études universitaires en 2007, comme bien des jeunes adultes, elle a eu le réflexe de chercher un condo pour devenir propriétaire. Or, une conversation avec un ami lui a ouvert les yeux sur la possibilité de demeurer locataire au lieu d’acheter à tout prix. « Je suis restée locataire, j’ai remboursé ma dette d’études rapidement et voyagé à un rythme de quatre voyages par année », calcule-t-elle.

Locataires pour de bon

Quelques années plus tard, elle a fait la rencontre de celui qui allait devenir son conjoint, propriétaire d’une grande maison avec piscine, spa, etc. Roxane Fafard lui a vendu l’idée d’être locataire. Depuis huit ans, le couple habite dans Villeray, un appartement au rez-de-chaussée, avec sous-sol et grande cour. Jusqu’à maintenant, en plus d’entretenir soigneusement le logement, le couple a aménagé la cour, construit une terrasse à l’arrière et refait, à ses frais, la cuisine. « Nous souhaitons demeurer ici le plus longtemps possible. Alors, en échange d’un gel de loyer pendant cinq ans, nous avons rénové la cuisine. »

Roxane et son conjoint sont heureux de leur choix. Mais ça ne veut pas dire qu’il conviendra à tout le monde.

« Quand les gens sont conscients de ce que ça coûte et de ce que ça représente en termes d’engagement et de responsabilités, tant comme étant locataire ou propriétaire, ça devient une question très personnelle. »

— Denis Doucet, porte-parole de Multi-Prêts

M. Doucet croit également que le désir d’accéder à la propriété dépend beaucoup des antécédents familiaux. « Des enfants qui ont grandi dans une maison s’imaginent mal vivre en loyer. À l’inverse, si la référence est celle d’avoir des parents locataires, cela risque de nuancer la perception de devenir propriétaire. »

C’est d’ailleurs le cas des parents de Roxane Fafard, qui ont été locataires toute leur vie : « Je n’ai pas en tête le modèle d’une maison qui t’appartient. On ne dit pas qu’on ne deviendra jamais propriétaires, mais pour le moment, le but est de mettre de l’argent de côté, de voyager et de profiter d’un chalet que l’on vient de louer dans les Laurentides. On est heureux ensemble, on est en santé, c’est maintenant que l’on veut profiter de la vie. »

Payer dans le vide, vraiment ?

Il ne faut jamais oublier que se loger est une dépense, que ce soit en tant que locataire ou propriétaire. « Les propriétaires pensent à l’argent qu’ils obtiendraient à la vente de leur maison, mais de façon générale, à terme, ils ont souvent dépensé plus que la valeur de la maison », explique Joanie Fontaine, économiste chez JLR et auteure de l’étude Le véritable coût d’être propriétaire, publiée en août 2018.

Serait-il plus juste de voir l’achat d’une maison comme de l’épargne forcée ? « Si on a de la difficulté à mettre de l’argent de côté, devenir propriétaire nous assure d’avoir un certain montant disponible à la retraite, poursuit l’économiste. Et c’est pour cette raison que pour certains propriétaires qui ont du mal à économiser, acheter une maison peut être payant à long terme. »

Un objectif de vie ?

Devenir propriétaire est toujours perçu par certains comme un objectif de vie. « On associe dans notre culture le mot “propriétaire” à une certaine réussite, un statut, remarque Denis Doucet. Pourtant, bien des propriétaires arrivent difficilement à la fin du mois. »

Face à ce standard encore bien ancré dans notre société, certains locataires sentent le besoin de justifier qu’ils demeurent à loyer par choix et qu’ils ont les moyens de devenir propriétaires. Ugo Cadieux, 43 ans, refuse de signer une hypothèque : « Il n’y a aucune honte à ça. Mon loyer est tellement bas que ce serait ridicule de le quitter pour la seule satisfaction de devenir propriétaire. Et si un jour je décide d’acheter, ce sera pour un chalet dans le Nord. Mais pas en ville. »

Dans son cas, l’entrepreneur est catégorique : c’est parce que rester à loyer lui donne un meilleur pouvoir d’achat et plus de liberté qu’il a pu ouvrir le MR250, un bar de quartier sur l’avenue du Mont-Royal Est. « J’ai évité d’être coincé dans une job que je ne peux pas quitter à cause d’une hypothèque. Et je ne suis pas le seul. J’ai plusieurs amis qui auraient suffisamment d’argent pour acheter, mais qui préfèrent investir dans leurs projets et ne pas se casser la tête avec un condo ou une maison à gérer. Ce stress de moins permet d’accomplir beaucoup dans d’autres sphères de ta vie. »

Encore faut-il trouver un loyer raisonnable pour un logement qui convient à ses besoins… mais ça, c’est une autre histoire.

Louer ou acheter ? L’agence hypothécaire Multi-Prêts a mis sur pied une calculatrice qui vous permet de voir lequel des deux scénarios peut vous convenir financièrement.

Voici un exemple de comparaison du coût du logement pour un propriétaire et un locataire, tiré de l’étude Le véritable coût d’être propriétaire.

• En 5 ans, l’acheteur d’une copropriété d’une valeur de 200 000 $ en 2013 aura dépensé 109 470 $ pour se loger (frais de départ, mise de fonds, paiements hypothécaires, taxes et autres frais).

• La revente de cette copropriété en 2018 rapportera 64 776 $ une fois le solde hypothécaire remboursé et le courtier immobilier payé.

• Si un ménage opte pour la location d’un appartement, celui-ci aura dépensé 62 773 $ pour se loger pendant cinq ans, considérant un loyer de 1000 $ au début de 2013.

Source : JLR

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